DEUXIÈME VOYAGE
Dritrihnc lloinigr ^r iJloiiriib-lc-flo^dii.
Dès mon enfance , mon père m'avail continuellement entretenu de trésors enfouis depuis de longs siècles, de richesses inappréciables ensevelies dans les entrailles de la terre , et qui ne restaient cachées à ceux qui en faisaient la recherche que parce qu'elles étaient gardées par des talismans merveilleux, ou défendues par des Afrites dont la méchanceté s'obstinait à en priver pour toujours la race des fils d'Adam.
Ces souvenirs furent réveillés dans mon esprit par les récits que chacun s'était empressé de faire pendant la soirée : je ne rêvai la nuit que de Génies , de trésors , de richesses , de palais magnifiques : je voyais dans les tableaux que m'oiTraient les illusions du sommeil toute la splendeur de la cour des anciens khalyfes. Ces images étaient fortement empreintes dans mon esprit troublé au moment de mon réveil , et elles m'occupaient encore , quand me relevant à demi sur le tapis qui avait servi de lit à mon sommeil agité, je repassai en moi-même les événemens de la veille dans lesquels j'avais joué si singulièrement un rôle.
Je me persuadai facilement que tout ce qui
ni^était arrive n'était qu'un long rêve ; confondant ainsi mes visions de la nuit avec les accidens réels de la journée : mais mon esprit revenait toujours avec un singulier plaisir sur le spectacle délicieux de la cour des khalyfes, et je m'écriai involontairement : « Ah ! que je se- » rais heureux de contempler cette vue en- )) chanteresse , que ne suis-je dans la ville de » ces palais si magnifiques ! Ah oui ! le désir le y) plus vif de Mourad serait d'être en ce rao- )) ment aux lieux témoins de tant de merveilles, » au milieu de la grande ville de Baghdad! »
J'avais à peine prononcé ces mots , que j'y étais effectivement : j'y étais au milieu des airs , à la hauteur des nuages, et au-dessus même du fleuve du Tygre , suspendu par la force inconnue d'un bras puissant que je ne pouvais voir et qui me lança avec violence au milieu des eaux du fleuve.
L'onde tourbillonna autour de moi en cédant au poids de mon corps auquel elle livra un passage jusqu'au sable de son lit; l'impulsion de ma chute , répercutée par le choc que j'éprouvai en le touchant , me reporta aussi rapidement à la surface , je nageai vigoureusement à travers les vagues du fleuve , et je parvins à atteindre le bord.