‹ Contes du chevalier de LamorlièreChapitre 6 sur 30 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Qiïon a sûrement prévu.

On eut grand soin d'envoyer sur la route des courriers de jour à autre au Roi Erzebcan pour modérer son impatience et l'assurer que la Princesse étoit exempte de vapeurs, de fluxions et autres incommodités qu'une femme bien née n'osoit pas se dispenser d'avoir, surtout en route; car dans ce temps-là rien n'étoit si ignoble que d'avoir une bonne santé. Enfin, elle arriva à la Cour d'Erzeb-can et fut reçue de ce Prince avec tous les témoignages de la joie la plus vive et la plus véritable. En effet, elle étoit d'une figure extrêmement revenante, elle étoit d'ailleurs très maniérée et avoit cet air séant et aisé qu'elle avoit reçu à la Cour de Lumineuse, et qu'on ne prenoit que là. Ce ne furent pendant quelque temps que fêtes magnifiques de toutes les espèces, qui, sans avoir

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peut-être tout le faux brillant de celle de la Fée, marquoient plus sensiblement la véritable joie d'un peuple qui aimoit son maître, et qui prenoit une part sincère à son bonheur.

Le génie de la nation étant tourné à la poésie, quelle qu'elle fût, on ne doit pas douter qu'ils ne fussent accueillis d'un nombre infini de pièces de vers, faites à ce sujet, Epithalames ou Odes, dans lesquelles les poètes de ce tempslà, par des licences usitées, après avoir loué à outrance une union aussi bien assortie, descendoient jusqu'à une postérité encore fort incertaine, et l'accabloient de louanges et de prédictions favorables en avancement d'hoirie. De cette troupe impitoyable de persifleurs, on récompensa ceux qui se distinguèrent des autres par des ouvrages plus modestes et moins ampoulés, et on laissa le gros de la troupe s'enrouer dans les antichambres , à réciter leurs vers à des oreilles subalternes qui seules pouvoient goûter leurs extravagantes hyperboles.

Cet hymen fut formé sous les plus heureux auspices : le Roi trouva tant de charme dans la possession de l'aimable Arsénide, qu'il fit divorce avec toutes les menues intrigues qu'il avoit dans sa Cour, pour se donner tout entier à une épouse aussi charmante. Il ne se pouvoit pas faire qu'une assiduité aussi exacte n'eût dans peu son effet. Bientôt après, au travers des bavardages des médecins, suivis de ceux du public, on apprit la grossesse de la Reine, qui

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acheva de mettre le comble à la joie du Roi et des peuples.

Ce prince envoya aussitôt des courriers à la Fée Lumineuse et aux autres Fées de ses amies, pour leur donner avis de la grossesse de la Reine, et les prier de venir présider à la naissance de Têtre mâle ou femelle qui en résulterait, bien entendu quelles travail leroient de toutes leurs forces à le douer de toutes les choses imaginables. En attendant leur arrivée, il s'empressa de procurer à la Reine tous les amusements et toutes les douceurs imaginables, et surtout à lui passer toutes ses fantaisies, entre autres il lui en coûta un jour cent mille écus pour un coulis d'œufs de colibri, que la Reine eut envie de prendre.

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