‹ Contes domestiquesChapitre 13 sur 21 · LE CORDONNIER · texte numérisé non relu

LE CORDONNIER

La petite maison de Saint-Crépin n'était jamais si gaie qu'à huit heures du soir, dans l'hiver.

Le poêle, bourré jusqu'à la gueule , gronde , les légumes trémoussent dans la marmite, le merle siffle encore une fois avant de s'endormir, l'apprenti chante une chanson aussi ^ ieille que sa grand'mère, les marteaux font toc et tac sur les clous.

— Les amis, dit Saint-Crépin , tendez les verres, qu'on boive un coup de cidre.

Les compagnons ne se firent pas tirer l'oreille ; ils déroulèrent leurs sacs à outils, où le verre en vieux cuir se promenait avec le fil et la poix.

Il n'y eut qu'un cri dans la salle :

— A la santé de Saint-Crépin I

Voilà un brave patron qui ne regardait pas à deux, trois cruches de cidre dans la soirée. L'ouvrage n'en va que mieux : un coup de cidre à propos picote la langue et donne du courage aux compagnons.

Ce n'est pas comme le chaussetier d'en face , qui fait travailler quinze heures par jour des pau\Tes filles de dix ans, pâles, maigres, longues comme un jour sans pain. Pour économiser, le chaussetier n'allumerait pas une broussaille. Mais au bout de dix ans, plus vite encore, le chaussetier aura fait fortune et sera un gros bourgeois.

Lui, Saint-Crépin, il s'en moque pas mal d'être bourgeois. Il ne demande qu'à être heureux, et la joie de ses compagnons lui suffit. Il ne veut seulement pas gagner plus qu'eux.

Cependant il y a dans un coin de la cheminée une grosse bourse en cuir cachée dans le sabot aux allumettes. Vous sentez bien qu'elle est plus grosse de liards que de louis d'or. Ça n'empêche. Le compagnon qui a besoin d'une semaine d'avance, aussitôt les cordons de la bourse sont déliés et la bourse retourne un peu plus maigre dormir dans le sabot aux allumettes.

Quand un compagnon tombe malade, Saint-Crépin, la bonté même, envoie paye entière. Et ce jour là il met exprès le pot-au-feu avec un morceau de ^•iande

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