‹ Contes du cheykh êl-MohdyChapitre 11 sur 42 · II · texte numérisé non relu

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tristes restes dont nous étions entourés , et je coinmpncîns à cr.iindre que nous fussions forcés de prendre ce repos si nécessaire s(n' le lit de mort dont nous ne pouvions sorlir.

Tout-à-coup une vive lumière, sortant d'un des monceaux de corps mutilés ij;isans svu* la terre, vint scintiller à ma vue. .Te m'approchai avec célérité de l'endroit ou ses rayons me guidaient d'une manière certaine ; la main d'un des corps ensevelis sous les autres cadavres sortait du monticule funéraire : c'est de cette main que parlait ce(te lumière qui m'avait attiré. Je me baissai en y portant vivement la main moi-même : je louchai l'objet lumineux; ô merveille ! je tenais mon escarboucle si rejj'rettée.

Arrachant aussitôt la bague du csîdavre , je repris possession de mon bien, el je me préparais à profiler de sa lumière pour me diriger dans ma route hors de ce champ hideux de la destruction humaine, lorsque quelques faibles gémisseraens frappèrent mon oreille et m'arrêtèrent.

Je ne perdis pas un instant pour découvrir quel était le malheureux auquel mes secours pouvaient élre utiles. Je me convainquis bientôt que cet objet de ma commisération était

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])récisément le détenteur de la bague que je venais de reconquérir.

La violence avec laquelle j'avais tire ma chère bague du doigt du mort avait dérangé et fait crouler quelques-uns des cadavres sous lesquels il était affaissé : ce mouvement lui avait rendu quelque facilité pour respirer , et avait réveillé, par la secousse de cet ébranlement, les dernières étincelles du feu vital près de s'éteindre dans toutes les fibres de ses organes.

J'achevai de le débarrasser du fardeau glacé sous lequel il était enseveli; je l'agitai avec force en plein air, je le frottais rudement, tandis que Zonirouk , partageant mon acte charitable, essayait de le réchauffer de son haleine.

Nos soins furent couronnés du succès : sa respiration devint plus libre , un profond soupir sembla dégager sa poitrine du poids intérieur qui l'oppressait, ses membres perdirent leur raideur cadavéreuse, ses yeux s'enlr'ouvrirent un instant et se refermèrent aussitôt , probablement blessés par la vive clarté de l'rscarboucle que je dirigeais sur lui.

J'avais vu que le guerrier moribond était jeune et annonçait une constitution vigoureuse , je n'hésitai pas à lui ouvrir la veine avec la pointe acérée de mon poignard. Le sang qui

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d'abord avail refusé de s'échapper, et (jui semblait comme caillé dans ses canaux, s'élança bientôt en un jet rapide, et je pus me promettre la guérison entière de celui que je venais de ressusciter.

Le sang recommença en même temps à couler de ses nombreuses blessures. Je venais de bander l'ouverture de la saignée salutaire , de couvrir les plaies saignantes d'un appareil con- A'enable formé du voile de Zomrouk que je déchirai , lorsqu'il fit un mouvement plus prononcé : il rouvrit les yeux alors, et reprit enfin complètement l'usage de tous ses sens. il

Il me remercia de mes soins, et me pria de le transporter, s'il était possible , à Rosta/c dont n'était pas éloigné le champ de bataille. Alors je le soulevai avec précaution et le plaçai sur mes épaules. Il se chargea de m'indiquer luimême la route qui lui était bien connue, et l'escarboucle nous prêla le secours de sa lumière contre les difficultés du terrain.

Malgré le poids dont j'étais chargé nous ne tardâmes pas à arriver au but de notre voyage, et notre marche s'exécuta sans aucun accident. Rostak était une belle ville , capitale du royaume de Maskate , et j'appris ainsi qu'après avoir traversé la mer de Perse (le golfe

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Persique) dans toiile sa longueur, j'avais enlin clé jeté sur les cotes d^Ormin, dans le pays de Wemen. Lorsque nous fûmes arrivés aux portes de la ville, on hésitait à nous y recevoir; mais mon malade se fit bientôt reconnaître des i,'ardiens , les portes s'ouvrirent à l'instant, et je reconnus avec étonnement que le sort bizarre , enchaînant pour moi des combinaisons extraordinaires , après m'avoir rendu par occasion médecin d'un pacha turk , venait de faire de moi , par un nouvel hasard , le médecin d'un roi arabe.

Mon malade , en effet , était le roi de Maskate lui-même, le jeune Soultan-Seyf, éhn- Soultdn.

Le prince fut transporté dans son palais où je le suivis accompagné de Zomrouk.

Nous traversâmes, pour nous y rendre, la ville presque entière, entourés d'une foule empressée et émerveillée de voir reparaître, comme par un miracle, parmi les vivans, le prince que chacun d'eux avait vu tomber sous des coups mortels , et qu'ils avaient regardé comme enlevé pour toujours à ses sujets et à son trône.

J'appris alors qu'une sanglante bataille avait eu heu non loin des murs de la capitale : la fai-

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ble armée «lu roi de Maskate avait élé taillée en pièces , et les vainqueurs étaient encore les soldats de ce même Nadir-Chdli , au fer duquel j'avais si heureusement échappé dans les remparts de Baj^didàd , et que j'étais condamné à retrouver une seconde fois menaçant de nouveau ma tête.

Quelques années avant cette époque, les armiées du conquérant persan s'étaient répandues sur toutes les côtes de l'Arabie, comme un torrent à l'invasion duquel nul effort ne j)OUvait opposer d'obstacles. Le roi de Maskate, Soultdn-Seyf éhn-Soultdn ^ voyant bien que toute tentative de défense serait impuisante, avait cru devoir abjurer une résistance inutile et céder à l'orage : il s'était reconnu tributaire du redoutable sultan de Perse , et à ce prix il avait obtenu la conservation de son trône et de la vie de ses sujets.

Soumis ainsi malgré lui à la domination étrangère, Soultdn-Scyf'ç^^2i\\. avec exactitude, mais non sans ressentiment et sans répugnance , les tributs qu'il s'était engagé de mettre aux pieds de ce maîlie que le sort lui avait imposé ; mais la honte de l'asservissement, la vengeance ulcérée, l'indignation de sa propre faiblesse, la certitude de mériter le mépiis , Ions ces senti-

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mens pénibles, lous ces levains de haine fermentaient au fond de son coem^, et y amoncelaient de sombres tempêtes, dont l'orage grondait déjà sourdement, et n'attendait pour éclater qu'une occasion favorable.

Cette occasion parut se présenter avec toutes les chances de succès, lorsque Soultdn-Seyf apprit la déroute des troupes persanes sous les murs de Baghdàd : un ennemi , bien plus rapproché que lui du terrible usurpateur de la Perse , osait le braver et lui porter des coups certains : non loin de la capitale de l'empire , il paraissait suffisamment fort pour attaquer jusque dans le cœur de ses Etals l'heureux triomphateur, que la soumission générale avait salué des titres àHél-Mozzafev (l'invincible) et de Saheh-Qerdny (maître des destinées).

L'imprudent Soultdn-Seyf mv^ii aussitôt secoué le joug qu'il trouvait si pesant , et avait déclaré qu'il refusait désormais de reconnaître la suzeraineté de la Perse sur le royaume de Maskate.

Nadir, le superbe Nadir ^ déjà courroucé de l'échec qui avait humilié l'orgueil de ses armes devant les tours de Baghdàd , s'était livré à tous les transports de la fureur et de la vengeance en ap|)renant la résolution du roi de

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Maskale , à laquelle il donnail les noms de trahison sacrilège et de criminelle révolte.

A peine la défection de Soulian-Sej;/ iiii-eWe proclamée, qu'il vit ses rivages inondés des flots d'une multitude armée lancée contre lui par ie terrible Nadir, aussi rapide dans les cliàlimens de sa colère que les traits enflammés de la foudre vengeresse.

Tout avait été dévasté, incendié, et le peu de troupes que Soultdn-Sej;/'a\a\\. pu opposer à ces envahisseurs avait été écrasé par leur nombre bien supérieur, et avait été moissonné par leurs cimeterres altérés de sang.

Le roi lui-mcme , après des prodiges de valeur cl les efforts d'une bravoure héroïque , sillonné de blessures profondes , était tombé enfin, au milieu de ses sujets immolés, quandson sangépuisé eut anéanti ses forces. C'est là que je l'avais trouvé. Je retrouvai aussi dans la ville mes fuyards, c'est-à-dire ceux que mon seul aspect et celui de la charmante Zomrouk avaient plus épouvantés encore que les flèches, les lances et les glaives ensanglantés des Persans victorieux.

Je m'informai des causes qui avaient pu leur donner ces accès vraiment incroyables d'une terreur panique et déraisonnable.

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Ils me racontèrent alors que (oui le territoire que comprennent les côtes d'Omcin et à^Aden était autrefois le domaine des puissantes tribus que formaient les fils du célèbre j4d. Ces peuplades , d'abord fidèles , s'étaient peu à peu corrompues, et en étaient venues à se révolter contre Dieu même et à méconnaître toutes les lois de la justice éternelle.

Dieu les avait sévèrement punis de leur rébellion et de leur ingratitude : il avait donné leurs possessions en héritage aux mauvais Génies : il avait envoyé pour exterminer les coupables , les Nesnds ^ monstres bizarres à figure humaine , mais qui joignaient à un visage de jeime homme ou de jeune fille, un corps difforme, moitié quadrupède, moitié poisson; dans leur structure singulière et effrayante, chacun d'eux n'avait qu'un œil , qu'une main , qu'un pied ; mais ces démons malfaisans n'en étaient pas moins puissans pour la destruction , et tout avait péri sous leurs cruels ravages, les villes (MOuabar et de Cliahar avaient été anéanties.

Depuis cette époque ancienne, d'autres peuples étaient venus se hasarder à habiter ces parages infestés. Ces peuples, dont les habitans du royaume de Maskate tiraient leur origine, n'a-

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valent vu reparaître que de temps en temps et à des intervalles éloignés les monstres dévastateurs : cependant on les apercevait quelquefois essayant sur les moissons des ravaj^es nouveaux; mais une chasse i^éncrale soutenue par des chiens hardis et vigoureux avajt plus d'une fois suffi pour les écarter.

Cherchant dans les rochers du rivage un asile contre la poursuite des Persans qu'ils croyaient faussement s'être attachés sur leurs pas, ils avaient vu le terrible élan du serpent monstrueux, ils nous avaient aperçus sortant à demi de la masse informe de l'outre, qu'ils avaient cru faire partie de notrp corps , et leur imagination, troublée par une terreur soudaine, leur avait représenté en nous les épouvantables Nesnds accourus des abîmes des mers pour achever leur perle et leur destruction.

Je leur racontai une partie de mes singulières aventures, pour bien les convaincre qu'il n'y avait rien de commun entre les Nesnds et moi : ils payèrent un tribut d'admiration à mon voyage d'une espèce véritablement unique, et, mes récits s'étant répandus dans la ville, l'enthousiasme public ne me désignait plus ainsi que la belle Zomrouk que par les noms àejils et àejille de la nier.

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Cependant les Persans, dont la ville avait redouté l'attaque, loin de tenter de s'en rendre maîtres, avaient abandonné la côte dHOmân après leur victoire , et étaient retournés en Perse , comme si leur mission n'eût été que de punir et non de soumettre, de ravager et non de conquérir, ou plutôt leur apparition passagère n'était que le premier signal et la menace d'une vengeance plus entière, qiie Nadù'- Chah avait arrêlé de v^nir recueillir lui-même dans un moment plus opportun pour ses vastes projets.

Quoi qu'il en soit , les maux causés par l'irruption passagère se calmèrent, les ravages se réparèrent , les craintes cessèrent , et il ne resta qu'un souvenir semblable à celui d'un météore malfaisant , mais dont l'apparition et la disparition sont presque simultanées.

Le roi de Maskate ne voulut recevoir d'autres soins que les miens : en moi seul était sa confiance. Je le guéris: mais, quand, il m'offrit les faveurs de sa cour, les récompenses de ses trésors , le titre éminent de Hak/m-Badif ', je refusai tout, ne réclamant de lui que la liberté de vivre dans la retraite et de m'y livrer de

' Médecin en chef, premier médicin du roi.

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nouveau à mes études solitaires : le séjour des cours, qui deux fois déjà m'avait été si fatal, n'avait rien qui pût me tenter et m'cngager à m'exposer^ 'derechef aux périls dont j'avais deux fois été la victime.

Je ne cachai pas au roi que l'cscarboucle qui l'avait si heureusement fiiit découvrir, et qui par là avait été la première cause de sa conservation miraculeuse, était ma propriété légitime. Je l'avais instruit de la manière dont elle m'avait été ravie par un esclave à la fois ingrat et voleur j il m'apprit à son tour que cet esclave luimême lui avait vendu ce bijou si précieux , que mon voleur était àMaskaleet qu'il faisait partie du corps de soldats kaffres et nègres spécialement chargés de la garde royale.

' Soultan-Sef/'a']Ou{îi qu'il remettait entre mes mains le sort de mon esclave , et qu'il me rendait maître de lui faire subir à ma volonté les plus cruels supplices.

Il fit aussitôt amener l'esclave devant moi et le fit remettre en mon pouvoir. Les ombres de la mort semblaient envelopper ce misérable, à mon aspect si imprévu, et il se tenait prosterné devant moi, s'allendant à subir une mort cruelle proportionnée à son crime.

Je lui reprochai ses crimes en peu de pa-

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rôles ; mais je m'accusai moi-même encore plus d'avoir pris sous ma protection et dans l'asile de ma propre maison un esclave , dont le premier maître, celui qui avait nourri son enfance, s'était vu obligé de châtier l'ingratitude. Après ces courts reproches, je pardonnai au coupable et le renvoyai libre contre toutes ses espérances.

La retraite que j'avais choisie à l'extrémité de la ville était simple , sans ornemens , mais commode , et suffisait à mes désirs modestes. J^y passais des jours heureux auprès de Zom~ rouk qui me prodiguait les mêmes témoignages d'attachement et de tendresse; et cependant Zomrouk n'était plus la même : son amour pour moi était déjà altéré par un changement presque imperceptible et peut-être encore ignoré d'elle-même.

Le roi de Maskate, le jeune Soultdn-Seyf^ était entièrement rétabli par mes soins. Il brillait de nouveau et de toute la magnificence de son rang royal et de tout l'éclat des dons dont la nature semblait s'être plue à combler sa jeunesse. Il était vaillant , fier, généreux, noble en ses manières ; mais aussi il était ardent, emporté , facile à s'enflammer : il cédait à toutes ses passions sans frein et sans mesure, et ses

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