SUITE DU RÉCIT
cœur redevenu capable de bons senlimens, et le punissait bien cruellement des excès criminels auxquels il s'était livré autrefois avec une effervescence si blâmable.
Il passait ses journées morne, taciturne, soupirant, livré à ses réflexions déchirantes; chaque jour je recevais de lui des marcjues plus expressives de sa reconnaissance et de sa nouvelle affection pour moi.
Un jour enfin il rompit le silence en présence du médecin franc.
(( Mon cousin, me dit-il, j'ose à peine vous » donner ce nom; car je m'en reconnais vraiy> ment bien indi^aie : j'ai été bien coupable en- » vers vous , mon ingratitude et ma scéléra- » tesse ont été réellement monstrueuses. Cepeny) dant vous m'avez paidonné ; car votre con- » dnite envers moi, depuis que la fatale destinée )) nous a réunis dans la même prison , a été » constamment dictée par l'esprit de miséri- » corde et parb^ plus noble générosité.
» Mais , moti cousin , ce pardon , que je dois » à la bonté naturelle de votre coeur, vous » n'hésiterez peut-être pas à me le confirmer, )) quand vous saurez que, dans toutes mes mau- )) vaises actions , j'ai été tyraniquement maîï) trisé par un mauvais Génie , dont j'ai été le
d'abd-êrraiiman. .\^']
» déplorable jouet , et qui , après avoir torturé » ma vie , ne tardera pas , sans doute , suivant » ses menaces, àmeprécipiter dans le tombeau.
» Je veux , avant qu'il me tue , je veux » vous raconter ma lamentable histoire : je ne ï) doute pas qu'elle n'ajoute encore aux senti- » mens de commisération que vous avez déjà » daigné me témoigner. »
Le médecin franc se joignit à moi pour rassurer mon malheureux cousin sur la crainte qu'il paraissait nous témoigner d'une mort prochaine : nous nous empressâmes de lui présenter au contraire le tableau d'une prompte convalescence soit physique, soit morale, et du bonheur dont il jouirait, quand il serait enfin rendu à une liberté , qu'il ne serait plus possible alors de lui refuser.
Je consentis néanmoins avec plaisir à écouter le récit des infortunes qui l'avaient amené au Môristàn et mis au nombre des aliénés : le seul mot histoire suffisait encore pour faire vibier bien agréablement les fibres de ma curiosité, et j'en sentais mon oreille doucement chatouillée : si j'avais juré de n'en plus conter moi-même , je n'avais certes pas renoncé à en entendre.
Cependant le médecin franc, craignant que
458 SUITE DU RÉCIT d'abD-ÊRRAHMAN.
ce récit n'émût encore trop vivemeni son malade, remit à huit jours plus laid la séance dans laquelle nous devions recevoir ses confidences.
Le jour fixé, nous nous rendîmes exactement auprès de lui.
RÏIGBhlKiiiiiillI
[■■■■■■■■UMIIIIHBm OililBiiilsgiigu «aii^sisnjEia!
—--sman'Muuaassas
■.isi'i L'L"> »™ '■* "I ibII |llnsR:;:;::::ssa8al
lE:»H|til&!îiii»"Mli eu |!s III g:: MTi s::i
|.J:::::i»Gg|Bi3S:s!l