‹ Contes du cheykh êl-Mohdy (volume 2)Chapitre 35 sur 49 · HUITIÈME VOYAGE · texte numérisé non relu

HUITIÈME VOYAGE

leurs hurlemens , qui m'avaient seml^lé des ciis inarliculés , étaient des hymnes en l'honneur de leur dieu , ou peut-être des actions de ^n-aces et des prières, pour qu'il daiijnât accepter la ■victime qu'ils s'apprêtaient à lui olFrir.

On me saisit tout garrotté, et on m'entraîna vers le brasier fatal

« Génie ! m'écriai-je sans délibérer un seul » instant, Génie ! sauve-moi de ces feux où je » vais périri nfailliblement sans ton secours!... » conduis-moi dans ma patrie , à l'abri de ces » flammes menaçantes ! »

ttfuoifme Uouagc bc iîtoHr«b-lc-fio90U.

J'exprimai ce voeu d'une voix indistincte et entrecoupée, soit par la frayeur, soit par la position gênante où mes bourreaux m'avaient placé. Le Génie, quel qu'il fut, m'avait entendu; il m'avait déjà transporté, suivant ma prière , bien loin des barbares anthropophages , au sein de ma patrie , et sans contredit bien à l'abri des flammes : j'étais tout au fond du puits inférieur de la citadelle du Kaire , à quatre cents coudées de profondeur dans les entrailles de la terre.

Mon transport si opportun me sauvait , il est vrai , des flammes; mais , dans ma rapide invocation , j'avais oublié de demander d'être délivré des cordes qui m'emprisonnaient ; et mon maudit Génie se garda bien, suivant sa coutume , de dépasser en rien la stricte exécution du vœu que j'avais formé. J'étais restégarrotté des mêmes liens dont m'avaient chargé les noirs sauvages : il m'était impossible de faire le moindre mouvement , j'étais entièrement nu , l'eau glaciale refroidissait tous mes membres, j'y étais plongé, j'y enfonçais de plus en plus; elle parvenait déjà jusqu'à ma bouche, mes lèvres

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convulsivement serrées ne lui opposaient qu'une barrière insufiisante : je sentais le limon épais , qu'elle recouvrait, céder mollement à mon poids inerte , et se creuser peu à peu sous mon corps incapable d'aucune lutte conservatrice. L'eau montait progressivement; encore un instant, et j'allais être irrévocablement englouti, noyé; les forces et l'espoir m'abandonnaient entièrement , mon ame troublée était presque impuissante 5 même à émettre un désir sauveur.

ce Ah! pourquoi, pensai-je en soupirant pour y) la dernière fois , pourquoi ne suis je pas élevé » au-dessus de la surface de la terre autant que » je suis maintenant enseveli au fond de ses en- )) trailles ! . . . »

Cette demi-pensée involontaire, instinctive, machinale ^ ce regret si faiblement exprimé , était la dernière lueur de ma vie qui s'étaignait....

Je me trouvai , par un nouveau miracle, sur le sommet de la plus grande des Pyramides de Gyzéh.

DE MOURAD- r.E-BOSSU. ^JCj

JS'mimt et îirvnicr llovnijc bc inournb-lc-âosôu.

Je revoyais le ciel , le ciel azuré que j'aviiis bien cru ne jamais revoir ; ma poitrine déjà à (lemi-suffoquée se rouvrit avec un sentiment de plaisir inexprimable , pour aspirer délicieusement l'air pur de la brise matinale qui, soufflant sans nul obstacle , caressait le sommet où j'étais déposé : une vie nouvelle se répandait dans tous mes membres.

Il me semblait savourer pour la première fois l'existence ; j'étais tout entier au bonlieur de vivre , toutes les sensations étaient pour moi délicieuses et enivrantes : I51 pien-e dure et rocailleuse sur laquelle j'étais jeté me semblait elle-même mie coucbe voluptueuse : et cependant ses aspérités déchiraient la peau de mon pauvre corps toujours entièrement nu , les angles aigus de ses saillies inégales brisaient mes membres, et j'étais encore lié des mêmes cordes dont les noirs cruels m'avaient entouré. Aucun mouvement ne m'était permis : tout ce que je pouvais espérer sur ce pinacle isolé, à une si grande hauteur au-dessus de la nature entière , c'était la mort cruelle , par laquelle la faim, l'efii'oyable faim, viendrait terminer mes.

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soiillrances si mulliplices; mais cette mort (levait tarder encore quelque temps à m'atteinjre, et je ne sentais que la faveur de ce retard.

Si j'avais été plus près du bord de l'étroite plate-forme, sur laquelle j'étais exilé loin de tous les êtres vivans , j'aurais pu essayer d'apercevoir au loin les habitations des hommes : peut-être un heureux hasard pouvait me faire découvrir quelque Arabe errant dans le Désert ; peut-être il pourrait m'apercevoir luimême, entendre mes cris, venir à mon secours.

Un désir irrésistible s'empara de toutes mes facultés : faisant un effort violent , contractant à la fois comme un ressort tous les nerfs de mon corps jusqu'alors forcément immobile , je réussis , avec des peines incompréhensibles , à me glisser, en rampant peu à peu, jusqu'au bord d'une des pierres extérieures de la plateforme. Mes liens avaient résisté à mon effort, mais ils s'étaient un peu détendus : je parvins à avancer assez la tête en dehors pour que ma vue pût se porter au pied même de la pyramide.

Immédiatement au-dessous de moi, étaient deuxjcl/ahs ' courbés sur le sable , et y faisant une fouille profonde.

' Voyez la note de la i)agc 434 du premier volume.

DE MOURAD-MÎ-UOSSU. 38 1

« Ah ! m'ccriai-je , si l'un d'eux était mou » père !...))

L'un d'eux entendit peut-être ma voix, et releva la tête. C'était mon père en effet. Le reconnaître , désirer d'être auprès de lui fut en moi une seule et même pensée aussi rapide que l'éclair.

En ce moment , soit que mon émotion m'ait fait faire malgré mes liens un mouvement imprudent, soit plutôt que le Génie infernal de ma bague magique, ravi de saisir, pour ainsi dire au vol , ce vœu si fugitif et si peu formulé , en eût abusé pour me pousser définitivement à ma perte, je me sentis irrésistiblement précipité du haut de la pyramide : mon corps, replié sur lui-même par mes liens , et ramassé en forme de boule, roula, en bondissant comme la cascade d'un torrent indomptable , de pierre en pierre , d'assises en assises , jusqu'au bas de l'épouvantable précipice.

Je tombai évanoui , et comme un bloc inanimé , au fond de la fosse même que mon père et son compagnon avaient creusée dans le sable. J'ignore ce qui se passa dans ce moment "j'avais perdu toute connaissance, toute faculté de sentir et de souffrir, dès les premiers élans de ma chute terrible. Il paraît que mon père me rc-

DIXIKME F.T nF.KMKR VO^AGK

connut à son tour avec autant cVeflVoi quo detonnemcnt; il me délia, me donna les premiers soins, et me transporta sur-le-champ au Kaire.

Les médecins, entre les mains desquels je fus remis, méjugèrent définitivement mort; mais un savant médecin franc, nommé L'oulouniar, qui fut alors appelé , crut me trouver encore quelques étincelles de vie , et il parvint à les ranimer.

Tous mes membres auraient dû être mille fois brisés , la manière dont ils étaient ; pour ainsi dire, pelotonnés les uns sur les autres, comme un véritable paquet, empêcha leur fracture en faisant porter la commotion fatale sur tous à la fois , et non sur aucun d'eux en particulier : peut-être aussi quelque puissance , qui m'est inconnue, balançant en ce moment décisif, par une protection réelle , ses persécutions précédentes , les avait préservés dans cette mortelle catastrophe. Ma tête, mes bras et mes jambes n'eurent que de fortes contusions; mais ces membres lurent presque entièrement dépouillés de leur peau, dont les lambeaux ensanglantés restaient attachés aux pierres saillantes sur lesquelles ils traçaient ma déplorable route.

Du reste j'en lus (juilte pour avoii' les reins

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