LA BAGUE MYSTÉRIEUSE
valeur. Manlleni Ahyfanyoas ^ tel était le nom (lu kiitch , porta par liasard ses yeux sur le rliaton tic cette bajoue, et demanda à la voir de plus près : je ne pus, ou ne voulus pas la tirer de mon doigt, et, m'approchant de lui, je lui présentai ma main elle-même, afin qu'il pût faire l'examen qu'il semblait désirer.
Cet examen fut long. « Ces caractères , me » dit-il , ne sont ni arabes, ni persans, ni coph- )) tes , ni grecs , ni hébreux. Cette inscription )) est en kliatt asfoury ', c'est-à-dire dans l'an- )) cienne écriture de nos pères idolâtres. Je )) ne saurais t'en donner l'explication : il )) n'existe plus , en Egypte , personne qui puisse )) lire ces caractères , excepté un seul vieillard » que je connais, et qui habite un de nosraonas- )) lères situés dans le Désert du Bahar hclct- )) ma ". Si tu veux me confier cette bague , je )) pars après-demain, pour commencer ma tour- )) née financière et recueillir les redevances qui )) appartiennent à notre maître : ma route me » conduira au lieu même qu'habite le savant » vieillard; à mon retour je pouiTai te rappor-
' Caractères en forme d'oiseaux^ on douuc , chez les Orientaux, ce nom aux sirjucs liicioglypliiqucs des nioiiumcns cyyiilieiis.
' Vallcc «lu Fleuve sans eau.
ou MOTjRAD-LKr.OSSU. 333
)) ter, avec ta ])iii,Mic , l'o.xplicalion do l'inscripyy tion qu'elle présente, y)
Je ne pus consentir à me séparer de ma l)agiie, soit qu'elle exerçât sur moi , à mon insu ] une influence cachée qui m'attachait à sa possession par un instinct involontaire et inexplicable, soit peut-être ([ue mon esprit inconstant et curieux de choses nouvelles fût empressé de profiter de cette occasion , pour en faire le motif d'une promenade qui me promettait d'être agréable. Quoi qu'il en soit, je prétendis ne pouvoir absolument retirer la bague de mon doigt grandi et grossi depuis qu'elle y avait été placée ', mais j'offris à Maallem Ahyfdnyous de l'accompagner dans son voyage, si mon oncle m'en accordait la permission.
Cette permission fut facilement obtenue, et je partis joyeusement avec le complaisant Av/tch , sans attacher réellement une grande importance à l'explication de l'inscription de ma bague , quoiqu'elle fût le but apparent de mon départ.
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jjifinifi Uopiiçic ^r i>lourll^-lf-l3c^l<■.•■H.
Tout me plut clans ma roule jusqu'au-delà (le Trrra'né/i j mais nous cjuiltàrnos là les bords fertiles et rians du iSil, pour prendre notre chemin vers la gauche , et nous enfoncer dans le Désert.
Le Cophte était monté sur un ane vigoureux, quelques cavaliers nous escortaient; quant à moi, j'étais à pied, ainsi que quelques serviteurs inférieurs et quelques esclaves : je m'étais fié sur mes forces , et j'avais cru que je pourrais facilement surmonter une légère fatigue, sur laquelle seule j'avais cru devoir compter. Il n'en fut pas ainsi.
]Nous marchâmes péniblement, tantôt sur des sables mouvans , tantôt sur un sol rocailleux, tantôt sur des cailloux qui semblaient amoncelés et qui se dérobaient sous nos pieds en les déchirant par leurs pointes aiguës. Nous enfoncions dans les sables jusqu'aux genoux, et les efforts que nous faisions pour nous en retirer semblaient à chaque pas nous fixer au même point, ou même nous i'eporter en arrière. Souvent des pointes de rocs saillans hors du sol nous blessaient cruellement , et , en nous heur-
DE MOl'RAD LE-BOSSU. .135
iuvA (le leurs lames tranchantes, arrêtaicnl noire marclio qui devenait de plus en plus doul(HU'euse et fatigante.
Cependant nul moyen de station au milieu du Désert, nul asile où l'on pût se reposer un instant, et ranimer ses forces; le séjour aurait été encore plus pénible que la marche , le soleil sans nuages nous dévorait de ses rayons embrasés; et, loin qu'un seul arbre se présentât pour nous oiTrir son salutaire ombrage , dans tout l'horizon immense qui se développait autour de nous , pas un seul brin d'herbe ne pointillait au-dessus de cet océan de sable et de rochers , véritable empire de la mort et de la désolation.
La nuit vint heureusement nous apporter quelque soulagement par ses ombres rafraîchissantes. Nous arrivâmes enfin, après un jour et une nuit de marche, sur une crête peu élevée, mais du sommet de laquelle nous aperçûmes cette vallée profonde du Baharheld-ind, qu'on nomme aussi Bahar él-faregh (le Fleuve vide}, parce qu'en effet la vue de ce vaste ravin ne fait pas naître d'autre idée à l'esprit de celui qui le contemple , que celle du lit profond d'un grand fleuve, que la main puissante de Dieu aurait lout-à-coup vidé de ses eaux , et