Crimm, Corrtsponixnce, ij mai i7tf]. Édition Tonr
ei les Œuvres de Boufllers. xvii cotillon blanc d'Aline pour séduire de aoavtau, sous ce travestissement coquet, son royal et trisvolage amant.
Tout Saint-Sulpice avait lu en cachette ce contej qui n'était signé que des initiales M: D * * •; le bruit qu'il excita parmi les camarades du petit Prélat fut si scandaleux, que celui-ci fut invité à rèjlichir sur son impiété, et à décider, après un scrU' puleiix examen de conscience, si sa vocation pour l'épiscopat était des plus inébranlables. — he Chevalier ne fut pas Tartuffe ; il s'écria avec toute la franchise de son beau naturel, qu'il renonçait volontairement à la Pourpre et au Chapeau, pour se lancer dans la carrière des armes ; il troqua le petit collet contre la croix de Malle, ce qui ne l'empêchait pas de se conserver quarante mille livres de rente que le roi Stanislas lui avait conférées par des bénéfices en ■ Lorraine. L'Abbé de BouMcrs redevint le Chevalier de Boufflers, comme devant; sa qualité de Chevalier de Malte lui donnait le droit étrange d'assister à l'uffice divin en uniforme et en surplis, de sorte qu'on put le voir plus tard, à la fds Prieur et Capitaine de hussards, offrir ses vaux à l'Eternel dans ce bigarre accoutrement d'un abbé d'épée, le blanc surplis, aux ailes longues et plissées, sur les épaules, et le sabre d'acier lui battant aux talons.
sviii Notice sur la Vie
Voici une lettre de Boufiert ^, adressée à l'abbé Parquet au eommencenuitt de P animée t76i; <^est une maniire de confession^ une auto-biographie de cette période de son existence où sa carrière se dessine; nous la citerons en partie. Cette lettre spirituellement écrite montre Boufiers dans toute sa belle humeur, son Jugement et son esprit d'aventure :
t Enfin, mon cher abbé, me voici sur le point d'exécuter un projet que mon esprit a toujours chéri, et que votre raison a toujours blâmé : celui de changer tfétat. Ce n'est point une petite affaire que de commencer, pour ainsi dire, une nouvelle vie à l'âge de vingt-quatre ans; vous me direj peut-être qu'il faudrait mettre à cela plus de réjiexion que mon âge et surl<mt ma vivacité ne me le permettent; mais ne me condamne^ pas sans nt'avoir entendu une dernière fois ; et comme en matière de bonheur il n'y a de véritables Juges que les parties, laisser-mai, /il vous plaît, plaider et décider dans ma propre
■ Tétais dans la route de la fortune ; les premiers pas que J'y avais faits suffisaient pour m'en
I. Vojei Corrtspondaace dt Grimm, édition Toarneux, tome VI, à la date du i=' février 1765, — Cette lettre a été réimprimée dan» les Surres posthumes de Bouffitrt, Visa, Louis, 181e, in-iB, p. 83 et tuiv.
et les Œuvres de Boufflers. xix
assurer. Les circonstances les plus favorables semblaient rassemblées pour présenter à mon imagination Pavenir le plus brillant. Sans aucun mérite^ j'aurais pu, comme bien d'autres, obtenir encore quelques binifices; avec an peu d'hypocrisie, je serais probablement devenu Evéque, peut-être, avec un peu plus de friponnerie, Cardinal : qui sait si quelques ruses et quelques intrigues de plus ne n^aurcient point mis à la tête du clergé? Mais f ai mieux aimé être aide de camp dans l'armée de Soubise : Trahie sua quemque volupcas. La première règle de conduite n'est point de devemr riche et puissant., c'est de connaître ses véritables désirs et de les suivre, Alexandre, avec l'or de l'Asie dans ses coffi-es, et le sceptre de l'Univers dans ses mains, cherchait le bonheur dans Babylone, et un petit pâtre de dix-huit ans le trouvera dans son hameau, s'il obtient en mariage la petite paysanne qu^il
■ Mais quittons Alexandre, et revenons à moi,
qui ressemble beaucoup plus au petit pâtre qu'à lui. Vous savei qu'un songe bouillant, un esprit'inconsidéré, une humeur indépendante sont les trois pre- , miers traits qui me caractérisent ; compare^ ce caractère-là avec tous les devoirs de l'état qne J'avais , embrassé, et vous me direj si fy étais propre. Vous
XX Notice sur la Vie
n'ignore'^ pas de quelle impossibilité il est pour moi^ et de quelle nécessité il est pour un ecclésiastique de cacher tout ce qu'il désire, de déguiser tout ce qu'il pense, de prendre garde à tout ce qu'il dit, et surtout d'empêcher de prendre garde à tout ce qiiil fait. Pense^ de plus aux haines atroces, aux noires Jalousies, aux perfidies indignes qui habitent encore plus dans les caurs des prêtres que dans les autres, et à toute la prise que ttta simplicité, mon indiscrétion, ma licence même auraient donnée sur moi : vous conviendrej que je n'étais pas fait pour iivre avec ces gens-là, Comptei-vous pour rien le cri général qui s'était élevé contre la liberté de ma conduite ? Ce sont les sois qui crient, me direj-vous : tant pis^ vraiment, il vaudrait bien mieux que ce fussent les gens d'esprit ; cela ferait moins de bruit. Les sots ont l'avantage du nombre, et c'est celui-là qui décide. Nous aurons beau leur faire la guerre, BOUS ne les affaiblirons pas; ils seront toujours nos maîtres; ils resteront toujours les rois de l'Univers; ils continueront toujours à dicter les lois, à assigner tous les rangs de la société; il ne s'introduira pas une pratique, pas un usage, pas un devoir dont ils ne soient les auteurs; enfin ils forceront toujours Us ' gens d'esprit à parler et presque à penser 'comme eux, parce qu'il est dans l'ordre que les vaincus par~
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ec les (Euvres de BoufDers. xxi lent la langue des vainqueurs. D'après l'extrême vénération dont vous me poyej pénétré pour la toute- ' puissance des sotSj ai-je tort de chercher à rentrer en grâce avec eux, et ne dois-Je pas regarder comme le plus beau moment de ma vie, celui de ma rieonciliaiiott avec les premiers souverains du monde? Pardonnei-moi de m'égayer un peu dans le cours de mes raisonnements ; c^est pour m'aida- et vous aussi à en supporter l'ennui. D'ailleurs, Horace, votre ami et votre modèle, permet de rire en disant la vérité, et le premier pkihsoopke de Fantiquiié n'était sûrement pas Heraclite. J'aurais pu, me direj-vous, d'aprfs. mon respect pour l'avis des sots, quitter mon état sans en prendre un autre; mais les sots triont dit qu'il fallait avoir un état dans la société. Je leur ai proposé d'avoir celui d'homme de lettres; ils m'ont • dit de n^en bien garder, parce que j'avais trop d'esprit pour cela. Je leur ai demandé ce qu'ils voulaient que Je fisse, et voici ce qu'ils m'ont répendu : t II y a quelques siècles que nous avons voulu que tu fusses gentilhomme; nous vouions à présent que tout gentilhomme aille à la guerre, t \Là~dessus Je me suis fait faire un habit bleu, J'ai pris la croix de Malle, et Je pars.
■ // doit vous rester à présent bien des objections â me faire sur la manière dont J'ai pris mon parti. Je me les sttis-déjà toutes faites à moi-mime. Je vais
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xxii Notice sur U Vîe
vmu les déiailltr avec îouse la sineiriti que tous me connàîtti, et y r^xmâre avec ita sérietue que vaut ne me comiaiisej pat.
t Vaut pourrej nu dire que Je n'ai point assej cauiUti mts -pareiut tar le parti que J'allais prendrej et que pourtant Je devais assej compter sur leur tendr*sse et sur leurs lunaires pour écouter leurs conseils, U est vrai que Je me suis contenta de faire pari à ma mire et à mon frire * de mon projet sans les consulter ; mais Je crois qu'il était inutile de le faire : ma résolution était formée; Je les aarais trompés si Je leur avais demandé leur avis avec l'air d'être disposé à le suivre. S'ils avaient pensé comme moi, les choses auraient été comme elles vont; s'ils avaient été contraires à nus idéeSjfau- ■ rais souffert de ne point leur céder ; faimieui aimé manquer à une petite formalité que de les tromper ou 3e leur résister en faci. ..t. Le respect dâ aux pOrrenls ri a point de terme ; l'obéissance en a un marqua par la nature : c'est celai de l'entier développement des
organesde noire corps et de notre faculté d^eiprit
t Vous me dOhandei si le Usii est averti de mon changement d'état. Le Roi m'a souvent questionné sur le plan que Je foulais choisir^ et j'ai eu le cou^