DU BEUKRE DANS LA MARMITE
Il faisait grand soleil dans la prairie. Caché par l'ombre d'une cabane, un pauvre fourneau de terre était brûlé jusqu'à la moelle des os par les charbons allumés.
Pour plus de fatigue, une- lourde marmite de fonte, noire comme la poix, s'était assise sur le fourneau. Encore si c'avait été une gaie marmite de cuivre qui rit au soleil î
Mais les individus de lourde apparence sont souvent les plus joyeux compagnons. La preuve, c'est qu'une petite voix grésillante sertit tout d'un coup des entrailles de la sombre marmite , et se mit à chanter la chanson suivante :
a J'ai été brin d'herbe, vert et frais; j'avais pour camarades d'autrçs brins d'herbe, verts aussi el frais comme moi^
« Tous les matins nous buvions un grand coup de rosée, qui est la plus douce des liqueurs.
« A neuf heures , le soleil venait nous réchauffer et hâter la digestion.
« Et puis , c'était le vent qui nous baissait la tète en mesure ; sitôt qu'il était parti nous relevions la tète.
« Quelle joie infinie I
« Le soir, venaient les amoureux bras dessus bras dessous ; et nous nous réunissions tous les compagnons brins d'herbe, afin que les amoureux pussent marcher avec plus de douceur.
(( Onand ils avaient assez causé , les amoureux rentraient au logis ; nous buvions encore un grand coup de rosée pour nous refaire l'estomac.
« Un matin, il est arrivé dans la prairie des bêtes énormes, qui nous cassaient la tète de leurs cris.
« La femme qui les menait a crié : « Eh ! garçon, fais attention que les vaches ne s'écartent point du pré I »
« Une vache s'avança vers un rassemblement de brins d'herbe qui se tenaient à part. C'étaient nos seigneurs à cause de leur grande taille.
« La vache ne fit ni une ni deux ; elle ouvrit une grande gueule et avala nos seigneurs.
« J'étais plus mort que vif, j'avais le frisson, je tremblais de tous mes membres. Dans d'autres oc-