‹ Contes du cheykh êl-Mohdy (volume 2)Chapitre 5 sur 49 · C. Sffou i>t ôo\i[cymân-fÀàc\)ti · texte numérisé non relu

C. Sffou i>t ôo\i[cymân-fÀàc\)ti

D. Sffou î>f fllourob-firp. E. Sfcou b'3brol)t'm-fify.

F. Sceau it illol)ûmmtîi-^lj).

J oussouf'Bey,

Z oa-l-fyqar-Bey ,

Agyh-Bej,

Moustafd'Bey, tous les neuf Géorgiens ;

Ahmed-Bey , d'Amasie;

Lattyf-Bey,

Othrnân-Bey , Circassiens;

Selym^ Agha des janissaires;

Souleymân-Kdchef, alors Kikhyâ ou lieutenant-gënéral du même corps i ;

Mourad Bey ^ et Ibrahym-Bey , Circassiens , qui , après la mort d' Aly-Bey, devaient lui succéder, et ne cesser de^se disputer la souveraineté de l'Egypte , jusqu'au moment oii leur défaite commune par l'armée française termina leurs différends.

Enfin Mohammed - Bey , surnommé Abou-dahab ( le Père de l'Or ) , à cause de

' Voyez le sceau de Souleyinân-Kachef , avant qu'il n'eût le titre de Bey, dans la X^ vignette.

34 ÇiOTICE îtlOGRAriIlQUF

son avarice insatiable; le plus chéri d'eux tous par son maître, j)our lequel il devait être bientôt un monstre d'ingratitude et l'instrument perfide d'une ruine totale.

Ces promotions eurent lieu la même année dans laquelle le Cheykh êl-Mohdv fut appelé au secrétariat général du Divan. Mais, s'il demeura inviolablement fidèle à son bienfaiteur, combien la plupart des Beys cjui devaient leur sort brillant à Aly-Bey ne se montrèrent-ils pas par la suite envers lui ingrats et perfides!

Mohamnied-Bey Ahou-daliah ^ comblé des faveurs ô^ Aly-Bcy^ qui l'appelait son fils et lui avait donné sa propre sœur en mariage, ne s'en joignit pas moins aux intrigues et aux complots des partisans d'/brahym el-TcIierkassy^ qui brûlaient du désir de venger par la mort (XAly-Bey celle du elief de leur maison. La jalousie que la puissance d'y^/^-Zi^j fit naître dans

SUR LE CIIEYKII ]^L-MOIIDY. 35

le cœur des autres Beys ses collègues augmenta encore le nombre de ses ennemis ; mais n'osant l'attaquer en face , ils s'adressèrent à l'ingrat beau-frère de celui dont ils avaient conjuré la perte, et ils parvinrent facilement à le séduire par des sommes considérables, surtout par la promesse de lui donner, à la mort ^Aly-Bey^ la place éminente de Cheykh-él-beled \

Mohamined Ahou-dahah s'engagea à ^'?>- S'àS'ëÀxiGv Aly-Bey j mais il ne jugea pas l'occasion favorable pour se déclarer ouvertement : alors, doublement traître , il reçut les présens, et courut dénoncer les conspirateurs à son maître. Cette perfidie convaincjuit plus que jamais Aly-Bey de la fidélité de son ancien esclave; et, aveuglé par cette démarche, il se refusa par la suite à croire toutes les preuves qui lui furent

' Mot à mot Cheykh ou Prince du pays.

36 NOTICE niOGKAl'HIQUF

présentées de la perfidie et des complots dangereux ourdis par Ahou-dahah.

Quoique celui-ci eût déjà essaye deux fois de le faire périr par le poignard ou le poison, Aly-Bej regarda toujours comme des calomnies les rapports fidèles qui lui parvinrent à ce sujet.

En l'an 1182 de l'hégire (1768 de l'ère chrétienne) la guerre fut déclarée entre la Russie et la Porte-Ottomane. Comme Cheykh êl-beled de l'Egypte, Aly-Bey devait fournir aux armées de Constantinople douze mille hommes, et il s'empressa de lever ce corps pour son contingent. Mais ses ennemis surent profiter de cette occasion pour le perdre. Ils attirèrent dans leur parti le Pacha du Kaire lui-même : une lettre signée du Pacha et de tous les Beys ennemis d'Aly, vint l'accusera Constantinople de ne faire ces levées de troupes que pour se joindre aux Russes et se rendre

SUR LT. CIIEYKH ÊL-MOHDY. 'i'J

indépendant. La réponse du Divan ottoman fut l'ordre au Pacha d'envoyer la tête àL-Aly-Bey aux pieds de sa Hautesse.

Aly-Bey fut promptement informé du firmaa fatal par un agent secret qu'il entretenait auprès du ministère de Constantinople ; il était sûr de son innocence , mais il ne s'en tint pas moins sur ses gardes. El-Tentaouyy sur la fidélité duquel il pouvait compter, alla avec douze mamlouks dévoués, déguisés en Arabes, se poster à quelque distance du Kaire, sur la route par laquelle devait arriver nécessairement le Qapygy-Bâchy^ porteur du funeste message. L'embuscade eut un succès complet : après trois jours d'attente , le Qapygy-Bâchy parut avec une suite de quatre hommes seulement; ils furent arrêtés, tués, dépouillés, enterrés dans le sable , et le fîrman impérial fut remis entre les mains i^ Aly-Bey. Il y lut l'ordre

38 NOTICE «lOGRAPIUQUE

meurtrier, et aussitôt il assembla le Divan général des Beys : leur montrant le firman, il s'efforça de les persuader qu'en frappant la tête du Divan, la cour ottomane voulait abattre le corps entier, et que sa mort serait le signal qui ferait successivement tomber leurs propres têtes.

Il les invita donc à défendre leurs vies, leurs droits et leur puissance ; ajoutant que l'Egypte , gouvernée avant eux par d'autres dynasties de Mamlouks, leur appartenait, et que jamais occasion plus favorable ne se présenterait pour secouer le joug que la politique criminelle du Sultan avait fait peser sur ce beau royaume.

Le Divan fut entraîné par cette éloquente allocution; les dix -huit Beys de la création iXyîly - Bey l'appuyèrent fortement, et les Beys ses ennemis, signataires de son accusation , n'osèrent s'opposer à l'assentiment général; le Divan adressa

SUR LE CHEYKH ÊL-MOHDY. Sq

sur-le-champ au Pacha l'ordre de quitter le territoire égyptien en deux jours, sous peine de la vie, et l'Egypte fut déclarée inde'pendante

Le Cheykh êl-Mohdy fut chargé d'aller à Akkah faire part de cette déclaration au Cheykh Dclher^ avec la mission expresse de chercher à faire appuyer par lui cette audacieuse entreprise. Le Secrétaire-général du Divan réussit dans son ambassade; il parvint à décider le Prince d'Akkah à joindre ses forces avec celles de ses sept fils et de ses gendres, à celles diAly-Bey; et, en Syrie , comme en Egypte , on se prépara à la guerre. Aux douze mille hommes qui avaient été levés pour le contingent, furent joints non -seulement les six mille Mamlouks à' Aly-Bey ^ mais encore tous ceux qui composaient les maisons des autres Beys, même ceux des dissidens, qui se sentirent trop faibles pour en faire refus.

Le Pacha de Damas , qui avait reçu d»

Coiistantinople Tordre d'accourir ave* vingt-cinq mille hommes, pour s'opposeï à la jonction des troupes de Syrie ave» celles d'Egypte, fut battu par le Cheykl f\aher^ qui n'avait que dix mille soldats entre le mont Liban et le lac de Tahâryéh^, l'an 1 183 de l'hégire'^.

Cette défaite sembla terminer la guerrt avec la Porte-Ottomane, qui n'envoya paf d'autres troupes , et paraissait avoir entiè rement oublié qu'une portion de la Sy rie , et l'Egypte entière , avaient proclamé leur rébellion.

Rassuré par ce calme qu'il attribuait à l'impuissance de ses ennemis, Aly-Bey s'occupa de l'administration intérieure de son nouveau royaume, réforma des abus,

' Lac (le Tibériade.

* Cette année a commenc»'' le 7 mai de l'an 1769 de Tère chrétienne.

rétablit l'ordre dans la capitale, diminua les impôts , et appela à la tête de ses finances l'ancien ami et protecteur de la famille du Cheykh el-Mohdy , le Cophte Maallem Mikhâyl-Ferhtit en remplacement du Juif Youssouf hen-Lewy, qui paya de sa tête ses malversations.

Une administration sage protégea le commerce extérieur et les communications intérieures : les tribus des brigands bédouins furent comprimées, et repoussées dans leurs déserts; et la tranquillité inusitée dont jouissait l'Egypte valut à Aly-Bey le surnom turk de Boulout-Qapân ( destructeur des orages ).

Pendant o^ Aly-Bey s'occupait avec tant d'activité du bonheur intérieur de ses nouveaux sujets, ses armes étendaient sa domination sur de nouvelles provinces. Mohammed- Bey Ahoa-dahah^ son favori, avait été envoyé avec vingt mille

/|2 NOTICF lUO(^r,APnïQUF

hommes conquérir rYcmen, et Ismaj- Bey, avec huit mille hommes, fut char,! de prendre possession de toutes lescôti orientales de la mer de Qolzouni ( la m Rouge) : en six mois l'Yëmen fut conqui le Chérj/àe, la Mckke, descendant du Pr phète, de'trônë et remplacé par l'émyr^/^ allah de la même famille. Le nouves Chéryf témoigna sa recoiniaissance à Al^ Bey en l'investissant des titres de Sultan Roi d'Egypte et Souverain des deux mer

Se voyant ainsi affermi avec une app£ rencede légalitédans sa souveraineté, y^/) Bey voulut constater son indépendance e faisant frapper au Kaire des monnaies à so propre coin.

Les monnaies de l'année ii85 de l'hé gire' portent en effet son nom, avec cett circonstance remarquable, que la date qu

■ Cctio ;iniiéo a coiiunencr le i6 avril de l'an 1771 il l'ère flircticnne.

SUR LE criEYKII JÈL-MOHDI. 43

y est apparente , est celle de t 1 7 r ', époque de l'avènement de Mustapha III au trône de Constantinople ; tandis que la date réelle de la fabrication n'est rappelée que par les chiffres 85, abrégés de 1 185, placés dans le haut du champ numismatique , immédiatement au-dessus du nom ^/llj-^.

Cette même année 11 85 de l'hégire, Aly-Bey conçut un plan plus vaste, et dans lequel il trouva les premières causes de sa perte. Il confia trente mille soldats à Mohanimed-Bey Abou'dahab y et le chargea d'aller soumettre toute la portion de la Syrie qui , dépendant encore du gouvernement ottoman , était un voisinage dangereux pour le Prince d'Akkah , son allié et son ami; il regardait d'ailleurs la Syrie comme une dépendance naturelle de

' Cette année a commencé lo i5 septembre de l'an 1757 de l'ère chrétienne.

' Voyez une de ces monnaies dans la X*' vignette.

44 NOrrCF. JUOGR\PniQUE

l'Egypte, et qui lui avait toujours appartenu , lorsqu'elle avait eu des souverains indëpendans, tels que les Toulonides, les Ayoubites, et les diverses dynasties des Mamlouks ses prédécesseurs.

Aly-Bey chercha en même temps à s'assurer d'autres appuis dans des alliances plus éloignées avec les ennemis naturels de Constantinople. Le négociant italien Rosetti avait déjà traité pour lui avec les Vénitiens, et lui promettait leur amitié et leur coopération. Un Arménien nommé Yagop ' , fut chargé de sonder le comte Alexis Orloff^ commandant en chef des forces russes , dans la Méditerranée et la Mer-Noire, sur la possibilité d'un traité avec la czarine Catherine II. Une réponse favorable fut faite à ces ouvertures; mais les négociations traînèrent en longueur, à

' .Iac(|uc'S , cil ;ual)C Y(t(joul>.

SUR LE CHEYKH ÊL-MOUDY. 4^

cause de reloignement respectif des deux centres d'affaires.

Cependant le succès accompagnait les armes àiAly-Bey en Syrie : les troupes de Mohannned-Bey Abou-dahah son lieutenant , réunies à celles du Cheykh Ddheison allié, s'étaient emparées heureusement de Ghazzah , de Ramléh, de Nâblous, de Beyt êl-Qouds ( Je'rusalem ), de Yajfâ ( Jaffa), de Saydah ' , et vinrent enfin assiéger Damas , qui ne tarda pas à se rendre.

Maître de cette grande ville, et de la Syrie presque entière, Mohammed A boiidahab sentit sa cupidité lui conseiller de garder pour lui-même ses conquêtes, en trahissant son beau-frère et son bienfaiteur. Bien plus, son avarice et son ambition lui inspirèrent la résolution d'enlever à ^/j-^ej- l'Egypte elle-même. Il paraît qu'il

' L'ancienne Sidon.

46 NOTICE nH)(.ll\l>lllQLF

tut cncoiira^i^e dans sou ingratitude par les suggestions du Divan de Constant inople, avec lequel il avait noué une correspondance secrète, et qui se hâta de lui faire les plus brillantes promesses.

Dès-lors, Mohmiuned-Bey Ahou-daliab cessa de s'avancer sur les terres ottomanes; retournant en arrière, il augmenta ses forces de toutes les garnisons qu'il avait laissées dans les villes conquises, et qu'il en retira pour les réunir à son corps d'armée.

Il marcha à grandes journées vers l'Egypte; mais il n'osa cependant se porter de suite au Kaire, où il savait que les Ogdqs ne lui offriraient que des ennemis , dont il s'était attiré depuis long- temps la haine ; tournant par les déserts , il parvint dans la Haute-Egypte , et dans les derniers jours de l'an de l'hégire ( i85 ( 1772 de l'ère chrétienne), il s'empaia de la ville

SUR LF. CnEYKfl lÉL-MOHDy. 47

de Syout, et força les Beys du Sayd"^ de se joindre à lui.

Alors, proclamant hautement ses intentions de àéXxoneYy^fy-Bey, il se dirigea sur îeKaire, et dans les jDremiers jours de l'an 1 1 86 de l'hëgire ( ! 772 de l'ère chrétienne), il arriva avec des forces considérables sur la rive gauche du Nil en face de Masr^êl- Atyqali 2.

Âly-Bej se repentit alors d'avoir fermé l'oreille aux amis fidèles qui depuis longtemps l'avaient averti de l'ingratitude et des perfides desseins de Mohammed Aboudahah : il rassembla à la hâte trois mille hommes et les confia à Ismayl-Bey pour lui disputer le passage du fleuve; mais Ismayl-Bey, effrayé de la supériorité de l'ennemi qu'il avait à combattre, et séduit par les promesses accompa-

' La Haute-Egypte.

^ Le vieux Kaire, nommé aussi Masr êl-Qadyméh.

/jS NOTir.r lîiOGR.vpniQUE

innées de menaces que lui fit parvenir Molicnnmcd-Bey Ahou- ilahah , abandonna le parti ^Aly-Bey, et remit ses troupes à la disposition du rebelle qu'il était chargé d'attaquer. Ahou-dahah fut reçu au milieu des acclamations , dans le camp dlsmayl-Bey^ dont la défection enlevait les dernières ressources au malheureux Aly-Bey.

A cette nouvelle désespérante, Aly-Bey s'était retiré dans la citadelle du Kaire avec ses trésors , son harem , ses amis et ses partisans. Il annonçait l'intention de s'y défendre jusqu'aux dernières extrémités ; mais, trois jours après , craignant de se trouver cerné par les troupes de Mohammed Ah mi-dah ah , il céda au conseil qu'il reçut du Q\\ç.^VkiAhmed^ quatrième fils du Cheykh Dàher, qui l'engagea à abandonner l'Egypte et à chercher de nouveau un asile auprès du Prince d'Acre, son père. La même

nuit, avant que les troupes de Mohajiinied Abou-dahab n'eussent pris possession de la ville , Aly-Bey sortit de la citadelle avec ses partisans; se dérobant par une prompte fuite le long de Gebel el- Ahmar"^ , il gagna par le désert les frontières de la Syrie, espérant une occasion favorable qui le rétablirait par la suite dans son ancienne puissance.

Les principaux personnages qui s'attachèrent avec une constance courageuse à la fortune d^Aly-Bey proscrit et détrône, furent les treize Beys Te:itaouy , Roddoudn , Khalyl, Souleymdri , Selym , Othmdn , -^gyb , Zou~l-fyqar , Moustafd^ Lattyf, Ahd-érrahrndn , Mourad , Ihrahyrn, et le fidèle Cheykh êl-Mohdy, qui avait déjà, en plus d'une circonstance, montre son dévouement et sa reconnaissance pour son protecteur.

• La Montagne-Rouge, au nord-Cit du Kairr. T. II. 5

DO A'OTicr iMor.n APin<;)UE

Aly-Bey quitta ainsi une troisième fois l'Egypte dans la nuit du 9 du mois de Moliarrem de l'an 11 86 de l'hëgire, correspondant au 12 avril 1772 de l'ère chrétienne. Le peu de troupes qui l'accompagnèrent ne montait pas à six mille combattans ; son trésor contenait à peine 800,000 sequins zei'^mnhhouhs forts ', c'està-dire environ six millions de notre monnaie; ses bijoux et effets précieux pouvaient avoir une valeur quadruple.

On marcha jour et nuit; mais en arrivant, trois jours après, à Khân-Younès, on s'aperçut que cinq des vingt-cinq chameaux qui portaient le trésor , avaient été détournés et pris par les Arabes, et que quelques corps de troupes avaient déserté avec Youssouf- Kliazindar ', dans cette

• Le scrjuin zci-nialihoub duKaircest unonudinaio d'or (|iii vaut 180 in('(liii>, on G f. /, 5 icrit. ;le zer-mahôouh forK ou do (ioiislaiiliiKiple, Naiit 900 iurdins, ou 7 fr. 20 cent.

' Khazmdar ou Khaznadaryiç,^?^' Trrsoric.r.

SUR Li: CHEYKH ^L-MOnDY. Si

retraite nocturne et précipitée. Le lendemain on entra dans Ghazzah, asile ])eu sûr, et dévoue à Ahou-dahah : sans s'y arrêter, on arriva en huit jours à Akkah, où /Jly-Bey fut accueilli avec toute l'amitié d'un allié fidèle. Mais les coups imprévus des infortunes qui avaient assailli et accablé ce malheureux prince , avaient altéré sa santé, et il n'arriva à Akkah que dangereusement malade.

Cependant une escadre des Russes parut devant Acre; ils apprirent les désastres iXy4fy-Bey , et de nouvelles négociations se renouèrent. Elles furent conduites d'abord par Zou-l-^jqar-Bey ; mais il mourut avant d'avoir terminé sa mission, qui fut alors confiée à Souleynidii-Bey et à son ami et protégé le Cheykh êl-Mohdy. Cette négociation ne fut pas infructueuse : de l'artillerie, des munitions, furent données par les Russes , et un corps de 3,ooo

Albanais, qui était au service de la Russie, fut mis à la disposition A\^ly~Dey.

Ce renfort et la jonction des troupes du Cheykh Z)riAe/' permirent à Aly-Beyàe rentrer en campagne. Toujours retenu à Acre par sa maladie, il envoya, trois mois di^Tes^Aly-Bey-él^yTentaouy, dont la fidélité n'avait pu être ébranlée, reprendre Sour ' , Saydalî , et plusieurs autres villes importantes du littoral de la Syrie , qu'avaient réoccupées des gouverneurs ottomans , après l'évacuation des garnisons à' y^bou-dahab.

Bientôt il se mit lui - même en marche avec toutes ses troupes, et attaqua Yaffâ, qu'il prit après cinq mois de siège, pendant la durée duquel la ville de Ghazzah avait été emportée d'assaut ; et celle de Ramléh, ainsi que Louddah, s'étaient volontairement soumises.

' J/ancicniie lyr.

Yaffâ fut remise en la possession du Cheykh Ddher. Hassan - Bey fut chargé de commander à Louddah, et Selym-Bey fut nommé gouverneur de Ramléh.

Le C| du mois de Dou-1-hagéh de l'an I ï86 de l'hégire ', correspondant au 3 mars de l'an 1778 de l'ère chrétienne, Aly-Bey reçut, à Yaffâ, des envoyés qui lui étaient adressés par les janissaires, les autres Ogâqs 2, et les principaux habitans du Kaire : ils lui déclarèrent que la ville, fatiguée du gouvernement vexatoire et spoliateur de Mohammed- Bey - Ahoib-dahah, était prête à rouvrir ses portes à son ancien souverain , et à s'armer pour lui , si Ahou - daliab tentait de résister aux vœux universels.

A ce message, Aly-Bey sentit renaître

' Cette année a commencé le 4 avril de l'an 1772 de l'ère chrétienne. Dou-l-hagéh est le 12'" mois del'année musulmane.

' Voyez la XIIl^ note supplémentaire, dans le troisième volume.

54 IXOTICR inOGnAPHIQUK

toutes ses espérances : ii quitta aussitôt Yaffà et se mit eu route pour le Kaire.

Les troupes qui étaient alors auprès {^ Aly-Dey ne formaient qu'environ deux mille cinq cents hommes , sous les ordres des ]3eys Teiitaouy , Khalyl , Moustafd y Hassan y Selyni, Souleyniiin , Lattyf, Mourad^ et Ahd-crrahmdn ; mais il retira, pour se renforcer, les garnisons qu'il avait placées à Louddah et à Ramlëli, et réunit autour de lui les troupes du Cheykh DdlL'Ji\ de son fils aîné le Clieylvh Tchelehy ^ de son gendre le Cheykli Ker^nii^ et de Hassan^ Clieykii de Sour; il avait aussi acheté les services d'un corps de trois mille cinq cents Moghrebins : le tout formait environ huit mille combattans.

Le II Molîàrrem de l'an 1187 de l'hégire ' , répondant au 4 avril de l'an

' CcUeaiiiicfa(o:nniincc'lc 2 > mais de l'.ifi i 778 de ici e t liréticnnc. Moliariein est le i" iiiuih dob iiiuMi!m;ins.

SUR LE CHEYKfl ÉL-MOHDY. 55

l'Jjo de l'ère chrétienne, la petite armée arriva à Khân-Younès, et le i6 Moharrem ( 9 avril ) auprès de Salahyéh : deux jours après, Aly-Bej y fut attaqué par l'avant- <^arde des troupes à! Ah ou - dahab , forte de près de 12,000 soldats. Après un combat de quatre heures , Aly-Bej^ malgré l'infériorité de ses forces , battit l'ennemi, et lui tua un grand nombre d'hommes.

Cette première victoire lui fît ouvrir les portes de Salahyéh. Mais il apprit bientôt qu'il ne devait plus compter sur les partisans qu'il avait espérés dans le Kaire. A boa - dahab avait harangué les Ogâqs, leur avait dépeint Aly-Bey comme ayant apostasie la foi musulmane , par son alliance avec les Russes et d'autres Etats chrétiens. Le fanatisme, et quelques distributions d'argent faites à propos, avaient changé les disjiositions des Ogàqs, qui

56 NOTICI. l'.IOr.nAPIIlQUE

s'étaient d'abord déclares en sa faveur; les seuls janissaires avaient refusé constamment de s'armer contre yJly-Bey.

Rassure sur les intentions du Kaire, et ne craignant plus d'y laisser derrière lui des ennemis dangereux , Ahou-dahah en était parti lui - même pour attaquer en personne son rival.

Le chagrin qu'éprouva Aly-Bey à cette cruelle nouvelle, les fatigues et les chaleurs excessives qu'il avait supportées entraversant une partie du désert, lui causaient une fièvre violente , et il était hors d'état de se montrer à cheval à la tête de ses troupes, quand, le mardi 10 du mois de Moharrem ( 1 3 avril ), l'armée entière ai Abou-dahab fut en présence.

L'armée i^Aly - Bey , bien inférieure en nombre, n'hésita cependant pas à se ranger en bataille pour recevoir le combat. liCS deux ailes commandées ,

SUR LF CnF.YKlI i^L-MOHDY. Sj

l'une par Tentaouy et les autres Beys, l'autre par le fils et le gendre du Clieykh Ddher, eurent d'abord un succès qui pouvait devenir décisif; mais les perfides Moghrebins passèrent du côte' à'Aboudahab. Alors le désordre se mit parmi les corps ai Alj-Bey déjà presque vainqueurs; bientôt la déroute fut complète.

Tentaouy et le Cheykh Tcheleby furent tués ; le Cheykh Kerym et le Cheykh Hassan échappèrent avec Roddoudn-Bey au massacre du champ de bataille , et accoururent au camp ^Aly - Bey lui annoncer ce terrible désastre, le suppliant de monter à cheval avec eux , et de fuir vers Ghazzah , oii le Cheykh Ddher était resté avec quelques troupes.

Aly-Bey se montra inflexible à leur prière ; assis à la porte de sa tente , il déclara fermement qu'il y resterait, préférant à la fuite, la mort la plus certaine;

58 NOriCK LIOGRAPlIIQUr

j)uis il orcloiiiia impérieusement à tous ceux qui voudraient sauver leur vie , de prendre la fuite avant l'arrivée de l'ennemi, et de l'abandonner seul ta son sort. Ses partisans se virent forces de lui obéir, et s'élancèrent sur la route de Kliân-Younès; ils en partirent en toute hâte pour Ghazzah, où ils trouvèrent le Cheykii Dâher^ que l'annonce de la perte de son tils aîné plongea dans le désespoir.

Les seuls qui échappèrent à cette malheureuse journée furent les Cheykhs A>rym et Hassan , les beys ylbd-crraknidn , lioddoudn , Moiirad, Ihrahym et Souleynidn^ le Cheykh èl-Mohdy, et à peine trois cents Mamlouks. Ils ne tardèrent pas à ap- ])rendre les détails des derniers momens de la vie ^Aly-Bey^ qui avait enfin succombé a cette dernière infortune.

Peu d'heures après cjue ce prince , digne d'un meilleur sort , hur eut fait ses

SUR LE CHTîYKH KL-MOHDY. Sq

derniers adieux, cinquante hommes, ayant h leur tête leKikhyâou lieutenant d'^Z>o?/dahab^ s'étaient pre'cipitës à l'entrée de la tente où s'était retire Aly-Bey.

Les dix Mamlouks , qui étaient restés seuls auprès de leur maitre , avaient été à Tinstant massacrés. Aly-Bey , faible et malade, avait cependant saisi son cimeterre; d'un seul coup il avait tué le premier des assaillans et blessé, deux autres d'entre eux ; les autres , n'osant l'approcher, déchargèrent sur lui leurs pistolets , et le blessèrent à son^tour grièvement au bras droit et à la cuisse.

Il combattait encore vaillamment; et tirant son pistolet de la main gauche , il abattit le Rikhyâ lui-même ; enfin , atteint encore au bras gauche, renversé à terre par plusieurs autres blessures, baigné dans son sang, mutilé, déchiré à coups de sabres et de yataghans, résistant toujours,

6o WOTICE BIOGRAPHIQUE

mais accable par le nombre, il fut saisi vivant et porté aux pieds iYAboii - dahah.

Celui-ci le fit conduire au Kaire,oiii quelques jours après le malheureux ^/j- Bey avait cessé d'exister.

L'opinion publique accusa alors, peutêtre sans injustice, Mohammed' Aboudahah y d'avoir fait empoisonner l'appareil appliqué aux blessures du malheureux prisonnier.

La mort ô^Aly-Bey sembla cependant exciter dans le cœur de l'ingrat Ahoudahah quelques remords et une apparence de repentir ; du moins il lit donner au bienfaiteur qu'il avait si indignement trahi, une sépulture honorable au Kaire, et il ne permit pas que sa tête fût portée, comme un hideux trophée, à Constantinople, ainsi que le prescrivaient- les ordres du Divan impérial.

Moarad-Bey et Ibrahyni-Bey s'étaient

Sun LE CUEYKU ÈL-3]0IID\. C) l

empresses de se soumettre et de se réunir au vainqueur; on accusa même, non sans vraisemblance , leur défection de s'être déclarée au milieu même du combat. Quoi qu'il en soit, leur exemple ne trouva pas d'imitateurs dans les autres Mamlouks, qui restèrent fidèles à la mémoire de leur maître.

Ces misérables restes du parti d'^fy- Bey^ fugitifs et proscrits, espéraient eu vain trouver quelque tranquillité dans l'asyle où les avait reçus le Cheykh Ddher à Akkah. Abou-dahah vint les y poursuivre. Il s'était fait proclamer CheyJxh él-heled au Kaire; et quelque temps après, laissant en Egypte pour son Qaym-ma~ qdr.i ' , Ibrahpii-Bey\ devenu son favori, il entra en Syrie.

Kkàn-Younès, Ghazzah, Ramléh et plusieurs autres villes lui offrirent peu dt^ résistance. Yaffâ, commandée par le

' Voyez la note paye l^'aj du premier volume.

02 NOTICE inOGRVPIIIQUE

Cheykii Keryni^ gendre de Ddhei\ avait tente de se défendre; mais cette ville malheureuse fut prise d'assaut, livrée au pillage, et la plus grande partie des habitans fut impitoyablement massacrée, sans distinction i^ko^'^ ni de sexe. A cette nouvelle, le Cheykh Ddher, voulant éviter à Akkah un sort semblable , quitta la ville avec sa famille et les réfugiés égyptiens.

AhoiL-daliah trouvant Akkah sans défense la pilla, ainsi que plusieurs autres villes de la Palestine, où il répandit la terreur par des exécutions sanglantes. Mais ici la main de la destinée avait marqué le terme de son usurpation criminelle. 11 s'apprêtait à revenir en Egypte , chargé d'un butin immense, lorsqu'un matin on le trouva mort dans sa tente. L'armée égyptienne , sous la conduite de Mourad- Bey ^ emporta le corps ô! Àhou-dahab,

SI R TE CriFYKH KL-I^IOHOY. 65

qui fut place dans un tombeau peu éloigne de celui ^Aly-Bey.

Ainsi , en moins de deux ans , la même terre recouvrit le parricide et sa victime , le vil et criminel Ahou-dahab ^ et ce noble Aly-Bey\, auquel la mémoire reconnaissante des habitans de l'Egypte a décerne à juste titre le surnom diél-Kébiriie Grand).

Malgré les prétentions ^Ihrahym et de Mourad^ Ismayl - Bey succéda à Ahoudaliah dans les fonctions de Cheykh élheled: ce bey était avec eux le seul qui restât de la maison àilhrahyin Kikliyd ; et comme eux il était de la création ôiAly-Bey. La crainte seule lui avait fait embrasser le parti àiAhoih - dahab ; son cœur avait toujours conservé un attachement secret j)our Aly-Bey son ancien maître, et sorti de la même maison que lui. Il n'imita pas Ahoa-dahab dans sa fureur à poursuivre les restes infortunés de ce parti qui avait

64 NOTICF. niOr.RAPJIIQUF.

etë le si cil. l^es proscrits furent donc rappelés par lui de la Syrie, et rétablis dans les honneurs et dans les dignités qu'ils avaient possèdes sous Alj-Bey.

Le Cheykh él-Mohdy reprit alors ses fonctions de Secrëtairc-genëral du Divan , et il ne tarda pas à mériter toute la coni lance à' Ismayl-Bey.

Après le renversement de celui-ci , lorsque Mourad~Bey et Tbrahyni-Bey ', commencèrent à se disputer la suprême puissance , le Cheykh êl-Moiidv sut conserver son indépendance entre les deux partis, et se ménager en même temps l'estime et la considération des deux rivaux. Toujours prêts à se réunir contre leurs ennemis communs, ils étaient aussi toujours impatiens de s'attaquer l'un rautre,dès que ces ces ennemis^étaient abattus ; et souvent son

-' Voyo/. dans l.t \' vii^nctle, le-; .scr;iu\ de i\l oiiiad-lk-y ri il'Ibralivin-Hrv.

SUR LK CHEYKH ÈL-MOIIDY. 6,1

influence devint entre eux rintermëdiaire de ces réconciliations réitérées, dans lesquelles ils se juraient mutuellement une union et un bon accord, dont les promesses ne tardaient pas à être enfreintes par leur haine cachée, leur ambition indomptable, et leur jalousie toujours renaissante.

Un état de désordre , de trouble et de guerre civile, était le résultat nécessaire de ce choc des partis se heurtant sans cesse, de cette lutte continuelle entre deux puissans rivaux , l'un fougueux et indomptable, l'autre infatigable et opiniâtre; soit vainqueurs, soit vaincus, prenant presque toujours le Kaire pour leur champ de bataille ; tantôt maîtres de cette ville et de la puissance; tantôt fuyant dans le Sayd , et s'y préparant à de nouvelles attaques.

On sait comment nos victoires vinrent terminer cette lutte perpétuelle, et mettre

GG NOTICi: riOMlAPHIQTIE

enfin d'accoicl ces deux ennemis irréconciliables, en leur enlevant à tous deux le prix qu'ils se disputaient; ou plutôt en chassant l'un au-delà du désert en Syrie, et poussant l'autre, sans trêve ni relâche, jusque aux dernières cataractes de la Nubie, et les tenant désormais à une distance réciproque qui leur ôtait toute possibilité de se nuire.

Au milieu de ces vicissitudes multipliées , le Cheykh él-Moudy , malgré toute sa prudence et la considération dont il jouissait dans l'un et l'autre parti , dut souvent être froissé par les événemens ; et lorsque l'arrivée triomphante de notre armée au Kaire ' sembla promettre à l'Egypte un état plus stable et plus tranquille, il n'est pas étonnant qu'il se soit

' Le /, ihennidor .m VI./'/ juillet 1798, correspondant nu H Jii mois de Safar de l'an 121^ do l'iircire.

jeté dans le parti des Français. Il embrassa ce parti franchement , sans aucune des arrière - pensées d'une politique perfide , et concourut de tous ses moyens à l'établissement de l'ordre public et d'une harmonie parfaite entre les conquérans et les peuples conquis.

J'ai déjà dit dans l'Avis préliminaire du premier volume de ce recueil , que pendant ces dissentions des Beys et ces révolutions du pouvoir, le Cheykh êl-Mohdy avait été conservé dans ses fonctions de Secrétaire-général du Divan. 11 fut un des principaux de la ville qui, à notre arrivée, dissuadèrent les habitans de toute résistance, et qui vinrent au devant du Général en chef avec des paroles de paix et de soumission. Je n'ai plus qu'à entretenir le lecteur de ses relations avec les Français pendant les années de l'expédition.

Son zèle et son dévouement, aussi ])ro-

C)Si NOTICF niOGll.VlMIlQlTK

iîtables aux Français qu'aux Egyptiens, furent apprécies. Aussitôt a])rès la prise de possession du Kaire, le General en cli ef sentit le besoin de remplacer l'ancien Divan général du gouvernement qu'il venait de dissoudre. Par son ordre, des députés de toutes les provinces de l'Egypte s'étaient réunis au Kaire aux membres de l'ancien Divan qui y étaient restés , et avaient reçu le titre de Dywâa él-ainoumy ( Divan général ). Le Cheykh Ahd-nllah êl- Cherqaouy en fut nommé président '. Le Cheykh êl-Mohdy y fut conservé comme Secrétaire-général \ Monge et Berthollet , membres de l'Institut national et de l'Institut d'Eg)pte, y remplissaient les fonc-

' Reys-el-Dywân. Aboyez dans la XI* vignette Je cachet du Chcykli C-l- Cherqaouy.

' Kôicni-sttr oiL-Bdch~lidtch ; mol .i mot : " conserva- 1) leur des secrets etc'criv.un en chef.» A'oyez la vignette XI*", renfermant les signatures autographes et le cachet du Dievkli Ki.-M<)ni»v.

M« — SUSHiili^ViLlS ^^ (Slli(£]QmS«

(A±X dvjJI CS^if»^

A. B. C. Stgnotures îiu €l)cj»hl) fl-iHcliî'?-

D. (Eacl)ft bu djeçkl) cl-^ol)î)j).

E. Cofljft bu €l)epkl) èl-Cl)trqooup, ptéstbmt bu IDioan.

F. Signature otûbe bu 6fnftal ^enou.

SUR LE CHEYKH JÊL-MOHDY. 69

tions de commissaires français. La première séance fut ouverte le dimanche 26 du mois de Raby êl-tâny de l'an t2i3 de l'hëgire', correspondant au i6 vendémiaire an VII ( 7 octobre 1798).

D'après le même ordre , le Divan général nomma dans son sein un comité particulier, qui prit le titre de Petit Divan ^ et qui, toujours en permanence, fut plus spécialement chargé de l'administration.

Les membres du Petit Divan étaient, outre le président et le secrétaire -général déjà nommés , les neuf Gheykhs suivans, qui occupaient le plus haut rang dans la considération publique :

Seyd Khalyl el-Bekry ;

Moustafd êl-Saouy ;

Souleymân êl-Fayoumy ; ' Seyd Moustafd êl-Damanhoury ;

' Cette année a commencé le i5 juin de l'an i79t> de l'ère chrétienne.

70 NOTICE BIOGRAPIllQrE

Moussa êl-Sersï ;

A/o/ianiTjied èL'Emyr ;

Ahmed el-Arychy ;

Ihrahym el-Ginneyny ;

Ahd-él~Hakwi êl-Sadat.

Je ne crois pas inutile de placer ici une courte observation sur la nomination de cette corporation exerçant des fonctions administratives et, en quelques cas, judiciaires.

Le Divan recevait du General en chef les ordres qui étaient relatifs aux habitans, et il en assurait l'exécution : c'était ainsi un corps intermédiaire entre nous et le peuple d'Egypte; combinaison d'autant plus heureuse pour le gouvernement français, que ce peuple, habitué depuis long - temps à recevoir son impulsion du Divan, continuait ainsi de lui obéir aveuglément et sans examen, sans s'inquiéter surtout si cette impulsion était directe ou

SUR LE CIIEYKII KL-MORDY. 7I

donnée de plus haut; si des beys et un pacha avaient transmis ces ordres rendus exécutoires par le Divan, ou s'ils étaient émanes de ces vainqueurs étrangers qu'il avait déjà appris à craindre, mais qu'il n'avait pas encore eu le temps de connaître et d'aimer. D'ailleurs, l'amour des peuples de l'Egypte a rarement été acquis à leurs dominateurs; et, pour ne pas être réputé tyrannique, il suffisait que leur commandement s'exerçât suivant les formes reçues.

Déjà, avant d'avoir été organisés en Divan général , les principaux Cheykhs qui en devinrent les membres , avaient eu occasion de manifester leurs sentimens d'attachement et de dévouement aux Français.

Ces sentimens se trouvent consignés dans la lettre qui fut adressée , sous la date du 20 du mois de Raby êl-âouel de

^2 NOTK.i: inOGKAPHIQrE

l'an I2i3 de l'hégire 'vpar les cheykhs et les notables de la ville du Kaire au Chérif souverain de la Mekke , Ahd-cl-Qddir Ghâleh =, pour lui rendre compte des événemens relatifs à la caravane sacrée du pèlerinac^e.

Chaque année,des fêtes religieuses accompagnent le départ de cette caravane ; elle se met en route sous la conduite d'un chef militaire qui prend le titre LÏÉniyrél^IIag.

Cette fonction était autrefois toujours remplie par celui des beys qui était le second en puissance et en influence politique: il en conservait le titre, et, en cette qualité, n'avait au-dessus de lui que le Cheykh él-beled dont, on n'ignore pas que l'autorité était souveraine sous la suzeraineté de la Porte ottomane.

.' i"^ seplcmbre 1798, i5 fructidor an VI. * Ces nomb et surnoms signifient mot à mot le syvileur du Tout-Puissant , Victorieux.

£LU LE ClIKYKIl KL-MODII Y. n^

La caravane qui était partie avant notre arrive'e en Egypte, fit son retour dans les premiers jours de l'expédition. Abandonnée de son Emyr él-Hag^ Salèh-Bey qui, s'ëtant retiré à Jérusalem , y mourut empoisonné quelque temps après, elle devint la proie des Arabes bédouins et fut pillée et dispersée; mais elle trouva auprès des Français un asyle et une protection compatissante.

La place ô^Émyr êl-Hag se trouvait ainsi vacante par l'émigration du bey qui en était revêtu : elle fut donnée à Moustafd-Kyahyd ' , ou lieutenant du Pacha , qui n'avait pas suivi son maître dans sa retraite en Syrie.

Le i5 fructidor an VI ( i" septembre 1798 ) % le général en chef lui conféra so-

' Le titre de Kyahyd est le même que celui de Kihhyâ. ' Correspondant au 20 du mois de Raby él-âouel de l'an 1 ai 3 de l'hégire.

"^4 .NOTlCt BIOGllAPlIiyiJE

lennellement cette dignité, en le revêtant d'une magnifique pelisse verte , en présence de tout le Divan, des Cheyklis et des autres notabilités de la ville. Le nouvel Eniyr él-Hag reçut en même temps plusieurs riches présens, entr'autres des châles précieux, des diamans, et un clieval superbement harnaché.

C'est pour faire part au Chéryf du désastre de la caravane , des soins qu'avait pris, afin de le réparer , le Général en chef, et des événemens qui l'avaient précédé, que les Cheykhs et notables du Kaire adressèrent au souverain de la Mekke la lettre suivante que j'ai ci - dessus annoncée , et qui paraîtra sans doute d'autant plus précieuse comme pièce officielle, qu'elle fut rédigée par le Cheykh êl-Mohdy '', et que sa rédaction servira à nous le faire connaître.

' J'en possède la copie originale autographe.

SUR LE CHKYKll ÉL-MOHDY. y 5

Au NOM DE Dieu

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