‹ Contes du cheykh êl-Mohdy (volume 2)Chapitre 3 sur 49 · SUR LE · texte numérisé non relu

SUR LE

CHÉYKH EL-MOHDY.

Éitn fcluh él-A'âqel tidtb'ho oii-e'lm'ko ;

Kamâ ênn sclâh êl-Gend roinèlfho ou-sejf-ho.

Ortes , les niuies da S;ij;e Mîiit son éducation et son instruction.

Coiuiuc les armes du Cuerlier sont sa lance et son épre.

Pnov. AP.ADi;.

SUR Lli

CHEYKH EL-MOHDY,

J'ai déjà appris au lecteur, dans l'Avis PRÉLIMINAIRE du premier volume de ces Contes, que le Cheykh Mohammed êl- MoHDY était né au Kaire d'une famille chrétienne, et que lui-même avait suivi la religion cophte pendant les premières années (ie son enfance.

Sou père était en effet Cophte, et s'é-

lO NOTICli BIOGRAPIIIQIJE

tait, comme la plupart de ses coreligionnaires , livré à l'ëtude des pratiques financières et administratives, qui,aujourd'lmi même encore , est comme le patrimoine exclusif de ces descendans si dégénères des anciens maîtres de l'Egypte. Il ne reste en effet à ces débris avilis de l'antique peuple des Pharaons, depuis leur assujëtissement par les tribus musulmanes, que le domaine de quelques connaissances particulières, dont ils se sont réserve et transmis de père en fils l'héritage mystérieux '. Ils exploitent cet apanage privilégié au profit de leurs vainqueurs, obligés nécessairement de recourir à eux dans tous les détails d'administration, et auxquels par là ils ont su rendre leur service indispensable : c'est par ce monopole

' Entre autres professions qui sont le domaine exclusif tles Coplitcs , eux seuls <»nl conservé , depuis un temps inimémorial , l'art de faire cclore les poulets par la chaleur arlificicllc. Les Arabes et les Turks sont bien les pro-

SUR LE CIIEYKII KL-MOÎIDY. 1 I

iradmiiiistration financière, dont les secrets sont religieusement gardés, qu'ils ont réussi à se créer un dédommagement profitable de la prépondérance civile et militaire dont la victoire les a déshérités depuis douze siècles.

Le père du Cheykh êl-Mohdy portait les noms àiAhyfanyous Fadl-Allah : le premier de ces noms est cophte ou plutôt grec, puisqu'il n'est que la simple transcription cophte du nompropre grec Epi- PHANios (ETTtçavfos) , quc l'ou Sait signifier illustre, excellent; le second, composé de deux mots arabes, semble n'être que la traduction du premier, puisque le sens des deux mots qui le forment est Dertu de Dieu y excellence ou illustration divine.

J'ignore si le Cheykh êl-Modhy était fils

\)riélaires des fouis à poulets; mais les Cophtes seuls en sont les fermiers et les manutentionnaires. Tous les propriétaires turks et arabes qui ont essayé d'exploiter euxmêmes ces manufactures d'êtres vivans, ont échoué.

I 2 NOTICE BIOGRAPIIIQUK

unique ; mes notes sur l'époque de sa naissance m'apprennent seulement qu'il naquit l'an ii5o de l'iiegire, correspondant en partie à l'an 1 737 de l'ère chrétienne.

Il reçut en naissant le nom de Heuat- Allah [Don de Dieu) , nom formé de celui de Dieu [Allah) , et de la racine ivahab (donner, gratifier), d'oii vient aussi le surnom ^el-Pf^ahdh (le Libéral) attribué à Dieu par les musulmans.

Ahyfanyous y père du jeune Hehat-Allahy était, ainsi que je l'ai déjà dit, l\dteb, c'est-à-dire écrivain, ou plutôt intendant de la maison de Souleynian-Kdchef\ dont il administrait les biens et les revenus. Il avait obtenu ce poste avantageux par les soins et la protection de Maalleni Mikkdyl-Ferhdt son parent , qui dès lors occupait une place importante dans l'administration des douanes de l'Egypte, et (jiii depuis {levint l'inteii-

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dant gênerai et le ministre favori du célèbre Aly-Bey. '

Souleymdn-Kdchef éVàit de la maison iï Ihvahyni-Kikhyâ ^ qui partageait l'autorité en Egypte avec Isinayl-Tchdouych, pendant que Kiour-Ahnied-Padiâ était gouverneur du pachalyk d'Egypte au nom du Sultan Mahmoud , êbn-Moustafd ' , vingt-quatrième empereur des Ottomans , et successeur de A hnied^ébn- Mohammed'^.

Ibrahyni-Kikliyd possédait, dit-on , plus de deux mille mamlouks , et Souleynmn exerçait dans la maison de ce prince les fonctions de Choubouktchy-Bdchy^ ^ tandis que Afyj alors son compagnon de servitude, et depuis devenu son maître, y remplissait les fonctions de Selcihddr-

' Nommé par les Européens Mahinoud 1^"" du nom. ^ Nommé par nos historiens Achnict III. ^ Chef des Gardiens des pipes.

l/j NOTICE IJIOGRAPIIIQUE

Aglui ' ( chargé du soin des armes et de porter le sabre du Bey).

Leur amitié s'unit alors par des liens réciproques, et dans la suite la bonne et la mauvaise fortune les trouvèrent également fidèles à cet attachement mutuel.

En l'année 1160 de l'hégire (1747 de l'ère chrétienne), Souleynidn était devenu Kâchef, et yély, Kâchef lui-même depuis quelque temps, avait été élevé à la dignité de Bey. Kiour-Ahmed-Paclui avait été depuis plusieurs années appelé au gouvernement de l'île de Chypre, et il était remplacé au pachalyk du Kaire par 7?^^/?/^^- Mohajnmed-Pachd. Auprès du nouveau gouverneur , Ihrahym - Kikhyd jouissait d'une prépondérance égale à celle dont il avait été investi sous le gouvernement de Kiour- Ahmed. Cependant cette bonne in-

' C'est le titre cpie nos voyageurs rcrivon» faulivemcnl ikliclar.

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telligence venait de s'altérer, et le Pacha avait été contraint de fuir le Kaire et l'É-

L'histoire du fameux y4ly-Bey se liant intimement à celle du Cheykh êl-Mohdy, qui fut en plus d'une circonstance l'un des principaux agens de ce prince,] e ne crois pas déplacé d'entrer ici dans quelques détails sur les événemens de cette époque, détails qui paraîtront peut-être d'autant plus intéressans, que personne encore n'a écrit cette portion de l'histoire des derniers temps de l'Egypte.

On sait que les vingt-quatre Beys, véritables maîtres de l'Egypte, n'étaient ni à la nomination du Pacha établi gouverneur par la cour ottomane , ni à celle du Sultan de Constantinople lui-même , dont cependant ils reconnaissaient l'autorité suzeraine.

Lorsque le Pacha, vice-roi nominatif,

arrivait de Constantiiiople à Alexandrie, il y recevait les félicitations et les prosens qui lui étaient adressés dans ce port par le Cheykh el-beled, le plus puissant des Beys et le souverain réel du pays.

Mais dès lors le Pacha était entouré d'espions, chargés par le Divan des Beys de découvrir ses intentions à leur égard , et d'acquérir quelque connaissance des ordres dont il était chargé par le Divan de Constantinople. Si l'on était assuré que ces ordres étaient pacifiques et ses intentions bienveillantes, il continuait librement sa route et était reçu à Boulâq par les Beys en cérémonie; mais, si l'on découvrait que ses intentions étaient défavorables et ses instructions hostiles, le Divan des Beys s'assemblait et signifiait au nouveau Pacha la défense expresse de continuer son voyage. Le Divan du Kaire écrivait alors au Divan de Constantino-

pie, pour accuser le personnage rejeté d'une ambition perfide et dangereuse, et de manœuvres contraires aux intérêts de sa Hautesse. On annonçait sa présence comme capable d'exciter le trouble et la rébellion; en conséquence on demandait sa révocation et son remplacement par un autre fonctionnaire plus agréable à l'E-

gypte.

Le Divan du Kaire n'avait conçu aucun ombrage de l'arrivée de Raohyh-Pachâ /il avait été reçu avec honneur par le Cheykhél-heled lui-même, Ibrahyin-Kikhyâ. Les Beys, accueillis par lui avec bienveillance, avaient juré entre ses mains, dans une audience solennelle, obéissance et fidélité à fempereur ottoman; il les avait revêtus des pelisses d'honneur, suivant fusage cérémonial. Enfin Ra^hyb-PachdsLyRÏt gagné f affection des Beys, et la meilleure intelligence régnait entre eux et lui : il gou-

l8 NOTICE BIOGRAI'HIQUK

veniait tranquillement rÉgypte depuis sept ans, et les Beys eux-mêmes avaient demandé sa prolongation dans son pachalyk.

Mais il arriva tout à coup de Constautinople un firman secret, ou Khatl-chériJ , qui enjoignait au Pacha de tenter tous les moyens possibles de détruire les Beys, et de faire massacrer sans délai tous ceux dont il pourrait se rendre maître.

Le Pacha savait qu'il avait excité les soupçons du Divan de Constantino])le, qui paraissait prêt à l'accuser de n'être en si bonne intelligence avec les Beys, que pour fomenter une révolte en Egypte et s'y rendre lui - même indépendant de la Porte-Ottomane. Exécuter l'ordre publiquement, c'était risquer beaucoup et s'exposer à une dangereuse résistance; désobéir, ou seulement retarder son obéissance, c'était exposer sa tête à la vin-

SUR LE CHEYKH ÊL-MOHUY. IQ

dicte du Divan ottoman, et justifier l'accusation de tendance à la rébellion.

Après avoir hësitë long-temps, et calcule les diverses chsiuces^ Rag/iyb-Pachd se décida à employer la ruse et la perfidie envers les Beys ses amis : il aposta des satellites armés , et leur ordonna de massacrer à son signal les Beys, pendant qu'ils siégeraient avec lui au Divan général.

Le coup fatal fut exécuté en partie : trois Beys furent assassinés; mais les autres se défendirent courageusement, et reprochèrent avec force au Pacha la trahison qu'ils devaient si peu redouter , dans la position oii les avait placés leur amitié réciproque.

Pour toute ']u.stiûcâtion ^ Rao-hyb-Pachci exhiba le firman impérial. La vie du Pacha fut épargnée ; mais il fut à l'instant même déposé par le Divan du Kaire, qui envoya demander à Constantinople un autre gouverneur pour lui succéder.

•Ai) NOTICF. RIOr.H Al'IIigi E

Jiaghyb- Pachà tut transféré à un des pa-» chai) ks de l'Anatolie, et neuf ans après , il fut nomme Grand-Vizir par le Sultanyl/ow^tafci , c'hn Ahmed > ; mais il conserva toujours sa bienveillance à Aly - hey , auquel il avait dû particulièrement la vie au Kaire.

Voici à quelle occasion Aly avait été appelé aux puissantes fonctions de Bey.

Ihrahym-Kikhyd^ son maître, l'avait emmené, ainsi que Souleymdn^ avec lui, lorsque, en qualité dliJ^iyr el-IIag'^ il conduisit en l'année ii63 de l'hégire ( 1 760 de l'ère chrétienne ) la caravane des pèlerins àlaMekke. Soaleymdn et ^/f eurent occasion de témoigner leur valeur pendant ce voyage. La caravane fut attaquée par plusieurs tribus arabes , et Aly, alors Kâchef, s'étant mis à la tête des

■ Nommé Mustapha III , par nos historiens.

' Prince ou </ii'f du pèlerinage. Voyez la IV'noU- supplémentaire à la fin du troisième volume.

SUK LK ClIEYKII ÊL-MOHDY, 2 l

troupes de l'escorte, il repoussa les assaillans avec un tel courage , qu'il reçut généralement le surnom de Ginn-Aly [Aly-le- Génie ou plutôt Aly-le-Diable ).

De retour au Kaire, Ihrahym récompensa Aly et Souleymân en faisant nommer par le Divan , le premier Bey, et le second Kâchef.

Ce fut à cette époque que Ahyfanyous : père du Cheykh êl-Mohdy obtint l'intendance de la nouvelle maison de Souleynidn-Kdchef.

L'élévation ô^Aly-Bey au Sangiakat ' avait eu un violent antagoniste dans un des Beys, nommé làxissi Ibrahyni , comme son protecteur, mais Circassien de naissance, et par cette raison surnommé él- Tcherkassy. Ihrahyni^Kikhyd l'emporta cependant, et c'est de cette époque que date la haine irréconciliable qui divisa les

' Titre de la dignité des Beys.

a 2 NOTICE niOr.R VPHIQIIE

deux Ibrahyms^ haine qui ne s'éteignit que huit ans pkis tard dans le sang à'Ibrahym- Kikhyd , qui fut massacré par Ibrahym el- Tcherkassy.

Mais sans anticiper sur les ëvënemens , revenons au jeune Hebat-Allah , que Souleymdn-Kdchef exxt occasion de voir plusieurs fois auprès de son père l'intendant Ahyfanyous Fadl- Allah.

Hebat-Allah avait alors environ treize ans. Souleyrtidn Kdc/iefXe prit en amitié, et voulut le mettre au nombre des mamlouks attachés à sa maison. Le jeune homme ne se sentait aucune disposition pour l'état militaire; mais, éprouvant un goût très- vif pour l'étude des sciences et des lettres , il préféra la carrière des fonctions civiles. Le Kàchef ne diminua rien de sa bienveillance pour le fils de son intendant, et n'en versa pas moins sur lui ses libéralités.

Pour lui iissurcr un sortbrillant dans la

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carrière qu'il choisissait, le Kâchef résolut de faire recevoir son protégé au nombre des étudians de la célèbre université musulmane, établie au Kaire dans la magnique mosquée, si connue sous le nom de Gdme-él-Azhar ".

Je ne répéterai pas ici ce que j'ai dit dans l'Avis préliminaire de la première partie de ce recueil , sur l'état florissant de l'instruction dans cette illustre mosquée =^. On sait que, de tous les pays de l'islamisme, on y voyait accourir en foule des étudians, avides de s'instruire aux leçons des savans professeurs, entretenus les uns et les autres , sur le produit des fondations pieuses qui avaient enrichi cet utile établissement.

Mais, pour être admis à la mosquée àiél-

' Vulgairement Mosquée des fleurs ; plus exactement peut-être Mosquée fleurie ou illustre.

^ Voyez, à Ui fin du troisième volume, la XLVir note supplémentaire. __

24 XOllCr. lîIOr. UAPHIQUE

Azhai\ il fallait être musulman. Le jeune Cophte fut donc forcé d'embrasser l'islamisme et de se soumettre aux rites de sa nouvelle religion. Il changea alors son nom d'HEBAT - Allah en celui de Mohammed , et reçut le surnom d'ÊL- MoHDY ( le bien-conduit ) , qui faisait allusion à son entrée dans le sentier des vrais croyans , à la suite des îmâms et des prophètes.

Le jeune êl-Mohdy se livra ardemment aux études des connaissances dont il venait d'acheter la possession par son changement de religion : il suivit les leçons des savans professeurs , s'acquit l'affection des Cheykhs et ne tarda pas à être jugé digne d'être nommé Clieykh lui-même.

Mais pendant qu'il se livrait ainsi à ses travaux studieux, de nouvelles révolutions avaient entièrement changé au K.aire la face des affaires, et fait passer le gou-

su II LE CDEYKH ÊL-MOHDY. 25

vernement sucessivement en différentes mains.

Le Sultan Othmân ébn-Moustafd ^ avait remplacé son frère Mahmoud sur le trône de Constantinople , en l'an de l'hégire 1 168 (1754 de l'ère chrétienne). Trois ans après, en l'an 1171 de l'hégire ( 1767 de l'ère chrétienne ), il avait été remplacé lui-même par son cousin Mustapha III.

Pendant cet intervalle, plusieurs Pachas s'étaient succédé dans le gouvernement de l'Egypte. La haine mutuelle et la mésintelligence entre Ibrahyui - Kikhyâ et Ibrahjm êl-Tcherkassy ^ loin d'avoir diminué , semblait prendre au contraire plus de force et d'intensité : ils s'étaient encore aigris l'un l'autre par leurs tentatives réciproques de se nuire , et par les pièges qu'ils s'étaient mutuellement dressés. En-

' Nommé fautivement par nos historiens, Osman II, réellement le 11^' de ce nom.

26 ^'OTICK lUOCK \P^I01J^

^iIl, l'an ( 172 de l'hegiie ( 1^58 de l'ère chrétienne ), Ihrahym eî-Tcherkassy vint à bout de surprendre son ennemi et de l'assassiner.

Aly-Bey était sincèrement attaché à son patron, et il jura de venger sa mort. Cependant, durant cinq ans entiers il dissimula soigneusement ses intentions. Pendant ce temps, il achète un grand nombre de mamlouks, s'insinue dans l'amitié du Pacha , capte la faveur des autres Beys ses collègues par des présens et des services ; enfin, en l'an de l'hégire 11 77 (1763 de l'ère chrétienne), il réussit à se faire nommer Cheyl'k él-beled ^ et, peu de mois après, il poignarda l'assassin de son maître, Ihrahym cl- Tclierkassy.

A l'époque où Aly-Bey était parvenu à la première place parmi les Beys, Souleyindn-Kdclief n'avait pas oublié son jeune protégé kl-Mohdy , alors âgé de

SUR LE CIIFYKfî EL-IMOHDY. S'y

vingt-six ans, et il avait profite de l'amitié à'Âly-Bey pour lui procurer quelque part dans l'administration civile et religieuse ; dès-lors , le crédit du jeune Cheykh prit de jour en jour un nouvel accroissement , et bientôt sa perspicacité et ses talens lui assurèrent une influence décidée. Aly-Bey, qui avait apprécié le Cheykh êl- MoHDY et qui comptait sur son dévouement , l'attacha alors au secrétariat du Divan général du Kaire.

Ce n'était pas sans raison ^Aly-Bey cherchait à s'entourer de serviteurs habiles et fidèles : la terrible vengeance qu'il venait d'exercer sur l'assassin de son maîter Ihrahyni'Kïkhyâ y mit en danger son autorité et sa vie.

En effet, il avait plus consulté sa reconnaissance pour Ibrahym-Kikhyn et son ressentiment contre Ihrahym él- Tcherkassy ^ que les conseils de la pru-

lS NOTICK riOGUAPIIIQlC

(leiice ; ce meurtre excita contre lui tous ceux qui parmi les Beys étaient les créatures ou les partisans de celui qu'il venait d'immoler à sa vengeance.

Il ne put trouver sa sûreté que dans une fuite prompte du Kairc et une retraite précipitée en Syrie. Il y obtint uu asile auprès du MoJiassel ou Motselleni " de Beyt-él- Qouds (Jérusalem), son ancien ami. Mais cet asile ne put le protéger que pendant deux mois. Les Beys, ennemis d'y//^, l'avaient accusé auprès du Grand Divan de Constantinople , et un iirman impérial porta l'ordre au Moliassel de livrer son protégé y4ly^ et de l'envoyer prisonnier à la Porte-Ottomane.

Instruit à t^mi^s^Aly-Bey s'enfuit à Akkah (Saint - Jean- d'Acre), où il gagna l'amitié du Clieykh Dd/icr^ïi\s d'Omar^

y Ces deux litre!) signifient également (jouvcrnciir.

SUR LE CrrEYKn ÉL-MOHDY. 29

prince de cette ville puissante. Soutenu par lui et seconde par ses amis du Kaire, surtout par les anciens partisans d'/brahym-Kikhyâ ^ pour lesquels le meurtre ôHIbrahyin él-Tcherkassy était loin d'être un crime , il parvint à faire révoquer les ordres du Divan impérial , et à rentrer la même année au Kaire dans ses fonctions de Cheykh-él-beled.

Deux ans après, l'an 1179 de l'hégire (1765 de l'ère chrétienne), il fut troublé encore dans la possession de sa dignité; lorsque Raghyb- Mohammed- Pacha ^ ancien gouverneur du Kaire , épargné par la générosité à^Aly-Bey au milieu de la catastrophe qui l'avait dépossédé du pachalyk d'Egypte , était devenu Grand-Vizir de la Porte-Ottomane, sa reconnaissance avait toujours protégé Aly-Bey , soit d'une manière patente, soit par des intrigues secrètes. La mort de ce Vizir, l'an de l'hé-

3o N'OriCR niOGHAPIIlQl'F.

gire 1179 ', enleva à Aly-Bey sou plus sur .jppui auprès de la cour de Constantino[)lc , et ses ennemis profitèrent de la circonstance pour ourdir contre lui de nouveaux complots.

Aly-Bey se vit contraint de s'enluir une seconde fois , et se retira dans l'Yemen. Mais, en l'an 11 80 de l'hègire ( 1766 de l'ère chrétienne), ses partisans facilitèrent son retour, et assurèrent sa tranquillité future par la mort de quatre des principaux Beys du parti àUhrahyni él-Tcherkassy :

le reste fut comprimé par la crainte, et Aly-Bey régna tranquillement en Egypte pendant plusieurs années, sans qu'aucune intrigue osât éclater contre lui.

Le Cheykh êl-Mohdy était alors âgé d'environ trente ans : il n'avait pas été au Kaire un des agens les moins actifs qui

' Cette année a commencé le 20 juin de l'an 1765- de l'ère clircticnne.

SUR LK CHEYKri hX-lMOIIDY. 3l

s'étaient employés k ranimer le parti di Aly-Bey^ et à préparer les voies de son rappel. Aly-Bey l'en récompensa à son second retour, en l'investissant des hautes fonctions de Secrétaire en chef du Divan général des Beys.

Il conserva cette place sans interruption pendant trente-trois ans, c'est-à-dire jusqu'à l'arrivée en Egypte des Français, qui s'empressèrent de l'y maintenir.

Mais ces longues années de secrétariatgénéral ne furent cependant pas pour le Clieykh êl-Mohdi, des années sédentaires et tranquilles , et il s'en faut beaucoup que sa vie ait été alors exempte d'agitation et de vicissitudes : attaché à la fortune di Aly-Bey^ il dut suivre toutes les phases de cette fortune durant la vie diAly ^ et même , après la mort de son protecteur , il ne put rester étranger aux influences des événemens qui firent subir aux maisons

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