‹ Contes du chevalier de BoufflersChapitre 5 sur 13 · I. Vtûgenon, Munts compUttt, in-B», i?8i, tome IV, page · texte numérisé non relu

I. Vtûgenon, Munts compUttt, in-B», i?8i, tome IV, page

et les CEuvres de Boufflers. xli sujet: I II n'est guère possible (Pètreplus aimable qut ' le Chevalier de Bouffiers. Son goût dominant est celui £itre toujours ambulant ; c'est apparemment pour avmr la satisfaction de répandre le plaisir partout. Quelqiiun (M. de Tressan)^ l'ayant rencontré sur les grands ckendns, lui dit : Monsieur le Chevalier, je suis enchanté de vous trouver chez vous. •

Le mol est drSle et malicieux, Bouffers y donnait prise. Ses histoires comiques, ses aventures, ses satires, ses bonnes foritaies, SES moindres mots étaient saisis avec empressement et racontés par les compilateurs cTAna. Au milieu d'une foule ^anecdotes sur notre poète, nous ne cueillerons que ceUe-ci dans la Correspondance secrète de Metra :

I L'un de nos plus aimables courtisans, également tien venu au Parnasse^ à Cythere et à Versailles, M. de BouSlers, se vengea dernièrement par une épigramme sanglante de l'infidélité d'une belle Marquise. Cette petite pièce ne parvint à sa destination qu^apris avoir passé dans vingt cercles, La Marquise écrivit immédiatement au Chevalier pour lui demander pardon de ses torts, le supplier de détruire toutes les traces de sa vengeance, et l'enga~ ger à venir che\elle,à une heure indiquée, pour sceller une réconciliation sincère. Le Chevalier connaissait trop bien les femmes pour aller sans défiance au «»-

XLii Notice sur la Vie

- dej-toiu. Il st mtmii de pistolets. À peine avaii-il fait Us premières explicationsj que quatre grands drSUs arrivent, le saisissent^ retendent sur le Ht^ le déshabiller autant qu'il était nécessaire pour exécuter leur dessein, et lui administrent en cadence cinquante coups de verge sous le commandement de Madame. La cérémome finie p le Chevalier se relève froidement, se rajuste, et, l'adressant aux spadassins que la vue de ses pistolets à deux coups fit trembler : t Fous n'avei pas fini votre besogne, leur dit-il. Madame doit lire satisfaite, son tour est venu ; Je vous brûle la cervelle à tous les quatre si vous ne liu rendei i l'instant ce que Je viens de recevoir... i Les pleurs de la belle n'empêchèrent pas que le satin de sa peau ne fût déchiré sans pitié. Mais ce ne fut pas tout: M, de Boufflers voulut que les exécuteurs de ces actes de vengeance se fissent subir mutuellement une semblable punition ; puis, voulant se retirer : < Adieu, Madame; que rien ne vous empêche de publier cette plaisante aventure; Je serai le premier à en régaler les <Hsif s. t On prétend que la Marquise courut après lui, se mit à ses genoux, et le conjura tellement de garder le secret, qi^il soupa che^ elle le même soir pour déconcerter les indiscrétions. »

Cette historiette témoigne que notre Chevalier, et avec raison, ne craignait pas de traiter les femmes

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et les (Xuvres de Bo.ufflers. xliii à la hussarde, Sts amours volages devaunt néanmoins prendre Jin, du jour oà Pamour sérieux pénétra dans son être sous les traia d* jlf°>* la comtesse de Sabras. Ct fut ta 1777} alors qt^il se trouvait C<Aonel au régiment de Chartres, que Boiffiers fit ta connaissance de M"* de Sabran, Fraaçoite-Eléonore de Jean de Manville était veuve d'an ciMcier de marine peufortunéj qui Pavait épousée sur le tard, et qui mairut tf apoplexie au sacre de Louis XFIj à Reims, la laissant mère de deux enfants : l'un, qui dpvait porter le titre de comte El^iar de Sabran; l'attire^ Delphine de Sabran, qui épousa par la suite le jeune comte de Custines. M" de Sabran était dans la sublime maturité de sa beauté, elle comptait vingt-sept ans; Bonfiers en avait trente-neuf. Si nous en jugeons par le portrait que nous a laissé d'elle M'** Vigée-Lebrim, il est impossible d'imaginer une plus adorable créature,- plus fine dans le sourire, plus spirituelle dans Péclai de ses grands yeux noirs efuronnis de bruns sourcils, plus poétique dans l'encadrement de cette vaporeuse et longue chevelure blonde et frisottée, plus nonchalante et plus voluptueuse dans la langueur de son attitude. Sur la fraîcheur de sa blanche coUeretfe^ l'ensemble de ce visage se détache comme une séduc lion; le ne^ est mutin, les narines paraissent sensuelleSf la fossette du tnenton est rieuse et charmante^

XLIT Notice sur la Vie '

7e fiont large et intelligent. On ne comprend que trop aùément la passion du Chevalier pour cette fenww mignonne et exquise.

Comment se connurent-ilsf L'histoire et nos docw ments ne nous le révèlent pas ; peut-être l'aventure a-t-^lle quelque analogie avec le conte que l'on trouveraplus loin sous le titre de Ah ! si., . Quoi q^il en soit^ ils s'aimèrent d'un amour commun, violent, vivace et constant. M*" de Sabran était femme ^esprit, nous dirions presque : une femme de lettres; l'abbé DelUle, gui l'avait connue chej JH^* de Trudmne, lui apprit le latin et la littérature française ; Turgol et Maiesherbes goûtaient fort son esprit, et ses succès dans le monde, succès de beauté, d* grâce et d'agréments personnels, l'avaient mise fort à la mode parmi les artistes, les savants et les lettrés de distinction.

C'est dans la Correspondance inédite de la Comtesse de Sab raa et du Chevalier de Boufilers (i??8- 1788), publiée dernièrement par E. da,Magmeu et Henri Prai ', qi^il nous serait possible de puiser les informations et les détails les plus variés sur cette passion véritable, qui se sanctifia dans le mariage, si nous prétendions étudier à l'extrême la vie de l'asnou-

1. Corrttpondaaet inédite de la Comtesse de Sabran et du Chevalier de Bouffters, 1* édition, Parii, Pion, in-E", «77i-

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et les (Euvres de Boufflers. xlv reux poète ; mais notre travail ne saurait stqjporier texamen de plut de deux cents leitresj et tiùus renvoyons les curieux au compacte et intéressant volume qui les contient.

Dis les premières missives, on se traite de frire et de sasur; on se raconte j dans un style qui voudrait rire grave, les mille bagatelles arrities en une semaine ou dans une journée; on se chuchote timidement de tendres aveux; on relit ses lettres, on vil d'espérance ; puis peu à peu, lentement cependant, la liaison se resserre^ se fait plus intime; les cxurs se rapprochent et se choquent amoureusement; la tendresse et Vinduigenee dans le bonheur r'unissent; on ne se nomme plus mon frère ni ma sœur, mais mon enfant, de part et d'autre, avec une grâce touchante, une sincérité émue. La passion éclate aiec fièvre; ces deux amants /embrassent follement, c'est leur âme même qui dicte ces lettres qu'on ne peut parcourir sans émotion^ et ces âmes dictent si bien qu^ils écrivent des chefs-d'œuvre,

La Comtesse de Sabran aimait pour la première fois, avec ta fougue, le délire d'une femme qui se donne entièrement et qui sent ne pouvoir aimer qi^une jois en sa vie. Mariée de bonne heure à un vieillard, ses sens n'avaient sommeillé que pour se réveiller plus ardents, plus agiles et- plus volontaires. Le Che-

Dni.t.zc-ct.Coogle

XLvi Notice sur la Vie

valier de Boufitrs exposait à cette impétuositi amoureuse le contre-poids d'un tempérament rassis et un cour souvent donné en g^ge, mais toujours despotique' ment repris ; il avait le grand art de se faire attendre et désirer : Us passions les plus solides ne vivent que dans ce contraste. Boiffiers sut tisonner la Jlamme de sa maîtresse avec les brusques cahots de sa vie d'afeniures, et il attisa si bien ce feu d'anuMr qiiil j^eus jamais à en fouiller les cendres.

Le poète possédait la science de la vie ; sans doute l'avail-il apprise à ses dépens, mais peut-être bien aussi les bons conseils de Madame sa mire avaient encore plus apporté dans son jugement ce positivisme . dont il nous a plusieurs fois signalé les tendances. Dans un jeu de société on agite cette question : Lequel r end plus heureux j de l'esprit ou du caurf Et Boufiers de répondre aussitôt :

Ne demaadez-vous pas qui des deux au bonheur Mène plut sflrement, de l'esprit ou du cœur?

En qualité de bon apûtre, Je réponds : Ni l'un ni l'autre, Dana ce chemin glissant, qu'à toute heure, avec soin, Pour nous faire tomber, sous nos pas le temps fauche, C'est la seule raison dont nous avons besoin ;

Car l'esprit' mènerait trop loin,

Et le cteur mènerait à gauche.

et les Œuvres de Boùfflers. xltii Cependant l'keurtux amant de M^ ■ de Sabran a plut de caur qu'il n'en veut bien montrer. — Le voyage qitil fit comme Gouverneur au Sénégal et le journal daté de sa résidence nous le montrent soUs un aspect tout nouveau : i 11 ne veut pas épouser celle qu'il aime avant de s'être fait une grande situation/ disent les introducteurs de sa correspondance avec la Comtesse. En se mariant, il perdrait ses bénéfices; il /^apporterait dans la communauté que sa misère et ses cheveux blancs; il lui faut de l'honneur j de la gloire, de grands emplois, et il va chercher tout cela sous les feux des tropiques, acceptant les privations, les douleurs, les épreuves, pour arriver au but, et trouvant dans son Charles expressions les plus ingénieuses d'une tendresse qui étonne, t Vers l'année tyS^, le gouvernement du Sénégal devint vacant; Boufiers le demanda, dit-on, et le Roi le lui accorda en le désignant pour cette charge importante, le j> octobre de ladite année.

On a prétendu attribuer l'envoi du poète sur les côtes de l'Afrique occidentale à une disgrâce encourue par suite dé la publication dans le Journal de Paris (du jt mai tyS^} d'une chanson intitulée l'Ambassade, où Soufflets plaisante sur ce genre de mission et même un peu sur Us Souverains. Les Mémoires de Bachaumont, à la date du 6 juin 178^,

XLTtii Notice lur la Vie

parleiu en tffa de la tiqipresstoii du Jaumalj et le 14 juin luisaMt *■ on y troia-t la chanson incriminée j dans laquelle le Ckenalier traite la princesse Chrîsdne, Aoanellement abbesse dt Remiremontj d'Altesse sauvage, et de Princesse boursouffléej mais cette ailégation lia lien de fondé, car il est à remarquer que ladite chanson fut imprimée dis t^Sz dans un recueil des poésies de Boafiers. Il serait plus Juste de dire qt^à cette époque U chansonnier se trawair endetté de pris de 60,000 livres, et que, en outre d'un patri' moine fort mince et de 6^000 francs depension, U ne possédait plus qu'une petite rente viagire. La Biographie Michaud nous lyprend, dans ujte note, que Bouffiersfit présenter un mémoire au Roi, en protestant de son dévouement, et proposant de s'arranger avec ses créanciers avant son départ. Colonne, alors Âlinistre, eut l'idée de lui faire payer deux années de sa pension pendant cinq ans, à la condition qu'il ne lid serait rien payé les cinq années suivantes ; par cet arrangement, disait te Ministre, le trésor royal ne sera à découvert que de cinq années, qui rentreront successivement. Le Roi accorda la demande et fixa le

I. Le motif de cette suppression me paraît d'autant plus injuste, dit Bachanmont, que cette pièce est extraite d'nn nouvean jonrnal intitalé 1m Quatre saiioas, imprimé avec

et les Œuvres de Boufflers. xlix traiiement du nomeau Gouverneur à if jooo fraies. On ne l'attendait guire à voir un poile badin déployer de bien grandes qualités admiaistrativesj mais chacun fut trompé dans son attente : il se signala par des institutions tuiles et bienfaisantes ; il interdit la traite des noirs à ceux qui étaient attachés à son gouvernement; il s'efforça^ lorsqi^ii ne put l'empêcher ^ à rendre ce kideuX commerce awins cruelj et on le fit même acheter des nègres dans le seul but de leur sauver la vu ou de les protéger contre les mauvais traitements. Dans une lettre au gouvernement fran- <;<às, il demande un secours de dix mille francs patr organiser une expédition dans l'intérieur de l'Afiique, et explique que la caravane, composée de quatre à ânq blancs, de huit ou dix nègres, de six chevaux et d'autant de chameaux ^ partira de la presqu'île du Cap-Vert en face de Corée, pour être conduite à Guiguis, résidence ordinaire du Roi de Cayor. Tout ee plan est bien eomUné, arrêté avec une sagacité et une tactique qui frappent. Rien n'y est oablié: il indique avec détails les moyens de navigation et de communication, et il estime que la dépense minime que cette expédition peut coûter sera largement payée à l'issue du voyage par les objets de curiosité qui en seront rapportés. Bonfiers retint à Paris, rappelé pqr le Ministre, en août t^SS; mais il devait rep^tir

L Nocice sur la Vie

pour sa rétùUnce de Corée quelques mois plus tard, C« ne fiit qu'en 1^8^, le »o novembre, que M. U Gouverneur du Sénégal, muni tfun congé du Rai, s'embarqua à bord de la corveite le Rossignol pour meure pied d La Rochelle h x^ décembre. Par suite de l'intervention de M"' de Sabran et de ses amis, le congé qu'il possédait devint définitif.

Son départ fut considéré comme une calamité.

Bonfiers, qui était aceessUile à tous, fitt regretté el pleuré par les blancs et les noirs qui Favaient connu; U paraîtrait même, si nous en croyons M. A. Jal, auquel des camarades de promotion dans la marine racornirent le fait, qu'il se fit beaucoup aimer des femmes du pays, et, sans peindre ces Signares au pastel, il les traita cojnme les huguenotes de Suisse, en laissant dans la Coloaiefrançaise beaucoup de petits mulâtres que leurs mamans étaient fiires d'attribuer aux bontés de M. le Gouverneur.

Le journal écrit par le Chefolier de BoaMersfat, pendant ses d&tx voyages au Sénégal, adressé par paquets à At~* de Sabran. Ce Journal t^amour el de tendresse est merveilleux par les sentiments élevés qi^il exprime, par la noblesse de cgur, la vt^onté ferme, l'intrépidité, le dévouement et surtout l'esprit étonnant qui s'y manifestent. Il faut tout lire pour bien comprendre Boufiers tel qu'il était alors, pour

e[ Les (Euvres de Boufflers. li

Psdmer et lui pardonner Im petils péchés de son adolescence. — Dans une note du 8 février t^Sy, il parle de l'achat ePunepetite négresse de deux ou trois ûtUj destinée à Madame la duchesse d'Orléans, i Elle est jolie non pas comme le Jour, mais comme la auitj ditil ; ses yeux sont comme deux petites étoiles, et son maintien est si doux, si tranquille, que je me sens touché aux larmes en pensant que cetlepauçre enfant m'a été vendue comme un petit agneau. Si tu la vas au PaJais-Royalj ajouie-t-il en s'adressani à M™ deSabran, ne manque pas de lui parler son laitgage et de la baiser en pensant que Je foi baisée aussi et que son visage est le point de réuaiim de nos

Si nous citons ce passage^ c'est que, croyons-nous, il se rattache quelque peu à noire histoire littéraire. Cette petite négresse ne fut-elle pas Ourika, et Bouf- Jlers ce Chevalier deB... dont il est question dans le Joli ckef-d'auvre de M'' de Duras f Cette fia de lettre n'est-elle pas aussi exquise de grâce et de fraîcheur d'esprit: a Je vais me coucher et tâcher de n^endormir avec ton idée dans la tête, comme lespetits enfants friands font quelquefois avec une dragée dans la bouche: > Donnons un aperçu délicieux de l'auteur du Cceur, revenu au sentiment: t Je suis un barbare, ma HUe, je viens d! une chasse aux petits

m Notice sur la Vie

aiteaux;fai tiré un grand coup â» fasUj et du mime coup J'ai tué deux charmantes tourterelles- Elles ■ étaient sur le mime arbrcj se regardant j se parlant, se Èaisani, ne pensant qu'à l'amour et la mon est venue au milieu de leurs doux Jeux. Elles sont tombées ensemble sans mouvement et sans vie, la tile penchée avec une certaine grâce triste et touchante, ■ qui aurait presque fait penser qu'elles aimaient encore après leur mort. Tout en les plaignant, je les enfilas; elles n'ont point souffert ; leur existence ria point fini par la douleur; leur amour n'a point fini par le refroidîtsemeni ; leurs poutres petites âmes voltigent peut-itre encore et se caressent dans les airs ; elles n'ont plus de mort à craindre, mais peutêtre craignent-elles d'être un Jour condamnées à naître à des époques éloignées l'une de l'autre, et par conséquent à «ivre l'une sans l'autre. Tout cela doaae beaucoup à penser!. .. t

Quel abîme entre notre Chevalier au sortir de Saint-Sulpice et ce Gouverneur grave, riMchi, qui se douloie si mignardement à la vue de deux tourterelles mortes en /aimant et se becquetant! C'est que l'orage a passé sur sa tête sans la lui faire courber; c'est que le filleul du Roi Stanislas a franchi cet âge oà le caur se brise ou se bronze; c'est qu'il a souffert, qu'il a lutté contre lui-même, qu'il a aimé et

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ec les Œuvres de Boufflers. lui turtaat qu'il aime encore avec cette nuaace eharmaiitt (tua amour doublé d'estime et d'amitié.

A son retour du Sénégal^ l' Académie fra/içaise élut le Chevalier et Marquis de Bauffiers à la place de M. de Moatajety Archevêque de Lyon. Nous ne dUcuterons pas ses droits plus ou mwis légitimes à cette illustration littéraire^ car à cette époque, comme à la tiétrCf le nimbe du giaie n'iajluençait en rien le pigtment des Immortels, et le nouvel élu se trouvait porté au fauteuil par IHnJluence d'amis dévoués et remuants plutôt que par son disir personnel. On lai prête même ce Joli quatrain improvisé, en réponse à vM"* de Staël, qui, peu de temps avant sa nomination, /étonnait de ne point le voir agréé de la docte société:

Je vois l'Académie où vous êtes présente.

Si vous m'y recevez, mon sort est assez beau : Nous aurons â tous deui de l'esprit pour quarante. Vous comme quatre et moi comme zéro.

Sa réception eut lieu le s décembre iy88. Son discours est original ; il débute par un morceau sur les nègres et sur les rives du Sénégal, puis il transporte son auditoire au milieu des bergers d'Arcadie et dans la vallée de Tempe. Grimm, qui assistait à cette réception, rapporte que ce discours fiit très-Ofplaudi. On

Liv Notice sur la Vie

y trame, ta effet , des passages sur U style qui sont remarquables. La clarté du style, selon Bouffiers, est U premier indice ei le plus sûr garant de celle de l'esprit ; semblable à la lumùre du Jour, qui se compose de plusieurs rayons, elle dépend non-seulemeal de la propriiti des expressions, mais du choix des images , de la justesse des tours et surtout de l'ordre des idées. Il y a dans tous les genres, depuis le plus grave Jusqu'au plus frivole, depuis Pépopée jusqu'à l'idylle, depuis la sublime philo~ Sophie Jusqu'à la pensée la plus légère, une marche constante, une dépendance suecessite, un enchaînement invariable et presque une filiation de causes et d'effets, de principes et de conséquences, qui, observée ou inconnue, produit la lumière ou l'obscurité. Rendre fidèlement son idée, c'est à la fois le but et l'art décrire; en imitant ainsi, on est original, et, dans ce genre, plus on est exact, moins on est servile.

En ty8p, le poète académicien, déjà grand bailli de Nancy, fut député par ses compatriotes aux Etats- Généraux. L'auteur fJ^Aliae ne se fit guère remarquer dans ces nouvelles fonctions. La politique n'était aucunement son terrain; il prononça des discours plus nourris de bonnes intentions que de verve oratoire; il parla du clergé, du traitement des titulaires ecclésiastiques et des octogénaires, de la propriété

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et les duvres de Boufflers. tv

des inventions et des décou9ertesj etc. Toutes sesmotions témoignent (Pune grande sagesse et d'une douce modiration, rien de plus. Avec Malouet, Virieu et Larochefoucault-Litfncottri, il fut l'un des fondateurs du Club des Impartiaux en i^po^el l'on trouve dans le Moniteur la trace de ses travaux législatifs.

Sur la fin de sa nie, de t^ffo d ïSïj^ Boufiersest moins saisissable pour le biographe. Nous te voyons^ avec M"' de Sabran, devenue sa femme, émigrer à la cour de Reinsberg, oà il fut accueilli par le prince Henri de Prusse, dont il s'était montré à plusieurs reprises le panégyriste} et qui le fit nommer membre de PAcadémie de Berlin, en lui faisant obtenir , par Frédéric-Guillaume, de vastes concessions en Pologne, dans le dessein d'y fonder une colonie d'émigrés.

Vers tSoo, Bonaparte, voyant le nom du poète sur une liste des proscrits, biffa ce nom célèbre en décriant : . Qt^on le fasse revenir, U nous fera des chansons. > Et Bouffers revint ; mais il ne revint pas chansonnier. Lorsqu'il remit Us pieds sur le sol de la France, il était vieux, usé, cassé, découragé, sombre, obscur et ennuyeux. En i8o^, il fut admis à l'Institut dans la classe de littérature^, et il composa à cette épo-

I. Dans no article sot Rœderer (août iSj]), Sainte-Bcorc racontequcce »V3nc proposaau choi»dnpremiercoDsnl,»ttr

Lvi Ffoitce sur U V"e

qutqueltpits-uiu des cantes que nous donnons plus loin, ainsi qit€ des fragments littéraires et unt indigeste ilncubraxion mit^hysiqut, \e {.tbre Arbitre (iBi>S), qui DPiial un tuccis f estime- U x« signait ptifs afors le Çht'alier de BoiiJUrf, mais modestement : Stanislas Bouffierf >, mepibre de l'Infdtui. -rr Ce dernier litre semblait devoir être son iteignoir.

On a reproché à Boufiers d'avoir fionori de ses siiffrages poétiques le pouvoirde Napdéoit.Il adressa tn effet des vers (tif prince JérSme, mais la reconnaissance parlait seule en lui. En 1813, lorsqu'il vil mettre à Vincennes^ sur l'ordre de l'Empereur ^ le jeune comle de Sabran, qu'il regardait comme sçn JtlSj H éprouva une telle secousse qi^il ne put depttis te dominer. Vif et brillant encore par instants, H alla cacher ses désillusions, sa tristesse et sa philosophie dans la solitude; il devint gentilhomme campagnard et fermier, vécut au milieu des blés, qu'il nommait spirituellement ses dernières poésies, tandis que le

noe liste d'inspecteora des étudef, le CbsT^er de BonIDera, et qu'il loi fut répondu: Comment »oulei-ïon* donner pour îaipectcar anx lycées l'auteur de poésie» ti tîbru et ai connnei? Les éJèvei, en entendant ion nom, demanderont : Est-ce le Chevalier de Bouffleri qui a fait... etc. ? > Et il indiquait duc pièce plu: qae légère.

I. Lorsque le régime des Bourbons fat regtanré, Bonf' ders reprit son titre de Marquis.

îcbvG^oglc

et les ouvres de Boufflers. lvii bon Dttcis, ce Janin avant la lettre, lui adressait ses vaux, en le peignant ainsi:

Ami sûr, philoiopiw, et poite, et fermier, Mari Cendre et fidèle, et BoufBen tout entier.

Le iB Janvier tBt^ ', Bonffers, qai avait siueidi depuis six mois à son compatriote Palissât, dans les calmes fonctions de conservateur adjoint à la Bibliothèque Ma^arine, Bouffiers achevait sa longue vie, vaincu par l'âge, la tristesse et de douloureuses i/tfirmitis. Il ne laissait qu'un Jils, triste rejeton tPunpa' reil pire, un fils à moitié fou ou tout ou/noiAs monomane, dont la génération de tSjo a dû connaître suffisamment le visage et les allares pour que nous t^insistions pas davantage à son sujet.

Sur son désir, le poète du Cœurfiit inhumé auprès du poète Delille, son ami. Sur sa tombe on grava son dernier joli mol : Mes amis, croyez que je dors, en dehors de cette épitaphe faite par lui-mime :

Ci-git un Chevalier qui sans cesse courut,

Qui, sur les grands chemins, naquit, vécut^ mourut,

Pour prouv« ce qu'a die le sage,

Que notre vie est un voyage.

I. V<Md l'acte qui fiit inscrit aa registre Je Ja première mairie de Pirif. n Ou 19 janvier i8if,àmidi. Acte de décéi de H. Stanislas-Jean, marquis de Booders, ancien mari*

Notice sur la Vie

Les CEuvres de Bouffers oal été bien souvent réimprimées ou contrefaites ; on en trouve dans tous Us formats, sous toutes les rubriques, au milieu de pièces réunies dans des recueils qui portent les titres les plus étranges. Ses poésies fugitives ont été colportées et insérées dans la plupart des journaux du temps, dans les publications périodiques, dans les chroniques, les mémoires, les Almanachs des Muses fil les ana. Il serait donc audacieux de vouloir affirmer que notre travail bibliographique est sans défauts ou sans lacunes; nous n'affichons pas la prétention d'offrir ici le catalogue raisonné et détaillé de l'ouvre complète de Boufflers ; il nous eàt fallu, pour réaliser an tel programme, bouleverser tout un denù-siècle de i?6t à i8i^, compulser le Mercure, l'Olreervateur lictéralre, le Journal français, /«j Journaux bibliographiques, les mémoires secrets, les correspondances

cbal des camps et années do roi, chevalier de l'ordre royal et niliiaire de Saint-LouU et de la Légion d'hanntur, membre de l'Acadéaiie française, décédé hier, en lonhôtel, roe du Faubourg-Samt-Honoré, n° 144, à quatre heures da matin, igé de soixante- dix-sept ans, marié i dame Françoise-Eléonore de Manville. etc. Signé; Eliéar de Sabran, BertscKer. ■

et les Œuvres de Boufflers. lix littéraires f ht bulîetinitrsj les pamphlets j Uj/euillet clandestines^ les revues critiques, les mamucrits, les archives particulières, etc., et c'est à peine si un fort volume eût offert assej de marge à nos documents. Nous ne donnons donc — et l'entreprise est déjà suffisamment ardue — que l'histoire des éditions successives des CEu9res diverses de Bouflers, en suivant l'ordre chronologique de leur apparition, qui nous semble préférable à tout autre. La bibliographie suit ainsi la biographie dans une voie parallèle, et le lecteur peut, à son gré, suppléer facilement à celle-ci en questionnant celle-là, ce qui est loin de présenter la diffusion des deux études réunies en un« seule.

1761. — La Reins »b Golconde, contej par M. D***, s. L., frontispice gravé au burin, non signé, i volume in-8' de ja pages.

Ce conte a été imprimé dane le Mtrcwt, avec les chaDgements les plus ridicules et les plus absurdes qu'on ait jamais imaginés, dit Grimm. Il fi^re également dana les Contes moraux, recueillit de divert auteurs, publiés par M"< Uncy, Amsterdam, 176], t. II, p. 247, sous ce titre : La nouvelle paysanne parvenue ou la eoanisane devenue pkilato^ht. Cette impression est &ite d'aprÈs la copie défectueuse du Mercure. Le conte commencé ainsi ; ■ Tétoitdant un âge oii an univers nouveau b et se termine comme les autres édi*

LX Notice sur U V'te

tioiia. En 1868, ime ooerelle édkioD à port de ce conte a éc^ publiée duu le fwnut in-ja par Victor Develay, Paris, ^^^uj/mû ài» BibUaphiht. M. Sedaine, en 1766, tira du sujet fourni par Bou£Ders un ballet héroïque en trois entrées, dont il confia la musique à Monugny. Cette pièce qui fut jouée sous le titre Almt^Rtint de Golconii, n'obtint qu'un médiocre auccài. Voyez : OEuvrii compUcet it Sedain*.

'7^3* ''~ ^-"^ CœuRS, poème erotique, in-12, pedce plaquette assez rare.

1770, — Lettrbs du ckxtalisb. db Boufflbss, SUR SON VOYAGE EN SuissE. Paris, ^770» in-8°. Réimprimées en iTyédansles iei(r«fAinoH»j indûanti te tartartt adieuéea à M. Pauw, chanoine de Breslau, et par la suite dans les Voyagia tn France, (Voyez à la date de 1808.)

1774. — Tablettes d'uk curieux ou Recueilde pitc£S CHOISIES. Amsterdam, in-12.

Contient lei Latres tur la SuUse.

1781. — Œuvres dd chetalisr de Boufflers.

La Haye, chez Detiuie, ISiraire. In-ifi {format dit Cazin) de 144 p^es.

Ce volume contient, ■^/t«j/«I,fri«*jI'Oca/ij«, conte en vers, le Caur, poème, hauts et Poitia diverse!.

178*. — Poésies et piicBS eucitites diverses de M. LE CHEVALIER Di B***. Parîs, Desemie, in-8°.

et le< Œuvres de Boufflers. lxi

17^2, — (KvvKiS DU CHETALIÎR DE BoVFPLERS,

à Genève. (Edicion dite Cadn.) In-i6 de 102 pages. Mêmes pièces que dans les précédentes.

Frontispice de Marillier, gravé par de Launay. Cette édition est ordinairement suivie du poème badin de Jiuiquiëre» : C<igua-Bonite, la pauU à ma tantij qite les éditeurs ont placé à la suite du volume pour le rendre aussi gros que les autres

1783. — BbUFFLERS ET DE JuNQlTlÈaBS. Poétiej.

Genève, in-iô.

Voyez Ca^in^ia vie, ses HUions, 1876.

178a. — Œuvres mêlées de M. iK chevaiier de

BOUFFLERS ET DE M. LE MARClinS DE ViLLETTE,

à Londres; se trouve à Reims, chez Cazin, libraire, rue d'Artois.

1782. — (KtJV&ES DE M. 13 CHBVAUIR DE BoUFFLBRS.

Londres (Paris, Cazin), in-i6.

Frontispice par Chevauï, gravé par Duponchel, représentant Bouffiers inspiré par les trois Grâces.

1783. — Contes théologiqubs suivis des Litaniu des catholiques au dix-huitiime siècle et de poésies éroiico-philosophiquesj ou Recueil presqu'édiftant. Paris, de l'imprimerie de la Sor-

Dni.tizc-ct.GoOglC

Lxii Notice sur la Vie

bonne, et se vend aux Chartreux chez le portier {&USSC date i793).Ie-8» de 304 pages, publié, it-oa, par Fr.-René-JeandePommereul, sous le mom du chevalier de Busca, avec cette épigraphe : I Laseiva eti nobis pagina, vita proba est. 1

Ce recueil, outre différente* pièces de Crëbil> ion, de Poinsiiiei, de Voltaire, contient quelque* poésies erotiques de Soufflera et des facéties en prose écrites dans la jeunesse du Chevalier. Dans lea JnaUcta du BUtiaphik, Tnïin, Gay, 1876, i" livraison, pages m et suivantes, on trouve quelques extraits de ces Juveniiia.

1784. — VOTACB DU CHBVAUBB. DE BoUFFLERS,

Londres (Paris ),\Drii.

1786. — LssduV&ESDtlCHEVALtZR DeBoUFFURS.

Londres {Orléans), 2 vol. ia-i8.

Cette édition a été tirée sur magnifique papier vergé vert ou jaune fabriqué par LéorierDelisle et imprimée par Couret de Villeneuve. Le tome I" est quelquefois tiré sur papier vert d'eau, et le tome II sur papier jaune.

1788. — Discours de réception du chevalier DsBouFFLERSA l'Acadëmiefrahçaise. In-4.°,

1789. — Scène du Bourgeois GEtrriLMOMMB, arraitgiepar Bouliers , pour une représentation donnée au prince Henri de Prusse en février t/fip.

ei les Œuvres de Boufflërs. lxiii

Imprimée dans la Correspondance de Grimm et insérée dans les Couvres potihasiet paiaetai 1816. Voyez : Bibliograplûe Moliéretqae^ p. 14J,

1791. — Rapport de M. de Boufflërs sut Papplieation des Récompenses nationales aux iaventitms et découvertes en tout genre d'indusirU, le 9 septembre 1791. Ia-8°,

179t. — Rapport fait a l'Assehsi.£e katiokau sur la propriété des auteurs de nouvelles découvertes ou inventions çn tout genre d'industrie. Paris, in-fi" de 50 pages.

1792. — (KuvRBS DE BouFFLERS, nouvelle édition^ augmentée de plusieurs morceau^ qui n'ont pas encore paru dans les précédèniL. Paris, in-i6 (édition Caiin).

Gravure se rapportant au sujet à' Aline : i Je lui demandai àboire de son laù ^our me rafraîchir . » Cette figure non signée peut être attribuée à Binet.

1795. — (ffiWTRES DE M. LB CHEVALIER DE BoUF-

FLERS, nouvelle édition^ augmentée de plusieurs morceaux qui n'ont pas encore paru dans les précédentes. Avec figures (4 figures non signées). ■ In-18. Paris, Dufart, an III,

i8oo. — Discours sua la vertu, prononcé à

LXiv Notice sur la Vie

l'Académie de Bertin, le ij févritr t^s>7j P^^ M. de Boagters. Paris, Pougens, in-B».

Cette éditioii a été réimprimée une seconde

l8or. — DlSCODRS Stm LA LITTERATURE, prtmOTIf^ à

P Académie de Berlin^ par de BouJIers. Paris,

i8oj. — ŒuvRBs DU C. Stanislas BoDTLERS {lic), membre de la ci-devant Académie française.

Seule édition avouée ei corrigée par l'auteur, où se trouvent un grand nombre de pièces inédiîet, A Parts, chez L. Pelleder, de l'imprimerie de Le^illiez, frères. An XI, i vol. ia-S" avec portrait non signé, lithographie.

(Edition réimprimée en a vol. in-i8 en i8o;.] — On a retranché de cette édition les piècea licencieuses ou irréligieuses. Une lettre de Boufflers à son éditeur se termine ainsi : t Je mets une condirion à la publication de mes œuvres, . . c'est de retrancher de votre édition toutes les pièces qui ne sont pas de moi, ainsi que celles qui auraient pu échapper à ma jeunesse, et sur lesquelles, en ce moment, je me crois en droit d'exercer ma propre censure, >

1805. — Eloge de M. le maréchal de Beauveau, membre de l'Académie française. Paris, in-8'.

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et les Œuvres de Boufflers. txv 1806. — Éloge db M, Barth^lemt. Paris, ia-8°. 1808. — Voyages bv F&ahcs ft aittras pats, par Racine, Lafontaine, Rtgnard, Pirorij Parny, BouffeTSjCK., ornés de 36 planches dessinées par Monnet, Duplessîs, Beriaux, Lebrun, Fragonard fils, Lemire, MarlUier, etc. A Paris, chez J. Chaumerot, 5 vol. in-ia. Frontispice, portraits et figures.

Contient les Lettres sur la Suitie. Cette édition a été réimprimée plusieurs fois, notamment en 1818, y vol. in-i8, chez Briand, libraire, de l'imprimerie de Didot le jeune.

1808. — Le Libre Arbitre, pas. Stanislu BoOFFLBRS, membre de l'Institut, avec cette épigraphe ; t liosce te ipsum. ■ A Paris, chez F. Buisson, libraire, rue Gît-le-Cœur. In-8°, papier bleuté.

Sur l'exemplaire que nous possédons te trouve un envoi autographe à Son Excellence le sénateur ministre de la police, de la part de l'auteur. L'écriture de Boufilers esc vieillotte et tremblée.

1808. — L'Heitheux Accident. Contt par M. de Boufiers. Londres, chez Didier et Tebbet, imprimerie de P. Da Ponte, Poland- Street.

Petit in-i3.

Ce conte peu connu est bâti sur un canevas à peu près semblable à l'histoire de Àh! »...

Lxvi Notice sur la Vie

1810. — Lb Dbkvichb, Tamaka, Ah! si.., contes (t" édition). Paris, Briand, t vol. in-ia.

1810. — L'Esprit de Boufflers (publié par M. FayolU). Paris, i vol. in-i8.

1811. — Essai sur. les gens de lettres, lu dans une séance de l'Institut^ lezS décembre tita, Paris, Leaormand, îd-S".

181^. — Œuvres complètes dS Stanislas Bouf- 7LBR5, membre de l'Institut et de la Légion d'honneur; édition ornée de tS gravures et du portrait de l'auteur. 2 vol. in-8°. Paris, imprimerie de Didoc le jeune, Briaad, librûre, 3 , rue de CrébiUon.

Cette édition, revue et corrigée par Boufflers, tirée à 1,000 exemplaires, est assez estimée, bien qu'elle ne soit point complète. On n'y trouve aucun des discours ou éloges cités plus haut. Le portrait est gravéparM*" Benoist, d'après Ricard, et les figures sont signées Maril]ier,Monnet,Pornot, Vallin , et gravées par Delignon, Dupréel et Macret.

i8i6. — (EuTRBs posthumes du chevalier de.

Boufflers. Paris, imprimerie de Didot aîné, chez Louis, libraire. In-i8. ( Quelques exemplaires ont été tirés sur format inS".)

Cette édition a été donnée par M, Fayolle, l'auteur d'un article sur Bou£f1ers signé F,..U

et les Œuvres de Boufflers. txrii

dans la Biographie Mkkaud. On y troure un Ditcours pronorui en 17^8 d l'Académie de Nancy, un Raiterctmeta à l'Académie de Dijon de 1766, un Dialogue entre Epicure et Léontiam^ la lettre à Vabbé Porquttj des articles de Boufllerg insérés dans VEneyclofédiej le portrait de la Marquise de Boufiers, sa mère, des Paisiei de Vabhé Porqaetj etc . 1817. — Œuvres du chevalier, de Boupplbrs, membre de VInstitut, seconde édition complète, 4 volumes in-t8. Imprimerie de Didoc le jeune, à Paris, chez Briand, rue de Crébillon, 3.

1827. — ŒUVILES CHOISIES DE BoUFFLEKS, 2 VO-

lumes inr-32. Imprimerie de Decourchant, à Paris, à La librairie du Palais-Royal, Galerie de Bois, 263-364.

1827, — Œuvres choisies de Boufflers, nouvelle édition, Paris, 1 volume in-32. Imprimerie de Henri Fournier. Furne, libraire, qiwi des Auguscins, 57.

Quelquefois le froatispice porte l'adresse de M. Feytieui ou celle de la rue de l'Ecole de médecine, n" 4. ■

Portrait de Deveria, gravé par Fauchery, et une figure pour Aline, dessinée par Desenne, gravée par Derly.

1827. — Œuvres complètes de Boufflbrs, de l'Académie française, nouvelle édition augmen-

LKviii Notice sur la Vie

tie d'un grand nombre de piices non recueillUs. Imprimerie de H. Foumier, a volumes in-S", portrait et figure. Paris, Fume, libraire.

Bonne édition, précédée d'une pedte notice de XXI pages [par H. Jules Taschereau). Cette notice ■ été tirée i part à 70 exemplaires; elle ne nous apprend rien sur Boufflers, dont il esc à peine question. C'est un aimable bavardage, qui ne laisse pas de dous étonner de la part d'un ërudit aussi consciencieux que M. J. Taschereau. Cette notice n'est pas signée ; l'auteur de la Vie tt des Ouvrants de P. CornâlU aurait-il eu la pudeur de son insuffisance^

i8a8. — ŒtrvKBt dit crbtalibr de Bccffflbrs, membre de l'Iruiiiutj nouvelle édition ornée de S figures, 2 volumes in-8". Paris, imprimerie de R^noux, J.-N. Barba, libraire, cour des Fontaines, 7.

Le portrait de cette édition est gravé très-finement par Gaucher, d'apris le dessin d'HiUire Le Dru. Les gravures de Marillier sont les mêmes que celles de l'édition de iSi].

iSap. — Lb Dervicrx — Tahajba — Ah I si...

(seconde édition), in-33 de 378 pages. Imprimerie de Firmin-Didoi, à Paris, chez Dauihereau.

1832.SUVKZS cKoistBs DB Souffles^. PariE,Fume. I vc^ume in-8".

et les (Kuvres de Boufflers. lxix 1833. — (EuvRES CHOISIES DE BouP¥LEKS,prdcédèei i^une notice hittorique, 1 volume in-i8. Imprimerie de Marcbaod'Dubreuil. Parïs, chez Htard, rue Saint- Jacques, 131.

Livraison 19 bis de la Bibtiothèqui its amis âei Utira.

1852. — ŒtJviLES DE BouPFLERS, précédées d'une histoire de Bouffieri, par Arsène Houssaye.

— Aline — Le Derviche — Tamara — Ah !

si... — Poésies — Contes — Fables — Voyages — Du libre arbitre — Maximes et Pensées. Imprimerie Simon Raçon. Eug^e Didier, éditeur, i volume in-iS,

Cette édition fait partie de la Bibliochigue de l'esprii français^ éditée par E. Didier. L'étude de M. A. Houssaye sur la Vit a Us ouvris de Bouffiert est pluK spirituelle que nourrie de faits. C'est Boufflers aperçu tout entier au travers du conte d'Aline; mais l'bistorieti est tellement séduit par la petite laitière qu'il se laisse aller i oublier Boufilers. Il y revient légèrement à la fin. Tout cela constitue plutôt une agréable nouvelle qu'une Histoire de Soufflerie qui eût réclamé infiniment plus de soins.

1868. — Aline, reine de Golcouds, nouvelle édition, par Victor Develay, petit in-32. Académie des Bibliophiles.

Lxx Notice sur U Vie

1 870. CoaiLESFONDANCB INÉDITE DE LA COMTESSE

DE SabRAN et du chevalier de BOUFFLERJ,

{1778-1788). RecueUiU et publiée par E. de Magnieu et Henri Prat. Paris, E.PIoq et C" et L. Téchener.

Joli portrait d« M*"* de Sabraii,gravé à l'eauforte par Rajon. Une leconie édition a été donnée

1875. — (ffuTRZS CH3ISIES DE BoUPFLERS, in-JÏ.

Librairie de la Bibliothèque nationale.

Édition populaire, qui forme le tome aoo de la Biiliothique nationale publiée à 3^ centimes le volume.

// n'exirte pas d'auvrei de Bouffieri véritablement eomplitesj on peut s'en convaincre par cette étude bibliographique. En outrcy beaucoup des compositions du Chevalier de Boufflers sonij para't-il, restées inédites dans les mains de ses héritiers, qui n'ont trouvé aucun Ubraire-édileiw qui voulût s'en charger. On annonça^ il y a une vingtaine d'années, une édition d'truvres inédites, comprenant des contes, des piices fugitives et des discours philosophiques; mais cette intéressante publication n'a jamais, par malheur, été exécutée.

es de BoufRers.

Les contes en prose du Chevalier de BouMers devaient figurer dans notre galerie de petits conteurs du xvm* siècle, bien qu'à notre avis, le poète, ckej Boufflersj soit de beaucoup supérieur au prosateur. Dans la poésie fugitive^ personne n'a mieux que lui le triât fin et mordant j le tour vif et joyeux , la verçe brusque et coquine; il chatouille les Muses plutôt qu'il ne lesjîaitej il les latine, mais il se garde bien de les. posséder, car ce qi^il aime en elles, c'est leur rire frais et sonore, leur grâce, leur abandon, et non pas l'austérité, le maintien noble, la beauté idéale que tant de poètes se plaisent à évoquer. Dans toutes ses petites pièces, selon un mot de Duclos, • il paye d'esprit, argent constant, il use et abuse quelquefois des pointes, mais il les amène si Joliment, avec tant de naturel, qu'elles conseroent leur piquant et charment aussi bien aujourd'hui qu'à son époque, t — D'après son jugement, dans tous ses madrigaux, il vit à vau découvert, il se gaudit, rallusionne, et fait danser son aimable cervelle dans toutes les bragueries d'une existence aventureuse.

Parmi lis ituvres en prose, le conte d'Aline restera son diamant, son joyau ; il a tout le prisme, toute la

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LZKII Notice sur la Vie

fraîcheur de l'tdoleicence dont il émane; c'est mieux qu'un péché de jeunesse, cest un péché mignon gui a engendré un cHef-d'teuvre : dans la paternité littéraire de Bousiers, c'est l'enfant de l'amour, qui est venu dru, gaillard, éveillé, rose blond et bien taillé, dans sa délicatesse, pour défier la postérité. On sent dans Aline toute la fioriture d'un talent frivoliste qui s'épanche goliardemeni et qui ne s'est pas encore académifië. Les autres contes, Tamara et le Derviche, <;ottfiu' et écrits au conaneneemeni de ce siècle, ont quelque chose de moins coquet, de moins actilisé ; ils sont dans la tonalité grise des auvres de même provenance et de même milieu. De tSoa à tSto, il fallait écrire des chef i-cP autre pour ne pas tottiber ■ dans cette petite littérature, morae, terne, pluvieuse, pour ainsi dire; tout cela se ressent de l'architecture, du mobilier, des manières (Talors. C'est raide, froid, grêle, indécis, sans couleur ou originalité. Le gracile a tué le gracieux. Le style ne se délicate plus. Dans sa simplesse, il n'est plus dupeur d'oreille, diamanté, expressionné, dorloteur. Il devient inquiet, il raisonne, se douloie et se traîne; c'est un vilain moment de transition : Voltaire vient de se coucher, Byron se lève.

La Noupelle allemande Ah I si.l. a plus de relief dans le faux brillant de son marivaudage ; c'est du

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ei les Œuvres de BouiBers. lxxiii BoujRtrs pieux et caduc, du Céladoitistnt, mais on y rencontre des éclairs f des retours de verve folâtre, un ton de bonne compagnie qui séduit, une politesse tTun autre âge. De celte lecture, il reste un tableau charmant gravi dans l'esprit. Mais il ne faut pas absoudre notre conteur d'un défaut qu^on lui reproche, non sans raison : c'est de confondre trop souvent le style écrit avec le style parlé. Il faut croire parfois qu'on l'entend et non pas qu'on le lit.

Nous avons néanmoins réuni ici, à la suite de la Reine de Golconde^ les trois contes dont nous venons de parler. Nous n'avions pas le droit d'atténuer Bouffers comme conteur, et nous avons donné tous nos soins à cette édition, qui pourrait bien être définitive. Pour Aline, nous avons restitué le texte de l'édilioa originale de i7lTt,que son auteur, par la suite, avait meurtri en croyant le corriger. Pour les autres Nouvelles, nous nous sommes effiircé de présenter une orthographe homogène et une ponctuation normale qui n'existaient pas dans la plupart des anciennes éditions, et que de plus récentes impressions avaient modernisées. Un conte du Chevalier a paru à Londres en 1808, sous le litre de l'Heureux Accident. Le style nous en a paru si faible, et le canevas se rapprochait tellement de la nouvelle Ahl si..., que nous avons cru agir Judicieusement en lui refusant une hos-

LXXiv Notice sur la Vie

pUalité dont il n'était assurément point digne et que tous nos pridicesseurs lui ont rejasie dans .des éditions prétendues complètes.

Ainsi présenté aeee un attrait de novelletéj Bouffiers a droit à l'estime des lettrés délicats soiu ses différentes manières d'écritain-prosateur, et nous faisons espoir qi/U sera goûté et bien accueilli du public d'élite auprès duquel nous le guidons. — L'espérance, disait le bienheureux Chevalier, est un à-compte sur tous les biens. Sur le succès mime de cette édition, nous prenons cet à-cony>te avec assurance^ en attendant notre payement intégral de l'opinion des bien pensants.

Parii, S Mptembre 1878.

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CONTES

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