CHANSON DU BEURRE DANS LA MARMITE
seigneurs et quelques-uns des amis brins d'herbe, nous étions épaissis et légèrement colorés.
« Le fouet claque , les roues grincent , les coqs chantent, les poules fuient, la voiture marche. Adieu pour nos compagnons qui sont restés gouttes de lait.
«Mais nous n'étions pas au bout de nos peines.
a Nous voilà transportés dans une nouvelle prison toute pleine de bonnes odeurs. Ça sentait bon comme l'air du matin.
« La servante arriva, un foulon à la main, et se mit à nous battre, à nous fracasser les membres avec une ardeur sans égale.
« Que de coups ! Et pour couvrir nos plaintes et nos gémissements, la cruelle femme chantait à tuetéte des poésies sans valeur :
« J'ai couru dans les bois, Coulinet'.e, « J'ai couru dans les bois , Coulinau i « La branche accroche ma sarpliiette , « Sarpinau !
« Pendant une demi-heure, elle nous rompit les membres de ses coups et les oreilles de sa chanson.
« Quand elle eut le bec aussi fatigué que les bras, elle s'arrêta.
« La fermière décrocha des boites en bois sculpté, où on nous enferma dedans.
(f Enfin on nous permit de sortir de ce nouveau cachot. Eh bien! en se regardant, les compagnons brins
d'herbe n'ont pas été trop fâchés de se voir dans le nouvel habit.
a Nous étions tous jaunes comme du nankin, fermes et tendres à la fois ; sur notre dos était un petit dessin qui représentait un berger embrassant une bergère.
« Puis la fermière nous a enveloppés dans de jolies feuilles vertes qui sentaient les bois.
« Cette après-midi on m'a coupé par le milieu du corps pour me jeter dans la marmite. Et, ma foi! je ne me plains pas. Vive la joie ! »
Ainsi finit la chanson du brin d'herbe, qui se remit à chanter de plus belle quand la fermière lui envoya, pour lui tenir compagnie dans la marmite des petits oignons.
Les oignons pleuraient , car ils ne sont pas phiosophes.
ÎVoYcmbre 18^9.