‹ Contes domestiquesChapitre 18 sur 21 · CHANSON DU BEURRE DANS LA MARMITE · texte numérisé non relu

CHANSON DU BEURRE DANS LA MARMITE

casions j'aurais versé une larme sur le sort de nos seigneurs.

« Mais je ne pensai qu'à moi. o Si cette béte avale ainsi, me dis-je, les puissants brins d'herbe, quel sort nous est réservé à nous autres misérables sujets ! a

« Ce fut ma dernière pensée. La vache vint à moi avec ses grands yeux ; je ne sais plus ce qui arriva ; je me sentis moulu, broyé.

« Je disparus dans de longs corridors chauds et obscurs, où je retrouvai mes amis et mes seigneurs prisonniers.

a Dans quel état, hélas ! aucun d'eux n'avait forme de brin d'herbe ; nous étions tous mouillés et serrés comme des harengs.

« Malgré ce déplorable événement et malgré notre tra.'.sformation en boule humide, je tâchai de conserver ma présence d'esprit.

(( Au bout d'une demi-heure, ce fut un vovage sans fin, un roulis à rendre l'âme.

« Nous entendions dans l'ouverture de la béte un tapage effroyable, comme quand elle nous broyait.

« Il n'arrivait cependant pas de nouveaux brins d'herbe, mais des bouffées d'air à renverser des maisons.

« Notre compagnie diminuait à vue d'oeil. L'animal avait sans doute plusieurs cachots à sa disposition, et il faisait son choix parmi les brins d'herbe.

c< Ainsi nous vimes disparaître près d'un quart de

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nos compagnons; ils partaient pâles et défaits, comme s'ils eussent deviné leur sort.

« Une seconde bande les suivit de près et s'engloutit dans des souterrains dont la pensée me fait frémir.

« Je fus assez heureux pour loger, avec nos seigneurs, dans de petits canaux pleins de rouge liqueur assez semblable au vin vieux.

« Rien ne nous indiquait l'heure dans cette obscurité, et le temps nous parut bien long.

« Beaucoup plus tard, la vache se remit à pousser ses hurlements; et il me sembla démêler qu'un étranger se livrait sur sa personne à des attouchements singuliers.

a Tout d'un coup, par un miracle, nous voyageons dans cette rouge mer qui nous servait de prison... Le soleil !... l'air! nous tombons tous ensemble, sans mal aucun, dans un vase de bois plein d'une liqueur blanche.

« Que de mystères 1

« La femme qui nous avait délivrés, emporta le vase qui nous servait d'asile, loin de la vache.

« A partir de ce moment, je n'entendis plus parler de la vache.

« — Eh ! Marianne, dit la fermière, écréme le lait... si tu ne te dépêches pas, nous serons en retard pour le marché. »

« La servante apporta des vases de fer-blanc; nos

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