P U E KA C E
leurs chastes oreilles seraient choquées par d'horribles inconvenances.
Ne voyez-vous pas que déjà elles ne peuvent plus supporter à la scène, dans une comédie de Molière, le mot de cocu, un mot si français, d'une sonorité si expressive, qui dit si juste et si net ce qu'il veut dire? M. Perrin l'a ratissé du mieux qu'il a pu dans l'École des femmes, ne pouvant supprimer l'École des femmes, qui est un chef-d'œuvre. Quand on joue Sganarelle ou le Cocu imaginaire, on a beau effacer de l'affiche le sous-titre de Molière, la recette baisse de moitié.
Je tremble pour un des mots les plus usités de notre langue contemporaine, que je vois avec chagrin s'entourer peu h peu d'images indécentes. C'est le mot de queue. On m'assure que dans certaines maisons religieuses, il est déjà proscrit de la conversation. On l'a remplacé par le mot suite. Déjà, dans le monde qui s'amuse, il sert de texte et de prétexte à toutes sortes d'allusions et de jeux de mots. Si cela gagne et fait tache d'huile, vous pouvez tenir pour certain qu'il n'y aura plus pour hasarder ce terme que les faiseurs de pastiches, amoureux comme vous de franc parler et de vieux langage.