‹ Contes du cheykh êl-Mohdy (volume 2)Chapitre 31 sur 49 · TROISIÈME VOYAGE · texte numérisé non relu

TROISIÈME VOYAGE

nitcs abomina])) es de ce temple sacrilège : c'était là les idoles, objets du culte impie de ces pauvres idolâtres, à la fois si ignorans, si insensés et si cruellement fanatiques. Chacune de ces divinités bizarres était entourée d'un cercle empressé de dévots , qui leur prostituaient des hommages dûs au seul Dieu véritable , au Dieu unique , créateur et conservateur de tous les êtres.

La réunion était nombreuse , et ne parut nullement étonnée de ma brusque apparition au milieu des Faqyrs indiens. Mes nouveaux hôtes s'empressèrent autour de moi : « O mon )) frère, s'écriaient-ils, bénis soient le Ciel et » tous ses Dieux, qui vous ont si heureusement )) inspiré de venir parmi nous pour faire péni- )) tence! Choisissez vous-même le genre de » souffrance que vous voulez vous imposer : » car le ciel ne reçoit avec plaisir que l'offrande » des supplices volontaires. »

Je gardais le silence à une allocution aussi singulière , et que je trouvais entièrement déraisonnable ; mais les dévots zélés se hâtèrent de m'ofTrir avec empressement de partager avec eux l'espèce particulière de pénitence et de torture dévotement barbare, que chacun d'eux s'était lui-même imposée j c'était entre eux un

débat et une émulation vérilablenient bien étrange; chacun prétendait me forcer à lui donner la préférence sur les rivaux de sa cruelle superstition.

<( Venez , mon frère , me disait l'un , venez » avec moi ! venez frapper votre tête sur ce » caillou pointu, jusqu'à ce que vous soyez par- » venu à vous faire une blessure aussi grande )) que la mienne.

)) — Que le ciel vous protège! disait un au- » tre, il Aaut bien mieux pour votre arae de y) venir avec moi vous suspendre sur les flam- » mes de ce brasier, jusqu'à ce que votre peau » soit entièrement rôtie comme la mienne.

» — Non ! s'écriait un troisième , notre frère » aimera mieux s'enfoncer dans les cuisses et )) dans les bras des clous ou des harpons aussi » aigus et aussi longs que ceux qui me trans- » gercent. »

Un quatrième, me prenant par la main et voulant m'entraîner, hurlait à mes oreilles en roulant des yeux égarés : a Laissez , laissez ces » gens tièdes, dont la dévotion est si faible et si )) peu énergique ! J'ai mieux à vous offrir. Vey> nez ! venez avec moi vous jeter sous les roues )) du char de notre grande idole , de Djahary)Natahy œuvre miraculeuse des mains du

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)) Dieu (les Dieux lui-même ! Venez ! nous au- » rons le plaisir sans pareil d'y mourir écrasés y) par elle , et d'y savourer en son honneur In y) plus douloureuse ncfonie. »

Je restais sourd à toutes ces offres, dont aucune , envérilé, ne me paraissait séduisante, et dont, vous pouvez croire, que la plus agréable était bien loin de me tenter le moins du monde : j'ouvrais la bouche pour articuler à toutes un refus bien formel , lors((u'un des zélés Faqyrs accourut en tenant avec des pinces des charbons enflammés : croyant sans doute me rendre un grand service en fixant mon indécision, il m'enfonça les charbons brûlant dans la bouche, sans que je pusse ni prévoir ni repousser cet acte de dévole obligeance.

Je m'empressai de rejeter les charbons, et jo n'ai pas besoin de vous dire avec quelle sincérité je formai le désir rapide d'être dans un lieu où le zèle des Faqyrs vraiment enragés ne put me poursuivre. Mon désir fut exaucé aussitôt que formé , mais une portion de ma langue avait été brûlée dans cet holocauste involontaire, en l'honneur des dieux de l'Inde, et c'est depuis ce temps , mes chers commensaux , que je suis resté bègue, comme vous avez pu vous en apercevoir.

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Certainement les plus endiablés de mes Faqjrs n'auraient osé me suivre dans le lieu où je me trouvais. J'étais dans une gorge profonde des montagnes de l'île de Serandjh ( Ceylan ) , placé précisément entre un tigre monstrueux et un énorme lion , qui semblaient se disputer à qui me dévorerait.

Jamais aucun de mes vœux ne fut plus rapidement senti que celui de la destruction des deux animaux effroyables dont l'aspect me glaçait d'épouvante.

A l'instant même , d'un seul bond , sans s'occuper de moi , ils s'élancent l'un sur l'autre : je sentis respirer un peu plus librement ma poitrine, qu'avait si violemment contractée l'excès de mon saisissement en me voyant au milieu de deux monstres dévorateurs : mais ma mort ne me semblait pas moins inévitable ; elle n'était que retardée par cet étrange combat : la terreur m'avait ôté toute force et tout mouvement, mes pieds semblaient fixés sur la terre où j'étais tombé; il m'était impossible de fuir pour me soustraire à la rage du vainqueur.

Tous deux le furent à la fois , ou plutôt tous

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