LE SAC D ABD-ÉL-QADER
dcslinaii i\ lui succéder, quaml son ;'ige le forcerail de quitter son travail ; ma destinée en a décidé autrement. Dieu est tout-puissant; il n'arrive que ce que Dieu veut.
J'avais seize ans, et j'étais déjà amoureux de la fille d'un marchand d'huile, noire voisin. Sa maison avait une fenêtre qui n'était séparée de la nôtre que par une ruelle étroite , sur laquelle donnait le derrière de notre maison , dont l'entrée était , du côté opposé, sur la grande place.
Ce fui le hasard qui me fit apercevoir la jolie Qattjjeh^ du haut de notre terrasse, au moment où, seule dans sa chambrette, et ne se croyant vue de personne, elle avait quitté ses voiles et la partie de ses vctemens que la chaleur lui rendait insupportable. Je me contentai d'abord de m'enivrer par la vue des charmes , dont un hasard si favoiableme procurait l'apparition ; bientôt l'amour et Icdésii' entrèrent dans mon cœur : une fleur de grenade que je jetai dans la chambre de celle que déjà mon cœur appelait sa maîtresse, lui appiit ma présence et lui déclara mon amour ^.~
' Qnttyfth signifie velours.
' Le langage des fleurs, usité dans tout l'Orient, désigne l'amour le plus violent par la fleur de, grenade.
ou LA DESTINÉE. 221
Elle rougit, reprit son voile h la hâte; mais la curiosité la porta à jeter un regard sur celui qui lui avait causé cette surprise. Il paraît que l'examen rapide qu'elle fit de moi ne me fui pas désavantageux; à mes gestes amoureux elle répondit bientôt par d'autres gestes aussi expressifs que les miens.
Le soir même j'osai chanter à ma bien-aimée les vers suivans :
De la nuit le Génie est dans les cieux monté. Vois son \ol déployer au sein de l'empyrée, D'astres étincelans sa robe diaprée , De ces brillans trésors le spectacle enchanté. Par un voile envieux n'est pas intercepté : Tout œil peut contempler la richesse éthérée
Astre plus séduisant, ta magique beauté
Du ciel étoile semble éclipser, par tes charmes,
La rayonnante majesté. Du céleste Génie imite la bonté ; Cesse de dérober à mes yeux pleins de larmes Tes doux trésors , trésors de volupté.
Un zéphir embaumé , de ta bouche suave , Porta le souffle à ton voisin; Son cœur a bu cet enivrant venin :
Il souffre, et sa souffrance à chaque instant s'aggrave. Ton amour pourra seul être son médecin. Ah! sauve ton voisin, ou plutôt ton esclave.