L ASTRONOME
voulut (jiio, prndant loul !o temps f|iie je pnssai clu'z lui, sDti tour (l'ôlî-e l'àlouné, pille, rnuçoniic, ii':iiii\ài pas; cl il se ci iil, jtar mes aninlcll(\s, pour loujouis à r^bii des orn^ics (pi''! voyait clia;pic jour p!cu\oir sur ses mallu'ureux fi ères, (|ui pourtant, je tlois l'avouer, m'avaient c^a'euKMil Lien pavé ties préLlidious loul aussi fa vo rai des.
Quinze jours s'ctaicnt déjà passés depuis mon inlroducliou dans L.-s remparts <!'Acre, et l'hospilalité du jiiil' ne s'<'laii j)as démentie erivers celui <|u'il ii'^artlait comme la sau> e^^^rde de sa maJNon. CluKpic soir, avec exactitude, je me présentais auprès de la fontaine, poiu" y passer l'espèce de re\ ue fjui m'a\ait ('té im|)osée : je n'y avais jamais trou\é |)ersonne, et je commençais à croiie rjue j'avais été \iclimede queUjue erreur, fjui sans doute avait clé reconrme.
Pendant ces qt/inze joms, l'almosplière nuageuse n'avait laissé apercevoir le soleil «ju'h travers u:\ voile vaporeux ; les nuits n'avaieiit été que faiblement éclairées par la lueur indécise de la lune, j)erçanl à peine d'une clarté va;^^ue le manteau de !a L.rume épaisse (\u'\ l'enveloppait. Un soir cnHu , le ciel sans nuages brillait (\vs feux scintillans de mille et mille étoiles; la lune, abaissée au-dessous de l'horizon, n'éclairait au-
DU MORISTAN.
cune portion de la voùlc céieslc, et laissait entièrement le chamj) libre aux astres, ses heureux rivaux. Je m'étais présenté à mon rendez-vous accoiilumc. Une voix trop bien connue, celle du chcfde mon ancienne escorte, se l'ail tout à coup cureudi'e à mes oreilles : « Te voilà , » me dit cette voix, présage de nouveaux malheurs, « je » t'attendais. Si tu n'as pas avec toi les instru- )) luens aslronomicjues j cours les chercher, et » garde-toi de me faire long-temps attendie. »
Trouble, éperdu, j(; me hàlc d'aller exécuter l'ordre que j'ai reçu, et je viens retrouver, sans aucun retard, celui qui me l'avait si inopinément donné,
c Suis-moi, » me dit-il; u ne tremble pas ainsi; )) ne crains rien : il ne t'arrivera d'autre mal que )) celui que tu voudras loi-uiême appeler sur ta » léte. Surtout, jusqu'à ton arrivée, songe à ob- » server le plus rigoureux silence.» Puis, sans autre explication , il se met en marche vers un des angles de la place.
Je suivis, sans mot dire , mon guide silencieux, tâchant de me persuader moi-même de ia sincérité de la promesse qu'il venait de me faire.
Nous arrivâmes bientôt à une porte basse et de peu d'apparence; elle s'ouvrit sans bruit, à un
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signal impei'coplibic, cl je fus remis par mon conJucleur à deux hommes silencieux comme lui. Ces tii'ux nouveaux jiersonnagcs, qui me parurent des domesliques ou des esclaves, me remirent à deux autres, dans une seconde salle ; ceux-ci me conduisirent dans une troisième pièce, où je fus reçu par deux autres encore, et je passai ainsi de mains en mains, jusqu'à ce que je fusse parvenu en présence du maître.
J'ai dit Je mains en mains , et cependant cette expression était bien véiilablcment impropre el inexacte, car aucun de ceux que j'aperçus dans ce trajet ne me parut avoir conservé l'usage entier de sa personne. L'un était manchot, l'autre privé d'un pied , celui-ci borgne, celui-là avait perdu le nez ou les oreilles: aucun d'eux ne pouvait en vérité se ilire un homme complet. C'étaient, à parler vrai, des ruines cTAomwcj, ruines plus ou moins mutilées et défigurées. Nulle paît on n'eût pu rencontrer une telle réuniorï d'invalides ou d'estropiés; il semblait qu'un être eiuicrement pourvu de tous ses membres fût incompatible avec l'état personnel de celle étrange maison.
« Grand Dieu ! » pensai-je en frémissant « suis-je donc prédestiné à revêtir à mon tour » le hideux uniformede cette misérable milice!»
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Les réflexions involontaires que me suggéraient ces obseivalions si exlraordinaiieinent multipliées, furent interrompues par mon intromission dans une dernière chambre.
Elle était mal éclairée par une seule lampe , et les coins en étaient presque entièrement plongés dans l'obscurité; l'ameublement en était simple et mesquin; mais en portant mes regards autour de moi , je vis briller des cimeterres, des poignards, des yataghans; et, dans ces demi-ténèbres, mes yeux distinguèrent le long des murailles environ douze gardes immobiles et rangés dans un silence véritablement effrayant.
Au fond de l'appartement et dans l'angle le plus éloigné de la porte, était assis sur un niauvais tapis, et appuyé sur des coussins sales et déchirés, un homme déjà vieux, au regard hautain et farouche, aux yeux enfoncés, maisétincelans et brillans sous les sourcils hérissés qui les recouvraient, d'un feu rouge et sanglant comme ceux de la hyène insatiable de carnage; sa figure dure et ses traits fortement contractés annonçaient des passions violentes et un cœur impilovable ; ses gestes avaient des mouvemens brusques et impéiieux; sa barbe était en désordre, son turban d'une étoffe grossière et mal arrangée, ses habits à moitié usés; sa ceinture
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portnit nn Inrgr^ poignard el deux énormes pistoliMs: nuprôs do !iii éin'u-nl un sabre nn, nn trondiloM, u:i kliandjai- rccombé et di (("«Me ni es autres armes. Il fumait en .'^ilcnee dans une pipe de Icrrc commune, d(>nl le luvau n'était (pi'un simple roseau. Au milieu des nuai^'esdc la fumée odorante rjui Pentourail, il me sembla voir un spectre faiilasliipie, et je crus un inslaiit fju'jiùlj'S' ni'apparaissait lui-même en personne.
Ses yeux se fixèrent sur moi : le frisson d'une terreui" mortelle parcourut toutes mes fibres en un instant:jc icconnusquej'étaisen préscncedu cruel P;:!cha d'Acre, de l'épouvanlable/^ezzar/
Personne n'ignore que le tenible j4lwied- PacJiâ, <\c\c\n\ maître du paclialyk d'Acre, a pris lui-même de préférence le surnom de DjtzzAR, qui signifie boucher, el qu'il est Wcv de mériter chaque jour de plus en plus ce nom justement abhorré, synonyme de bourreau pour les malheureux qui sont soumis à sa puissance. Le moindre délit, la moindre offense involontaire,^! moindre contravention à ses ordres souvent ii^norés, la moindre hésitation , la moirîdre négligenceapparente dans son seivice,
' Le Génie du mal, chef des démons infernaux. Voyez la LXXIV* note supplémentaire.
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est à l'instant punie par lui-rncrne, et son sabre abat les pieds, les mains, le nez, les oreilles, à ceux dont sa clémence barbare veut bien éparirner la tète.
Je compris alors parfaitement la cause de toutes les mutilations que j'avais rencontrées à chaque pas depuis que j'étais dans son palais. J'étais dans l'antre du lion!...
Tremblant et hors de moi, je m'étais prosterné à ses pieds; un geste m'ordonna de me relever, et je me tins devant lui, debout, dans l'atliludede la soumission et du respect, les yeux baissés et les bras croisés sur ma poitrine. Je frissonnais; ma tète, en proie h l'épouvante, me semblait vaciller sur mes épaules; je croyais respirer une odeur de sang; un nuage de vapeurs cadavéreuses paraissait étendre ses voiles sinistres autour de moi; mes membres s'affaissaient, et j'allais tomber, si les cruels inslans de cette agonie intolérable d'effroi s'étaient prolongés.
Djezzar me considéra quelque temps en silence, et sans changer d'attitude; puis, élevant la voix et adoucissant un peu son regard de tigre. «Tu es astronome, me dit il, j'ai besoin de » toi. »
Ce peu de mots bannit ma crainte et ranima mon courage. Je n'ignorais pas que ces hommes
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si cruels, si inlrailables pour rcux dont ils n'avaient pas besoin et qui dcpentlaient d'eux, ('taienl souvent d'une Iniblesse méprisable pour ceux qu'ils croyaient leur être nécessaires, et dont ils dépendaient ainsi à leur tour.
Ahnied-Pachd se leva bientôt , et m'ordonna de le suivre sur une des terrasses de son palais. Lorsque nous y fûmes arrivés, il me montra une étoile brillante et d'une clarté rougeâtre, dont j'ignore le nom, mais qui était à ma droite : « Voici mon étoile, me dit-il; observe-la avec » soin , et annonce-moi ce qu'elle peut me pré- » dire. »
J'observai l'étoile qui m'était indiquée; mais bientôt le Pachà prétendit que mes rej^ards se tournaient d'un côté opposé à celui qu'il m'avait indiqué, et que j'observais à ma gauche une étoile toute différente de la sienne. Deux fois il m'avei'tit, deux fois j'insistai, l'assurant qu'il se trompait lui-même; j'osai même ajouter : « Ce » que je vois , je le sais, et je le saurais encore 1) quand même je ne le verrais pas. » A peine eus-je parlé, que le troisième avis lut un terrible coup de cimeterre qui m'abattit la partie du bras que vous voyez me manquer.
Je tombai baigné dans mon sang, et je m'évanouis, sans connaissance, sans pouls, sans
Min» — ÎEAIFIIÏ,
Cf iroisirtnr ami fut un tcniblt roup be rimrtrrrf. U. 2.10
DU MORISTAN. 211
mouvement,sansrc.spiralion.y//?wed', d'un coup de pied, poussa mon cadavre hors de la terrasse, et se retira aussitôt, suivi de ceux qui l'avaient accompagné.
J'ignore combien de temps je restai dans cet état semblable à la mort.
Il paraît que les esclaves de D/ezzar ietèrcnt^ par son ordre, sur la place mon corps inanimé, et qu'il fut recueilli par le Juif que la curiosité avait amené aux portes du palais, dans lequel, d'après ce que je lui avais confié, il se doutait que j'étais appelé.
Il crut s'apercevoir que j'existais encore; et c'est aux soins qu'il me fît administrer que je dus mon retour à la vie.
Dès que je fus en état de parler, je me hâtai de lui apprendre ce qui m'était arrivé dans le palais de Djezzar-Pachâ. Le Juif me témoigna la plus grande admiration pour la clémence de son maître, qui avait daigné ne m'abattre que le bras gauche au lieu de faire tomber ma tète; et il m'assura bien que j'étais certainement le seul qui pût me vanter d'avoir été autant favorisé de son indulg'ence, puisqu'il avait bien voulu me laisser lui répondre deux fois, et ne me frapper qu'à ma troisième réponse.
Je ne me souciai nullement de m'exposer de
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nouveau à de semblables faveurs , et je renonçai tout aussilôt à un pays où la clémence ne se montrait que revêtue de formes atroces el d'un cosiume sanglant; où des blessures plus ou moins mortelles, des coups de sabre plus ou moins fatalement dirigés, paraissaient devoir être comptés au nombre des bienfaits dignes de reconnaissance.
Rien ne put changer ii ce sujet ma résolution. En vain la Juive qui, à ce qu'il paraît, n'avait pas perdu toute espérance, nialgré mes refus et les décisions contraires des astres, insista-t-elle encore poui me retenir; elle m'assurait qu'elle m'aimerait tout autant manchot qu'avant mon accident fatal ; que cet accident môme était pour moi dorénavant une garantie certaine, « puisque, » ajoutait-elle, il n'y avait pas d'exemples que » Djezzar eût frappé une seconde fois aucune » de ses nombreuses victimes. » Vainement aussi le Juif me pressa-t-il lui-même, soit que sa fille l'eût mis dans les intérêts de sa passion; soit plutôt qu'il considérât le mariage proposé comme le moyen le plus sûr d'attacher d'une manière inséparable à sa maison l'homme savant, l'homme protégé des étoiles, qu'il regardait comme sa plus certaine sauvegarde contre les avanies et les autres évcncmcns fâcheux de la
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vie. Il me montra beaucoup d'or qu'il lira successivement de diverses caclietlcs, et m'en offrit la possession après lui comme son gendre : mais je fus inébranlable à toutes ces séductions, et je persistai à quitter Akkah sans retard.
Je me hàlai donc de partir pour l'Egypte, après avoir payé le Juif mon hôte et mon sauveur par des prédictions encore plus favorables que toutes celles dont j'avais jusqu'alors embelli son avenir.
Cependant, à peine fus-je arrivé auKaire,que ce malheureux à qui j'avais annoncé le sort le plus fortuné et le rang le plus élevé auprès du Pacha, avait été empalé par son ordre, après avoir été dépouillé de tout ce que son commerce clandestinement autorisé avait pu lui faire amasser.
Je me logeai au Kaire dans un de ces culs-desac obscurs qu'on rencontie non loin de la porte appelée Bâb-êl-Châjréh y et j'y exerçai quelque temps avec succès mon métier d'astrologue, de devin et de faiseur d'horoscopes.
Mon commerce d'amulettes et de talismans prospérait, ma bourse s'emplissait d'or; mais malheureusement mon amour-propre se gonflait également lui-même à mesure de mes succès. Cru savant et habile par mes nombreux
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clicns, ma vanité m'enivra, et j'en vins h me croire moi-même devenu liabilc astronome : comme tel , j'osai prétendre à faire partie du savant corps des Ulémas y et j'en adressai la demande aux Cheykils , chefs de ce respectable corps.
On m'appela à ce sujet a la mosquée d'é7u4z1iâr, pour un examen public, dans lequel je devais donner une leçon d'astronomie. Je me présentai avec une confiance en moi-même dont je m'étonne maintenant; mais le triomphe dont je me flattais tourna en honteuse défaite.
Je ne pus comprendre une seule des questions qu'on m'adressa; je ne pus faire usage d'aucun des instrumens qu'on me présenta; je confondis tellement mes idées et mes paroles, en y mêlant à tort et à travers tous les mots astronomicjues que je me rappelais avoir entendu prononcer par mon maître, le savant Abd-êl-negouin , (juc mes discours, dépourvus de suite et de sens, excitèrent la risc-e générale. Il m'arriva, je crois, de placer l'orient à gauche et l'occident à droite; et plus je voulais sortir d'embarras, plus je m'y enfonçais profondément.
Enfin j'en dis tant, et je me livrai à une gesticulation qui parut si bizarre, qu'un cri unanime s'éleva de toutes les parties de l'esplanade
DU MORISTAN.
de la Mosquée, a C'est l'astronome du Môris- )) tàn! c'est le véritable docteur des fous ! » répétait-on de toutes parts, en assurant que j'a- \ais complètement perdu la raison et le sens.
Les chefs de la Mosquée et de l'Académie furent, à ce qu'il paraît, dumémeavis,car ils m'envoyèrent au Môîistân ; et j'avoue que je m'y trouve tellement l)ien , tellement h l'abri de toute inquiétude pour mon avenir, que, si je n'étais pas réellement fou, comme il paraît que les vrais savans l'ont décidé, je me garderais bien de prétendre le contraire, de peur qu'on ne m'expulsât comme sain et raisonnable hors de ce bienheureux asile de la folie.
il6 SUITE DE l'histoire
Rafrf él-dhonel nous nvoiia ensuite qu'il crevait bien que sa répulalion astioloi^ifjue n'avait nullement soulïcrt de sa réclusion : il ajouta qu'il avait trouvé une nombreuse clientelle dans renccinte même de notie liôpilal, et que presque tous les malheureux habitans du Môrislàn avaient recours à ses prédictions et à ses horoscopes.
Cette circonstance nous expliqua le motif des entretiens secrcis qu'on le voyait avoir, chaque jour, dans des coins écartés, avec quelques-uns de nos compagnons dont la folie bien notoire ne pouvait ôtre contestée.
Il tirait encore un autre bénéfice de la vente desamulettes et desTornuilcs astrologiques, dont il avait continué le trafic avec ^ant de succès, que les gens les plus raisonral)Ios de la ville du Kaire se laissaient cntiaîner par leur crédulité absurde à favoriser les exportations de ce singulier commerce, en venant chaque jour acheter avec confiance les préservatifs magiques et les talismans miraculeux de V Astronome du Môristdn.
d'ard-êrrahman. 217
Nous avions tcmoigné h i?<z/^combicn son histoire nous avait intéressés, et nous raisonnions sur la fatalité des événemeris qui l'avaient rendu notie commensal.
« Quant h moi, s'écria Ahd-êl-Qader^ le » borgne, la fortune ne s'est pas contentée de » m'éborgner, et en m'enlcvant le nez, de dé- )) pouiller mou visage de son principal orne- » ment, ainsi que vous avez pu le remarquer: » tel que vous me voyez, j'ai été de plus, noyé, » étranglé, brillé, enterré vif, étouffé, écorché, » éventréjj'ai mangé moi-même des morceaux » de mon corps, et ma lôtc est deux fois tom- )) bée sous le tranchant du sabre. »
Ce préambule me sembla encore plus extravagant que celui de Rafjf; et, persuadé que l'accusation de folie, que j'avais d'abord portée en moi-même contre le premier narrateur, appartenait au second à bien plus juste titre, j'hésitais à le presser de commencer le récit qui devait servir de commentaire à ces énigmes incompréhensibles.
Sans attendre une nouvelle invitation , Abdél-Qader\)\'\l la parole en ces termes :
2l8 LE SAC d'aBD-ÊL-QADER,
^i Sac ^>'lî(fiî)-fl"->t5iu^cr, oit la ^($ùn<i.
Je suis tailleur de mon mclicr, fils de tailleur et petil-fils de tailleur; ce qui ne m'a pas empêché de jouer des rôles bien extraordinaires et bien contradictoires dans ce monde, et de parvenir aux plus hauts degrés des dignités qui s'élèvent au-dessus du commun des hommes : vous n'en douterez pas quand vous saurez que j'ai été successivement riche et pauvre, pêcheur et péché, volé et voleur, esclave et roi, magicien et mauvais génie, amant malheureux et princesse favorite du souverain de la Perse.
Mes métamorphoses ne se sont pas bornées aux formes humaines : j'ai été tour à tour poisson , ghoii/e ' , chameau ; et qui sait dans quels anin)aux j'aurais encore passé, si Dieu ne m'avait accoi'dé la grâce de me faire finir ma canicre orageuse dans le port paisible et heureux des fous (ht Môristdn !
Le monde est une mer trop fertile en naufrages. A l'imprudent nocher, si ses tranquilles eaux Parfois d'un ciel d'azur, pur, brillant, sans nuages , Ont réfléchi les perfides images ,
' Loup-garou.
ou LA DESTINEE.
Les dnngers sont caches sous ces rians tableaux.
Se confiant à ces menteurs présages, Qu'il tremble d'exposer aux ondes ses vaisseaux , D'un ouragan certain qu'il craigne les ravages.
Croire au calme constant des flots, Quand leurs balancemens égaux Caressent mollement le sable des rivages, Et de sécurité semblent les plus sûrs gages. C'est soi-même creuser sous ses pieds des tombeaux, C'est sur sa tête appeler les orages.
Rarement l'arrivée au port Est le terme assuré d'un hasardeux voyage. Heureux le naufragé qui, gagnant à la nage L'asile où le conduit l'indulgence du sort, A travers les écueils, jeté nu sur la plage, Abjurant désormais un téméraire effort, De la tempête peut braver la vaine rage : Loin des flots courrouces ou de tout l'équipage ,
Seul il n'a pas trouvé la mort.
Mon père élail , ainsi (jue je l'ai {Jcjh tlit, tailleur dans la ville de Moussoul, et c'est dans cette ville que j'ai pris naissance. Je n'ai aucun souvenir de ma mère , c|ui était morte avant ([ue je n'eusse atteint les premiers mois de ma seconde année.
Mon père m'avait appris son métier, et me