‹ Contes du chevalier de BoufflersChapitre 4 sur 13 · I. Le frère doé <leBoiiffleri.--]ean-Fr»i;ois Régis de · texte numérisé non relu

I. Le frère doé <leBoiiffleri.--]ean-Fr»i;ois Régis de

Bonfflen.

■.ZCCt.COOglC

et les <Euvres de Boufflers. xxiii fêgt de lui réfottdrt, depuis eatiron dix-hmi moù, qut je ne me touciais pas d'avancer daiu mort état / que h bien qu'il arasait /ail Jjuqit'd préstiu ma tuffitaittque l'ambiiùm éiaii un Mntimeat étranger à mon cttur, et que je me sentais plus fait pour itrt heureux que pour itre grand. Là-dessus le R» voulut bitn me parler des projets qa'il açait conçus à mou ti^et : il y aurait eu de quoi éblouir quelqu'un qui n'aurait point puisé la plus saine phUosophie dans les leçons et dans les exemples de mon bienfaiteur mime. Je répondis que le Roi pouvait ajouter aux grâces dont il m'avait comblé, mais qu'il i^a/outerail nia ma reconnaissance ni à mon contentement, et que je gagnerais plus à imiter sa modération dans ma epkère qu'à accumuler set bienfaits. Le Roi, surpris de ea ^ua je posais j pour ainsi dircjdes limites à sa biei/aisaaee, daigna agréer ma réponse, el depuis ce temps lu me proposa point de me rétracter. *

e Je n'entreprendrai point de répondre aux gens qui n^ accuseront de manquer de reconnaissance envers mon bienfaiteur f je crains peu l'i reproche sur cet article : mon cœur parlera toujours plus haut que'mes eaîomaiateurfj et je puis ^avance assurer que tous las moments eé l'on pourra £re cet horreurs-là de mai auraiu été marqués dans ma pensée par un tendre sou¥enir des bienfaits du Roi et par te désir vif

XXIV Notice sur la Vie

de lui en rendre un Joar le prix en les méritant. Vous connaissex le fond de mon âme} vous jacej qu'un enfani qui aimerait son pire et sa mire comme j'aime le Roi passerait les bornes de son denoir^ si

un tel devoir pouvait avoir des bornes

I Conclue^ de ma longue lettre, mon cher abbé, et surtout du long temps que nous usons fécit ensem^ ble, que Je pourrai^ comme il m'arrive soutient, être emporté loia de mes devoirs par la légèreté de mon esprit, par la vivacité de mon âge, par la force de mes passions, mais que Je mourrai avant de cesser d'être honnête :

c Anccj pudor, quam te violo, aut tua ;ura résolve. »

Ce fut, comme on le voit, sans hésitatioiu, avec la plus cordiale franchist, que noire Sulpicien,qui n'avait rien d'un Tiherge, Jeta aux orties sa soutane encore neuve, pour revêtir la soubreveste rouge, à croix blanche, des profes de l'ordre de Malte. L'épée dans sa main était mieux servie qae le goupiHon; les paroles ^ amour sortaient plus librement, plus chaudement de son caur que Ifs prières; il chantait plus volontiers matines dans les alcSves, au milieu des aubades ' de baisers donnés et rendus, qu'au pied des'autels ; etj lorsqu'il s'agissait de tourner un madrigal ou une chanson, de dompter un cheval, de sabrer un ennemi

et les (Suvres de Boufflers. xxv ou de caresser une belle, le chevalier se redressau de toute la hauteur de sa race guerrière et galante, avec une crànerie qui lui seyait à merveille. Il était à l'armée, comme dans les ruelles, plein de gaieté, de folie; il avait, dit Griirun, nommé un de ses chevaux le Prince Ferdinand, un autre le Prince Hérédi- [aire. Quand on venait le voir le marin, il appelait un de ses palefreniers et lui demandait d'un grand sérieux si le Prince Ferdinand et le Prince Hérédiuire étaient étrillés ? < Oui, Monsieur le Chevalier, • lui répondait-on. t Je les fais étriller tous les matins, disait-il alors à la compagnie ; vous voyej que J'en sait plus long que nos Maréchaux, i

L'auteur de la Reine de Golcondejf/ avec éclat la campagne de Hanovre. Il avait toutes les qualités requises pour la guerre ; une bravoure innée, une furia radieuse, le mépris du danger et le défaut même de ces qualités, ce je ne sais quoi que nous traduisons ait- Joard'hui par : un cerveau brûlé. Entre deux batailles sanglantes^ dans les entr' actes de ses tueries, son admirable esprit français reparaissait dans toute son insouciance ; loin de simger à se reposer, il ne pensait qu'à ses amours, et après avoir largement saccagé la vie humaine, sa philosophie le poussait à rétablir l'équilibre, en procréant de nouveaux petits combat-

XXTi Notkrs sur la Vie

FaÏMiu l'amour, fibiona U gatm.

Cet deux méàen sont plcini d.'attntt> :

La gaem au monde ett nn peu chère; L'unour en remExmne lei fraû.

Que l'ennemi, que U bergère.

Soient tenir i tour aerréi de {trii...

Eh ! mM amit, prat-on mivoi hin, Quand on a d^eupU U ttns, Que de U repeupler ayrès?

Bottgtfi, à Son retour de Variltiéj findu à Périt et à la vie facUij se li*ra tout entier è la distipatioHj mue plaitirs de ton agi, aux femmes^ uajeti^ aux chenaux •^ sa passion favorite, — Cotnme poêle it riptuation était faite : ses vers fOeilet, élégants, aimables, sjntitiuls, d'un» liesncé coquette et dilicaie, jamais gtosiiira, mdi juste aste\ osés dans leur libertinage pour faire rtmgif it sourire d lajoïs les Dames qui se plaisaient à lu miendte f ses petites poésies qu» Chamfert comparai aux meringuas et à la crime fouttté», ta pièce du Cœur, surtout, qui, dans sa légireié, était HHe véritable profession de foi liberii/te ; tomes eti ravissantes Jleurettes qi^il satail caeillir qpm art sur U Parnaeiij dans U coin réstrté aux Bernii, aux farny, aux Gréctmrt, aux V Àttaignant f sa conver- Mtion enjoué» et frivole, enfin , lui donnèrent uccèt dans Itstetdes d» la mâture compagnie. — Lt cketalier portait, du reste, avec lui la plus siu-e des lettres de

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et les <Euvres de Boufflers. zxvii eridû : son visagtj <f un graeiettx ovale^ mtitait ai relûf deux petits yatx ardentSjpéiillanu tU désirs et d'audace, et ses livres sensuelles, retroussées aux commissures par une malice et un scepticisme du dialit, soutient lancer le propos avec uu langueur à la fois neneuse et caressante.

Aux bonnes et belles manières, â une tounmre noble et karmomeusej Bot(fiers Joignait un tempérament à la Casanova et une assurance de lid-mime qui lui attirèrent plus de bonnes fortuites f u'i aucun gentil~ homme tte son époque. Il ne semblait créé que pour rendre hommage aux belles; pour lui^pointdi cruelles; il vole dé conquête en conquête, sans prendre I4 temps tTitre un snourant; il n'agonist amoureusement que pour renaître plus vaillant et, lorsqiion songe à lui reprocher de n'avcnr jamais aimé, d'être inconstant et d« /adresser aux hétaïres facUes, H s'écrit .'

Je le connaia trop bien ce dangerenz amour; Dèi met plus jeunM «tie il reçut mon hommage, U n'eit le plm souveoC que l'ouvrage d'un jov, Mais un jour ne peut pas détruire son ouvrait J'ai goûté ses douceurs, et j'ai senti se* coups; Je sais qu'il se nourrit de plaisirs et de larmes.

Vous ne connaissez que ses charmes;

Ah ! je le connais mieux que vous.

Las des méprit, des incomtancw

Dont faimt piyés tous mM wina,

sxviii Notice sur la Vie

Je cherchai d'autre* joaissaucet, Moina puret, il est vrai, maii qui me coûtaient moina. J'eus recours, je l'avoue, à cea beautés faciles Qui veulent de l'argent, et non pas des soupir* ; Elles ont essuyé, courtisane* habiles , Les larmes de l'amour par la main des plaisir*.

A l'amant qui leur plaît, ces belles, Pour n'en point violer, ne font pas de «ermenta : Que de femmes, hélas ! devraient iâire comme elles,

Pour ne point tromper leur* amants *i

Boufiers, quoiqu'il veuille bien affirmer le contraire, fit plus soifffrir par son inconsiance qu'il ne souffrit de celle de ses maîtresses ; au temps passager de son bel âge, tes tendres/eux lui semblèrent ennuyeux, la constance de mauvais ton; ce fut un faune d'esprit et de gentillesse, combU de faveurs comme le Dieu des Jardins j ce fut un séducteur, qui, avec une philosophie machiavélique, laissa parler son cœur, ne voulut Jamais mêler l'absinthe de la Jalousie et des pitoya^ blés querelles au miel des amours soudaines, et qui trouva toujours sa grâce au pied des victimes immolées à son caprice,

I. Ces vers sont adressés à H. ds. Choisenl, en réponse il une épttre rimée de celui-ci. M. de Choisenl-Hense (an , nom de plusieurs Daines, dont il se faisait l'interprète) reprochait à Boufflers son libertinage ; voj. Mémoires secrets de U RJfuHiipu des lettres, à la date dn i" avril 176%.

et les Œuvres de BoufRers. xxix

Le tendre vnour le blette

De «ermen» indiscret»;

Ne l'eDchatDotu jamais,

Pour le garder sans cesse.

Avec nos feiu, Avec DOS vaux,

Qu'il finisse ou qu'il dure; Qu'il renaisse à chaque moment :

Mais qu'il renaisse librement; Car, dés qu'on songe à son aerment,

On est d^jà parjure.

Plus tard, il rachètera ses faateSf il sera bon mari, bon pire, bon administrateur « bon fermier; mais plus tard, ce ne sera plus Boufitrs; plus lard, il vivra des souvenirs passés, car la jeunesse doit enjuponner la mémoire, la tapisser de joyeuses équipées, ta meubler avec les ris et les grâces : la jeunesse ifest que la pourvoyeuse des douces joies remémoratives de la vieillesse.

Dans les jours de la folie.

On jouit sans rien prévoir ; En avançant dans la vie, Le bonheur n'est qu'un espoir :

La vieillesse encore projette ; Mais, avant d'exécuter, LTieure sonne, et l'on regrette Sans avoir à regretter.

Vers ï/tfjj le Ckevalier-poite résolut défaire im

zsz Notice sur la Vie

pèUrinagt à Teritey; il alla à Voltaire comme an va nu soleil, avec Paveagltmeat et la conscience da génie lumineux, qi^H se préparait à timidement regarder en face. C'est dans ce voyage en Suisse qu'il adressa à Madame ta mire cette correspondance espiègle, qui est une des plus gaies et des plus spirituelles gui aient iti écrites dans notre langue, Cest un peu la manière de Chapelle et de Bachaumoni, mais avec plus de badinage et de vivacité dans le récit. Il partit en artiste, avec une légère valise, comme un aimable coureur d'aventures} et, afin de conserver l'incognito, de déguiser sa condition, il se présenta sous le nom de Monsieur CharleS; peintre au pastel.

Suivons-le un instant : Il passe à SoUure, arrive à Genève et donne des aperçus charmants sur les maurs et les habitants de la Suisse, < La terre est ici cultivée par des mains libres, écrit-il; les hommes sèmatt p(mr eux et ne récoltent pas pour d?autres. Les chevaux ne voient pas les quatre cinquièmes de leur avoine mangés par les rois ,' les rois n'en sont pas plus gras, et les chevaux le sont bien davantage. Les paysans sont grands et forts, les paysannes sont fortes et belles; Je remarque que partout oà S y a de grands hommes, il y a de belles femmes, soit que • les climats les prodaisenl, soit qi^elles viennent

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et let dUTrtl de Boufflen. xxxt lu thtrchir, cê q» m teraii pai décat. * A Geah» , il t'uukeiuiastM tur U lac} il lui semble qui l'Oeéan ail voulu domtr à la Suiu» ion portrait tn miniature f mais à ut la àm^ pliciié des habitants de Vevay qui le touche profondément. * Om ne me connaît que eomnu pnnire, dit4l dans sa iroisiima lettre à la Mttrquite dt Bouf- Jitrt;}» suis trailé partout comme à Nancy; j% vais dans tomes les sociétés f je suis écoulé et admiré de beaucoup de gens qui ont plus de sent que moiy et fy reçois des poUlêtsts que j'aurais tout as* plus à attendre de la Lorraine f î'àgt d'or dure encore pour cet gens4à. Ce «?*tl pas la peine ^itre grand seigneur pour se présenter cbtj eux,'il suffit d'être homme. L'humanisé est pour et bon peuple-ci tout ce que la parenté serait pmar un autre, f Plus loin, les Alpes le transportent, al il plaisante même leur moftsié avec une ccrroû» irrévérence et un goût donttux : % Oh! pour le coup, me mtâ dans les Alpes jusqjiim cou. n y a dés endroits ici oà un enrhumé peut cracher à son choix, dans POeéan ou dans la JUé^ierranée. Où est PampinO t^est id qu'il ferait beau le voir grossir les deux mers de sa pituite ,

I. C'ilait un des imis cainmiuu de H""* de Bonflen et de Son fils i U petite cour de Lniiévïlle ; il se n M. DeTauC Boofler! t. h(l des coapTets sar Int.

XXXII Notice sur U Vie

au lieu iPen inonder voire chambre. Oà est P'abbi Parquet f que je le place, lui et sa perruque, sur le sommet chauve des Alpes, et que sa calotte demeure, pour U première fiÀs, le point le plus élevé de la terre. •

C'est dans ce même voyage que Bonfiert se lia avec le célibre Haller, et soutint avec lui une conversation de cinq heures devant dix ou douje personnes. Il vit également J.-J. Rousseau, mais ne plut saru doue pas au philosophe, dont Vkumeur ua peu sombre et le jugement sévère ne pouvaient /accorder avec la gaieté et la pétulance du petit poète. Dans les Confémota du Cicoyea de Genève, nous trouvons en effet ce passage malicieux, mais peut-être bien juste :

t Le Chevalier de Bonfiers a beaucoup de demitalents en tout genre, et c'est tout ce qu'il faut dans le grand mande, oà il veut briller; il fait tris-bien des petits vers, écrit très-bien de petites lettres, va jouaillant un peu du sistre et barbouillant un peu de peinture au pastel, i

Voltaire devait venger le Chevalier de la demiréception que lui avait faite Fauteur (fEmile. // reçut son jeune confrère à bras ouverts, avec une Joie nai déguisée, avec toute la chaude sympathie qt/il ne cessa de lui témoigner par la suite, t Me voici

et les (Buvres de BoufBers. xxxiii eiifln chei le roi de'Garhes, s'écrit lejeuae diseipU^ dans une lettre à sa mire, datée de Ferney; car, jusqi^à présent, J'ai voyagé comme la fiancée; ce n'est qi^en le \oyant que je me suis reproché le temps que fai passé sans levoir. ïl m'a reçu comme votre fils, et il n^a fait une partie des amitiés qu'il voudrait vous faire. Vous ne pouvei avoir une idù de la dé' pense et du bien qu?ilfaii. Il est le roi et le pire du pays qu'il habite; il fait le bonheur de ce qui l'intourej et il est aussi bon pire de famille que bon poète. Si on le partageait en deux et que Je visse £ua cSté l'homme que J'ai lu et de l'autre homme que J'entends, Je ne sais auquel Je courrais. Ses imprimeurs auront beau faire, il sera toujours la meilleure édition de ses livres. *

Bouffiers anima par sa turbulence, ses bons mots, ses folies, la maison du patriarche de Ferney; il conquit tamitié de M" Denis et de M."* Dupais, nie Corneille, ces deux nièces de Voltaire : la première, bonne de la bonté qt^on aime ; la seconde, remarquable par ses grands yeux noirs et son teint bran. L'auteur de Candide, lui-même, ne peut se défendre du charme, de la Jeunesse, de la verve gaillarde de son ^^" i '^' '"'^'^ polissonneries du sémillant Chevalier le rajeunissaient; il aimait à le voir sauter crânement à cheval et parcourir, les cam-

xxxtv Notice sur It Vie

pagnu nptrbt* qui eminmimi»! ta 4muwt, à la rt^rehti* fu^que pttiu bargtre à fiim* o» tfuM bellf el piquaiut bourgeoûe à peiitàrt, ce qui iquiga^ lait à «M sédiKiion, Pont me lettr» à M. Dupont, à la date du 15 JoAvitr ij^S, Vçlimt éen'foit i « Nqiu avom à Femey ti» dêvos aunpatrioW; <^ett M. It Chmiûïier de BoitS*"} <"> ^' p'k' aimabUs tKfmu de ce mondt, wui plein d'etprù el de ta~ Unt. * I^ »t Janvier de la mime anmie, il icrit ig^ Umem au liarichd de Richelieu : * Le Chevalier de Boufitrs est une des plus jingulièree criaturet qui soient aumonde.B peint au pastel fort J^imettt; tantàl U mmue i cheval tout seul à dnq heures du matin et t'en vû peindre les femmes à Laus a nne... Tantàt U enjôle ses modiles; de là, il va en faire autant à CeniMj et dt là il revient cbej moi se reposer de.., fet forces perdues avec det huguemitet, »

A Femey, BonMert fait dure liejilett traita en enfant gâté; il /amusej il amuse; il ovutte des impromptus galants â tontes les dames; il ett «^ aaudier, étourdi, priae-taatier ^ quelquefois j^riaue el profond, meit cela ne dure guère ; il est adoré de têtu les, convives, en ne peut plut se passer de lui. % Où ett donc notre Chevalier, a de^ande-t-on lorsqu'il ett absMt, et ¥oa bâille éennui; ttn se nurfend dont tan Mteate. Vt^ire impiaiise sur im, à

et les (Euvret de Boufflers. xxxt propos â'wu dame Cramer, courtisée par BouSUri^ le hidtaài juivaxt qui résume la vie de celui-ci :

Mars l'enlève au «ëmioalre ; Tendre Vénus, il te «ert ; U écrit avec Voltaire, n uit peindre avec Hubert; Tous les arts soat sous *a loi :

De grâce, dis-moi, ma clière, Ce qu'il sut feire pour toi.

Daiu ses soirées au château^ rU n* parle pas, il detsiae la Maître, qui s'est engagé dans une partie d'échecs, et il envoie ce croquis à sa mire pour ses étrennes. i Cela n'a m force ni correction, lui dit-il, parce que Je l'ai fait â la hâte, à la lumière et an travers des grimaces qu'il fait toujours quand on *eat le peindre ; mais le caractère de la figure est saisi, et àest l'essentiel. Il vaut mieux qu^un dessin soitbien commencéque bien fini, parce qu'on commence par l'ensemble et qu'on finit par Us détails '. >

I. Boufflers dessina à Feme; et grava à l'eaD-fbrte et an pointillé, dans la manière de Rembrandt (dit la Sii>graphit Michaud), avec beancoup d'art et d'esprit, >m feutrait en profil de Voltaire, très-ressemblant et tréi-eipres- 9if. Jl l'a représenté assis devant son bnreau, la plume à la inun et coiffé d'un bonnet. Cette estampe fût trés-recher- ^diée. — Il en à regretter que, de tant de portrait» au pastel qn'il dessina dans son voyage en Suisse, aucun ne soit par-

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xxxTt Notice sur li Vie

A Genèvtj à Lausanne, à Vevay^ il i^est question que de ses succis en tout genre : il est recherché fortoal) M. Ctiarles est le peintre et l'homme d'esprit à la mode ; toutes les femmes veulent se faire croquer au pastel par lui, et les maris, sans défiance, le conduisent eux-mêmes dont leur intérieur, comme on mine un renard dans un gélinier. Les séances ne sont pas ennuyeuses : il sait égayer les jolis mintis qu'il caresse de son crayon par cent contes égrillards ; il invente des madrigaux sur la bouche qu'il trace à la sanguine, sur les yeux de Jlamme qui le regardent^ et, de temps à autre f il se lève pour empourprer de ses baisers un visage qu'il trouve peut-être trop pâle. Toutes les principales habitantes de la Suisse ont leur portrait peint par BoufferSj trop heureuses lorsque ce dernier ne leur laisse pas le sien exécuté en collaboration. Il a la réputation (fun homme unique, car il ne prend qi^un petit écu par miniature, quand il n'est pas pttyé entre les bras de ses modiles. Plus tard, lorsqu'il songea à reprendre son véritable nom, les bons Suisses, confits de leur méprise, le regardèrent comme un aventurier.

venD jusqu'à nong. Il doit j arpir nne curieuse galerie de miniatures féminines j nous eussions aimé contempler les vicrime» du chevalier et pouvoir apprécier son talent de peintre, mai) nonS avouons n'avoir rien découvert qoiv pnisK révéler l'artiste à no» jeux.

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et les Œuvres de Boufficrs. xxxvii Bouliers dut étendant quitter Ferney et les vallons de l'Helvitie. Il y eut une effiisicn de tendresse entre le peintre poète, set nombreuses maîtresses et ses innombrables amis; vers 17^8 , le solitaire de génie qui l'upoit si bien accueilli lui écrivait une lettre en prose et en vers tris-laudatifs qui se terminait par ces mots : f La Suisse est émerveillée de vous, Ferney pleure votre absence, et le Bonhomme (Voltaire) vous regrette^ vais aime, vous respecte infiniment. >

Cette amûiij qui ne se d^ent pas un seul instant, t^est-elle pas merveilleuse dans l'âme du Bonhomme } Cette affection avait pris naissance par la fameuse pièce du Coçur adressée à Voltaire et à laquelle celuici répondit par ces stances si connues^ dont voici la première ;

Certaine dame honnête, savante et profonde,

Ayant lu le Traité in caar, Disait en »e pâmant r Que j'aime cet auteur!

Ah ! je rois bien qu'il a le plus grand caur du monde.

L'historien de Charles XII professait c.

une sincère estime pour ce badin nourrisson des Muses, qui se faisait si volontairement son disciple ; il y avait des afinités gauloises entre eux, et Boufflers s'épanchait sympaihiquement dansj'esprit de Voltaire, comme un clair petit ruisseau qui se Jette en murmu-

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xxxviii Notice sur la Vie ' rant dont te court d'un grand Jleuve. Le Chevalier, qui maniait îi bien les hochets de la gaieté fraitçaistf avait du sourire dans l'esprit et de la Jeunesse radieuse dans sa poétique ; le vieillard aioiait cette fraîcheur de rené et cet ipojioidssemeni de facultés vitales j et il /ibaudissail copieusement de ses chansons et de ses. pièces erotiques, en particulier de cette curieuse histinre de Loth mise en quatrain ' ; Il but, Il devint tendre ; \ Et pui( il fiit

Son gendre.

Le poite prit toujours foliaire pour guide; lorsque l'âge le gagna sans trop le mûrir, lorsqu'il en vini«à avouer qu^il fit, dans son printemps, guidé par la folie, dupe de ses désirs et bourreau de ses sens, éest encore h son vieux maître qiiil s'adresse dans cette confession délicieuse .'

Soyec mon directeur, donnez-mot Tôt arà; ' ConvertiMez-moi, je toiu prie ; Voua en avei tant pervertis !

f , On îponrrait retirer à Bonflert la paternité de ce qnatriin, car ion originalité se tronve presque entièrement danj le dernier vers de ce distique de Deilandes [Éfitapktt, page iâ8) :

eï les ffluvres de Boufflers. xxxix

Sur mes &utes je suit «incëre, Et j'aime praque autant Ici dire que lu faire.

Je demande grâce aux amours :

Vingt beautés à la fois traUes,

Et toutes assez bien servies, En beaux moments, hélas ! ont changé mes beaux jours

J'aimais alors toutes les femmes :

Toujours brûlé de feux nouveaux, Je préteudais d'Hercule égaler les travaux,

Et sans cesse auprès de ce* dames Etre l'heureux rival de cent heureux rivaux.

Je regrene aujourd'hui mes petits madrigaux, Je regrette les airs que j'ai faits pour tes belles.

Je regrette vingt bons chevaux

Que, courant par monts et par vaux,

J'ai, comme moi, crevé* pour elles ;

Et je regrette encore bien plus Ces utiles moments qu'eu courant j'ai perdus.

Les neuf Muses ne suivent guère Ceux qui suivent l'aniaur. Dans ce métier galant. Le corps est bientât vieux, l'esprit longtemps enfant; Mon esprit et mon corps, chacun pour ion afiaire,

Viennent chez vous sans compliment.

L'esprit pour se former, le corps pour se re£ure

Jadis les chevaliers errants, erre après avoir longtemps cherché fortune, Allaient retrouver dans la lune Un petit flacon de bon sens :

XL Notice sur la Vie

Moi, je vous en demande une bouteille endëre;

Car Dieu mit en dépât chez vous L'esprit donc il priva tous les sots de la terre Et toute la raison qui manque à tous les fous.

De nouveaux juccis semblaient attendre Boufiers à ton retour à Paris, Les lettres sur son voyage en Suùse furent publiées en 1770 ; elles firent sensation dans un milieu de délicats, et le Chevalier de Bonnard lui adressa une épitre en vers tris-fine et pleine de traits piquants. En t/^i, il se disposait à suivre les trotipes confédérées en Pologne; mais, rttenu à Vienne j il s'y fit le représentant de la France galante, et il obtint encore auprès des femmes allemandes une réputation dont il eàcpu s'enorguellir. En 1772, nous le voyons capitaine d'un régiment du hussards, il accompagne le duc d'Orléans au combat d'Ouessant ; en 1780, il est fait Brigadier d'infanterie, et, quatre ans plus tard, Maréchal de camp. Il devient difficile à celle époque de suivre BouMers : il dépiste les biographes par ses voyages multipliés du nord au midi, de Fest à l'ouest s on le voit tour à tour en Lorraine, en Prusse, en Danemark, sur tous les points de l'Europe ; c'est bien réellement le plus errant des Chevaliers. Voisenon, dans ses Anecdotes littéraires *, dit à ce

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