AUX PETITES-MAITRESSES
C'est à vous à qui je dédie ce Livre, à vous qui êtes l'élixir précieux du beau sexe que f adore, qui avei hérité si parfaitement des grâces enchanteresses dont je trace une légère esquisse. Ce Livre est votre bien : puissie^-vous le regarder comme tel et le traiter comme un enfant bien-aimé ! Vous seules pouve^ faire sa destinée. Quel mortel asse\ ennemi de soi-même pourrait s'élever contre lui quand il aura votre suffrage ? Qu:il parvienne en vos mains à votre réveil^ après une nuit passée voluptueusement entre les bras d'un amant chéri, ou qu'il vous surprenne à la fin d'un songe agréable, dans lequel votre imagination vive vous aura procuré des plaisirs moins solides, mais au-dessus peut-être de la réalité! Qu'il soit lu à une toilette aimable, et qu:il soit interrompu
4 Contes de La Morlière.
par les espiègleries d'un abbé coquet, ou par les tendres transports d'un guerrier entreprenant ! Qu'il soit témoin de l aimable désordre et de l'air chiffonné qui règne dans le déshabillé du matin , de cette façon de se défendre des entreprises amoureuses, de cette façon tendre de gronder qui ressemble à des remerciements, et qui invite à recommencer la faute; des impatiences de vos femmes, qui, ne pouvant arranger une coiffure, se retirent en souriant, et laissent à l'Amour des moments qui ne sont pas faits pour elles! Livre trop fortuné, qui sera témoin des plus tendres transports! Si vous i'ouvrei dans ce moment, peutêtre y trouver e\-vous des endroits à réaliser. Heureux le mortel qui sera de moitié dans ces charmantes épreuves ! Il se perdra dans le délire le plus aimable, il se rassasiera de ces précieuses faveurs qui ne paraissent être défendues que pour en augmenter le prix ; il franchira les obstacles que la volupté, plus que la vertu, a imaginés, et qui tournent sans cesse au profit de la première. Que mon Livre voie tout, mais qu'il se taise. Quel bonheur s:il faisoit revenir la discrétion à la mode! Je réponds de son sort, s il sait prendre son temps pour paroitre à vos regards. Puissie^-vous, après le plus tendre égarement, l'ouvrir
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pour y chercher de nouvelles leçons } et y répandre un souffle léger de cette volupté divine qui compose votre essence, et qui est ici-bas l'âme de la nature! Orne de ce don précieux, quels défauts ne seront pas effacés ! qui pourra se défendre de sa séduction ! que de droits pour plaire! Puisse-t-il en communiquer quelques-uns à son Auteur? Si c'en est un que de vous adorer et d'être votre plus çélé partisan, personne ne m'égale. Que ne suis-je admis aux preuves! Qu:il m:en coûterait peu pour vous convaincre à quel point je, etc.