‹ Contes du chevalier de LamorlièreChapitre 2 sur 30 · Année littéraire, t. V, p. ^5 et suivantes · texte numérisé non relu

Année littéraire, t. V, p. ^5 et suivantes

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valier de La Morlière. ce juge redoutable qui tient dans ses mains, à ce qu'il dit lui-même, les destinées de toutes les pièces de théâtre, n'a pu sauver la sienne du naufrage. »

La Morlière et Fréron étaient en hostilité depuis de longues années : celui-ci lacérait Voltaire ; celui-là le portait dans son cœur. Un émule deJ.-B. Rousseau, attristé de ces débats sans portée entre deux hommes aussi tarés, parodia ces vers malicieux

Dans un libelle hebdomadaire, Sur Arouet Fréron vomit le fiel, Dans les cafés, d'Angola le beau-père,

L'élève au dix-septième ciel.

Or, dites-moi, pour le divin Voltaire Lequel doit être un plus sensible affront :

D'être prôné par La Morlière Ou déchiré par la main de Fréron ?

Ces deux auteurs faisaient en effet, selon un mot de Grimm, un asseï bon attelage à épigrammes. Le chevalier cependant, vindicatif au dernier point, jura de se venger du rédacteur de l;Année littéraire et de l'écraser sous ses injures. Fréron devait porter tout le poids de ses humiliations et subir les foudres vengeresses de sa haine. Il composa contre lui ab irato un pamphlet terrible, mais au moment de le lancer dans

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le public, il se ravisa et fit mander à son adversaire quTil daignât prendre connaissance de son libelle, et. qu'au cas où celui-ci s'avouerait vaincu, il aurait la courtoisie d'anéantir les exemplaires tires et de ne les point mettre en vente. Fréron se drapa dans sa dignité trouée et répondit fièrement en Romain : « Lorsqu'on a vu la Créole, que peut-on craindre? Les colères de ce petit Jupiter ne vont point jusqu'à moi; qu'il lance son Contre-Poison des feuilles si bon lui semble; mes critiques littéraires n'auront pas à souffrir de ce laxatif anodin1.»

A dater de ce jour le crédit du chevalier fut fortement ébranlé^ son empire sur le parterre baissa, ses cohortes fidèles l abandonner en t. il n'avait plus le prestige que donne la victoire ; c'était un général vaincu et sans force auprès de ses soldats : son règne était fini. Un critique ne peut aisément faire paraître une œuvre personnelle sans s: exposer à des retours offensifs de ceux qu:il a blessés ; de même un chef de cabale doit viser les planches, mais ne pas y monter. En vain La Alorlière essa va-t-il de se relever en don-

i. « L'illustre chevalier de La Morliere, dit Grimm, irrite contre l'illustre M. Fréron, a cru s'en venger par l'impression d'un libelle intitulé le Contre-Foissn des feuille grand homme ne sait pas que les libelles ne deshoi' que leurs auteurs. »»

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nant l'Amant déguisé1 ; le public ratifia plus durement encore ses jugements antérieurs. Honni, raillé; mais toujours impudent, l'infortuné tomba alors peu à peu dans toutes les infamies où nous l avons vu rouler. Il devint l'entremetteur des actrices et des galants. des auteurs et des éditeurs ; il fut Vun de ces nombreux misérables qui spéculent sur leur gloire d autrefois et qui payent de mine pour mieux dissimuler leur marasme et leur honte. Voici son portrait rimé qui courait les cercles à cette époque de sa vie :

Cet homme à l'œil hagard, au ris sardoiiieii, Comique plat, sifflé par le parterre,

Méorisé, bafoué, sans en être moins vain, Dans ses romans, effronté plagiaire, Toujours ardent à nuire à son prochain,

Distille en vain partout son venin satirique.

On rit de ses efforts, loin de s'en effrayer; Dans les accès de sa fièvre cynique, Il voudrait mordre et ne fait qu'aboyer.

La Alorliere fit encore plusieurs romans, tels que Milord Stanley, Mirza Nadir et un certain nombre

1. Cette pièce fut représentée le 26 juin 1758. C'était une comédie en deux actes et en prose. « Elle était si ennuyeuse, dit Colle dans son journal, que le parterre empêcha qu'elle fût achevée. Comme elle ne sera pas imprimée, j'en

xlviii Notice sur la Vie

de Lettres, de Réflexions et d'opuscules de toute sorte , mais le public en ignora l'existence, et ce fut un secret, comme le prétendait un homme d'esprit, entre le libraire, l'épicier et l'auteur. Nous devons cependant parler d'une œuvre qui eut plus de retentissement par l'originalité et l'audacieuse nouveauté de sa dédicace, c'est le Fatalisme, ou collection d'anecdotes pour prouver Finnuence du sort sur l'histoire du cœur humain, publié en 1769, avec cette mièvre épître dédicatoire à Mmc la comtesse Dubarry.

« Vous dédier cet ouvrage, c'est présenter V exception la plus agréable du triste fatalisme dont il n'atteste que trop les effets; la nature vous prodigua ses dons les plus rares. La destinée la plus heureuse semble présider à votre carrière, et l'affabilité, la bienfaisance, bonheur de caractère bien plus essentiel encore, feront sans 'doute applaudir au concours avantageux des deux premières. Vous vous livrer ei, madame, à tout Ce que ces estimables qualités vous inspireront de plus

ferais un petit extrait, si elle en valait la peine, mais... c'est une copie de copie. L'Amant déguisé, par exemple, est calqué sur l'amant des Fausses Confidences, de Marivaux; le caractère du financier est une mauvaise caricature de Turcaret. L'auteur avait eu en vue de jouer Bouret (le fastueux financier) mais la copie n'a pas plu davantage que l'original. » L'Amant déguisé n'eut pas de seconde représentation.

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favorable; vous honorerei les sciences, les arts et tout ce qui vous paraîtra digne d'une distinction marquée, et vous montrer e\ par là ce discernement et ce mérite réel toujours indépendant des circonstances et bien supérieurs à ces surfaces frivoles sous lesquelles la fausse grandeur croit trop souvent dérober la petitesse à nos regards. »

Sganarelle aurait pu signer cette platitude sans suite et toute d7une haleine qu'on est obligé de relire plusieurs fois sans parvenir à en déchiffrer le pathos. Si La Morïière était à la fin de son règne et dans la plus affreuse misère, la Dubarry était à l'aurore de sa puissance, et aucun homme de lettres ne s'était encore mis sous la protection de cette Minerve. La favorite savait à peine lire, c'était le premier hommage public qu'elle recevait; aussi la pauvre fille ne fut point médiocrement Jîattée. Le scandale fut grand, par contre, dans le camp des Chois eul ; et voici comment un journal annonça la première dédicace adressée à l'ancienne pensionnaire de la Gourdan : « Les muses sont faites pour chanter les grâces, cependant depuis que l'élévation de Mme la comtesse Dubarri à la cour a mis en spectacle sa beauté, ses talents et sa vertu, restés jusqu'ici dans une obscurité injurieuse de tous les gens de lettres, retenus par V admiration ou par le respect, aucun n'avait encore fait fumer son encens

l Notice sur la Vie

pour cette nouvelle divinité. AI. le chevalier de La Morlière, plus hardi ou plus heureux, vient de lui offrir par une épître dédicatoire un livre intitulé le Fatalisme, espèce de recueil d'historiettes, dont le résultat est d'établir qu on ne peut se soustraire à sa funeste destinée. Par cette adresse, Fauteur échappera au fatalisme des méchants livres ; et celui-ci. plus cpie médiocre, est enlevé avec une rapidité singulière. Chacun s'empresse de lire la dédicace. On ne doute pas que le sieur de La Morlière n:ait eu une permission tacite de la modestie de cette dame, et que son exemple ne soit suivi par des panégyristes plus dignes de l'héroïne. »

En écrivant cette dédicace, le chevalier était guidé par lapénurie lapluspressante, il comptait recevoir aussitôt une rente de la comtesse ou tout au moins toucher une gratif cation importante, mais il ne reçut pas aussitôt les honoraires de sa complaisante génujlexion littéraire. La Dubarry accepta le patronage de l'œuvre, et pour remercier son auteur, elle le fit prier de venir souper avec elle. C'était quelque chose pour le chevalier, mais la moindre bourse d'or eût mieux fait son affaire; néanmoins, il rajusta son habit à paillettes, mit ses dentelles des beaux jours, et, s:iute, marquis ! il se rendit chej la favorite, qui l'accueillit à merveille.

Comment se passa ce souper? L'imagination y

et les Œuvres de La Morlière. li

doit suppléer, et nous ne nous livrerons pas ici aux faciles fantaisies des critiques romanciers qui savent enjoliver ce qu'ils ignorent. Nous ne saurions dire si ce tête-à-tête fut triste ou joyeux, plein d'abandon ou de retenue, tendre ou guindé; un autre pourrait compter les fioles de Champagne qu'on y vida, dépeindre les toilettes de la courtisane souveraine et l'accoutrement du chevalier, mais aucun document ne nous a renseigné à ce sujet, La Morlière et la maîtresse du roi n'ayant point laissé de confessions à ce propos. Les Mémoires secrets, à la date du 20 juin 176g, donnent froidement la nouvelle suivante : « AI. le chevalier de La Morlière, auteur de la dédicace à Mmc la comtesse Dubarri, et dont les ga\ettes étrangères ont annoncé le \de et les hommages, a eu l'honneur de souper dernièrement avec cette dame. L 'accueil distingué qu'elle lui a fait est moins une reconnaissance du tribut d'éloges que lia a prodigués cet auteur médiocre, qu'un témoignage de son goût pour les lettres et de l'intention où elle est de les protéger. C'est ainsi qu'en parlent ceux qui l'approchent : elle est douce, d'un esprit naturel, et très capable de goûter un encens plus pur et plus délicat que celui du chevalier La Morlière. » Le lendemain du souper, Mme Dubarry fit tenir un sac de cent louis à son hôte d'un soir; peut-être avait-elle

lu Notice sur la Vie

compris à sa piteuse mine l'état de dénûment dans lequel il se trouvait x .

La Morliere dans les dernières années de sa vie. traîna une vieillesse délaissée et quémandeuse. Arrivé au dernier degré d'abaissement; il habitait sous de faux noms dans les rues les plus immondes du vieux- Paris. Trop âgé; raconte Al. Rochas } pour exploiter comme au temps de sa jeunesse de tendres maîtresses et de confiants fournisseurs, il chercha des ressources dans le jeu et les moyens ingénieux inventés par les chevaliers deshérités de la fortune pour s:approprier le bien d autrui. Nous choisirons dans nos notes de police cet exemple de son savoir-faire. Il a fait, y est-il dit. un mauvais tour à un jeune homme, dont il a vendu les tableaux pour mille écus, et prétend n'en avec reçu que mille livres. Ces notes fournissent d'autres faits du même genre sur ce vieux joueur de biribi et de pharaon, mais nous n'insisterons pas.

i. On a prétendu qu'en 1770, La Morliere avait dédié un nouvel ouvrage à la favorite : « Le Royalisme, ou Mémoires de Dubarri deSaint-Aune^.parM."". — Querard attribue ce livre à La Morliere, mais nous pensons qu'il est plutôt de M. de Limairac. Ce chevalier avait bien signe le Fatalisme : pour quelle cause n'eûtil point signe /<' Royalisme? Le style de ce dernier ouvrage ne rappelle en rien la manière de La Morliere et notre conviction absolue est qu'il y fut étranger.

ec les Œuvres de La Morlière. lui

Quelques biographes du chevalier. AI. Monselet entre autres, ont essayé de poétiser sa vieillesse en lui supposant un tendre attachement pour une jeune \ielleuse; du nom de Denise, de laquelle il aurait fait sa gouvernante, et dont la mort prématurée aurait plongé l'ancien mousquetaire dans un chagrin profond qui le conduisit lui-même au tombeau. Ce fait, pour vrai qu'il soit, ne saurait être travesti en idylle. Les joueuses de guitare étaient alors de complaisantes demoiselles qui faisaient mieux que d'exciter par des couplets lascifs et des gestes lubriques l'imagination des libertins et des vieux paillards qui soupaient en leur compagnie : il nous serait difficile de donner ici un échantillon des chansons de ces vielleuses, mais par contre, il nous serait aisé, si la mémoire du pauvre La Morlière n'était déjà suffisamment chargée, de démontrer le triste réalisme de cette passion de la dernière heure} dont l'auteur d'Angola vivait à sa manière.

La Morlière s'éteignit à Paris, dans l'oubli de ses contemporains, le 8 février 178^. Il était alors âgé de soixante-six ans. Nous avons vu un inventaire de sa chambre, après son décès } qui. sans offrir d'intérêt spécial} nous a suffisamment édifié sur le triste état de fortune du pauvre chevalier; la Correspondance secrète de Métra lui consacra cette courte nécrologie :

liv Notice sur la Vie

« Le chevalier de La Morlière vient de mourir. Une assiduité non interrompue aux représentations du théâtre français 1 avait fait remarquer } et il a du une espèce de célébrité à la prépondérance que la force de ses poumons et l'énergie de ses mouvements lui ont donnée longtemps dans le parterre.1 »

Sic transiit... — Alas! poor Yorick! — Hélas! misérable bouffon!

Voici} par ordre chronologique, la bibliographie complète des œuvres du chevalier de La Alorlnre. lesquelles, sauf Angola, sont restées assej obscures :

1745. — Le Siège de Tourxay. Paris, 1 vol. in-12. La Bibliographie universelle donne à cet ouvrage le titre suivant : Le Chevalier de R**} anecdotes du siège de Tournay.

1746. — Angola, Histoire indienne^ ouvrage sans

vraisemblance. A Agra (Paris), avec privilège

du Grand-Mogol. 2 vol. in-12.

Réimprimée plusieurs fois, suivie d'Acajou et ZirphiUj entre autres en 175 t, nouvelle édition

1. Correspondance secrète, t. xvil, p. 325 (10 février 1785).

et les Œuvres de La Morlière. lv

revue et corrigée^! vol. in-i 2, avec fleurons-vignettes sur les titres, 2 vignettes en tète de chaque volume, et 5 figures d'Eisen, gravées par Tardieu, Aveline et Maisonneuve. — Il y eut deux éditions pour cette même date de 175 1. (Voir Cohen, Guide de l'amateur des livres à figures et à vignettes du XVIIIe siècle.) Réimpression en 1763 et 1770 avec une simple vignette (la première édition de 1751 est de toute rareté). Éditions Cazin en 2 vol. en 1782, 1786 et 1788.

1747. MlLORD STAKLEY OU LE CRIMINEL VER- TUEUX. Cadix (Paris), 3 parties en 1 vol. in-12.

1747. — Campag.ves de l'abbé T***, (sans nom de ville), 1 vol. in- 12.

Nouvelle édition sous le titre suivant : les Lauriers ecclésiastiques ou les Campagnes de l'abbé T***. avec le triomphe des religieuses. Luxuriopolis (Paris), 1748, petit in-12. — Troisième édition sous le même titre eu 1779, corrigée et enrichie de 6 planches du fameux F. B. (François Boucher) . peintre du roi. — Ces six figures libres ne sont point signées. — Quatrième édition, même format, augmentée des Délices du Cloître^ à Luxuriopolis, de l'Imprimerie ordinaire du Clergé, 1782. Ce roman libertin, fort médiocre et au-dessous de sa réputation de grivoiserie obscène, était dirigé contre l'abbé Terray, dont La Morlière prétendit raconter les amours de jeunesse. De nombreuses contrefaçons ont été données en Belgique et en Allemagne.

lvi Notice sur la Vie

1748. — Très humbles remontrances a la cohue

SUR LA TRAGÉDIE DE DENTS LE TYRAN' (de Mar-

montel) (S. D.), 1 vol. in-12.

174p. — Mirz a-Nadir ou Mémoires et aventures du marquis de Saint T***j où se trouve l'histoire des dernières expéditions de Thamas-K ouhkan . La Haye (Paris), 4 vol. in-12.

}. — Réflexions sur la tragédie d'Oreste (de Volcaire), où se trouve placé naturellement V essai d'un parallèle de cette pièce avec /'Electre de AI. de C*** (de Crébillon) (sans nom de ville ni date), in-12 de 47 pages.

1751. — Le Gouverneur, comédie en trois actes. en prose. Paris, Quillau, in-12.

1752. — Lettre de M. Racine a M. M. (Marmontel), avec la réponse de ce dernier après la représentation des Héraclides. (S. L. N. D.) in 8".

1752. — Observations sur la tragédie du duc de Foy (de Volcaire), in-12 de 42 pages.

1754. — Lettre d'un sage a un homme très respectable, et dont il a besoin, sur la

MUSIQUE FRANÇAISE ET ITALIENNE. Paris,

in- 1 2 .

et les Œuvres de La Morlière. lvii

1754. — Le Contre-Poison des feuilles ou Lettres sur Fréro.v. Paris, in-12.

La Morlière prit également part à l'ouvrage intitulé : Les Anti-Feuilles ou Lettres à Mmede ***, sur quelques jugements portés pur Fréron dans l'Année littéraire.

1755. — Analyse de la tragédie de l'Orphelin de la Chine (de Voltaire). La Haye (Paris), Valeyre fils, in-12 de 43 pages.

C'est par erreur qu'on attribue au chevalier un opuscule relatif à cette pièce et intitulé : Lettre à Mme de ***, sur l'Orphelin delà Chine. 1755, in-12 de 24 pages.

1769. — Le Fatalisme, ou collection d'anecdotes pour prouver U influence du sort sur l'histoire du cœur humain. A Londres ou à Amsterdam, et se trouve à Paris chez Pissot. 2 parties en un vol. in-12.

1770. — Le Royalisme, ou mémoires de Dubarri de Saint-Aunez et de Constance Cezelli, sa femme. Anecdotes héroïques sous Henri IV. Paris, Valade, in-8°.

Joli portrait de la Dubarry. gravé par Legrand, vignette en tête } du même. Ce volume, comme nous l'avons dit plus haut, est plutôt de M. de Limairac que du chevalier de La Morlière.

l v 1 1 1 Notice sur la Y i e

}. — Le Misanthrope et le Conseil du chevalier de La Alorlière à un jeune littérateur qu il avait adopté pour fils, ou et rennes aux journalistes. (S. L. N. D.), in-12. (Catalogue Soleinne, t. V. n° 381.)

Les autres œuvres de La Alorlière qui n'ont point été imprimées sont : i° la Créole et l'Amant déguisé. guisé. comédies en 1 acte; 20 les Soirées de Paphos, 8 parties, ouvrage annoncé sous presse, par la France littéraire de 1769 (t. l} p. 347); 30 Histoire du théâtre français depuis 1720 travail très important dont parlent Bachaumont et la plupart des contem porains du chevalier ; f° Sœur Thée, roman antireligieux relaté par des notes de police ; son auteur se proposait d:aller le faire imprimer à Londres vers 1749.

De l'œuvre entière du chevalier de La Alorlière. il n'est resté que cette fiction charmante et libertine ^'Angola, et encore lui a-t-elle été violemment contestée. On a tour à tour attribué ce roman à Crébillon fils, à Duclos et au duc de La Trénwillc ; pour les deux premières assertions, elles ne méritent même point qu on les discute. Crébillon et D:

et les Œuvres de La Morlière. lix

à l'apparition de ce livre, n'ont jamais protesté, alors que La Morlière s'en déclarait ostensiblement Fauteur devant eux-mêmes y pour le duc de ha Trémoille, aucun bibliographe ne saurait mettre en avant un. document qui fit preuve ; Barbier, sur la suggestion d'un entrefilet découvert dans la Vie privée de Louis XV i. prétend; dans son Journal historique, que le manuscrit d' Angola fut trouvé dans les papiers du duc de La Trémoille. L 'autorité de cet érudit ne saurait nous convaincre, et la paternité de ce joli conte allégorique demeure pour nous incontestable. M. Landretafait paraître, dans la Revue historique nobiliaire de 1875, un intéressant travail sur A. R. de La Trémoille y et son sentiment basé sur de longues recherches est entièrement contraire aux suppositions de Barbier. Les petits-fils du duc académicien auquel, en outre, nous nous sommes adressé, nous ont renseigné dans un sens qui éloigne toute controverse. Le chevalier de La Morlière restera donc V auteur reconnu d'Angola 5 ce sera son seul titre à l indulgence de la postérité. — En faut-il davantage ?

Nous avons revu et corrigé le texte de ce volume

1. Vie privée de Louis XV. Londres 1781, 4 vol. in-12, tome II, p. 38. Il y est dit, pour la première fois, qu^ le roman d/AngoU fut trouvé par La Morlière dans les papiers du duc de La Trémoille.

lx Notice sur la Vie de La Morlière.

sur l'édition de ij5l} la plus correcte et aussi la plus recherchée des bibliophiles ; un moment nous avons songé à donner une clef de cet ouvrage, mais peut-être aurait-ce été lui accorder une trop grande importance et broder de plomb cette ga-^e légère, car il nous eût fallu apporter à notre tâche un lourd bagage de notes et de commentaires } d'après cet axiome^ que le vrai sage n'avance rien qu'il ne prouve. Quand le tableau est saisissant par son coloris, sa fraîcheur et son mouvement^ doit-on songer à écrire des noms au bas du cadre? Le joli doit conserver ses voiles, c'est la pudeur de sa grâce. N'a-t-on pas dit : L' embarras de paraître fait l'attrait de la nudité? Crest un peu le charme <i'Angola et des romans court-vètus. en dehors de tout réalisme.

Octave UZANNE.

Paris, 8 septembre 1879.

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