QUATRIÈME AVENTURE
désirs avaient toujours dédaigné de connaître la modération et les obstacles.
Les attraits de la jolie Zornrouk avaient frappé sa vue, lorsque , en entrant dans son palais, ils avaient cessé d'être cachés par ce voile que dans mon empressement cliarilable j'avais déchiré en bandes pour l'appareil de ses blessures.
Soultnn-Seyf n'avait pu l'entrevoir qu'un instant; mais cet instant avait suffi malgré l'état déplorable dans lequel il était pour le rendre éperdument amoureux.
A sa convalescence, il avait trouvé tout simple et tout naturel de me déclaier l'ellët produit sur lui par les charmes de Zomrouk, et de me proposer de lui en céder la possession au prix que je fixerais moi-même.
J'avais répondu, sans ni'émouvoir, que Z.omrouk n'élait pas mcn esclave , et qu'elle ne m'appartenait que par les liens d'un attachement volontaire et mutuel : j'avais même cru devoir alors faire le récit des circonstances qui me l'avaient donnée pour compagne ; la conversation en resta là , et il m'était permis de croire que iSoM//«>2-iS'ej/'avaitéprouvéseuIement
la velléité d'un caprice passager, dont la flamme légère avait été aussitôt éteinte qu'alhnnée.
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Les événemens me firent bientôt comprendre combien mon erreur était grande.
Le roi de Maskate , dont j'avais obstinément refusé tous les dons , sembla contrarié de ma résistance opiniâtre aux faveurs de sa générosité ; il parut vouloir du moins satisfaire aux. scrupules de sa reconnaissance en envoyant quelques présens à Zomrouk.
Plusieurs de ces hommages de la gratitude royale étaient de peu de valeur, et n'avaient de prix que dans leur élégance ou leur rareté : leur envoi avait été paient, connu de moi, et, ne voulant pas faire une vaine parade d'un désintéressement dont l'orgueil du roi aurait pu se trouver blessé , j'avais permis à Zomrouk de les accepter ; mais d'autres dons plus considérables, des bijoux précieux, des parures riches et brillantes , des oruemens magnifiques avaient aussi été envoyés en secret et reçus par elle à mon insu.
Le hasard fit tomber entre mes mains un de ces envois mystérieux : je ne pus hésiter à croire qu'une intelligence perfide existait entre 7.omrouk séduile et l'amoureux Soulldn-SeyJ\ quand je vis la pièce de soie qui enveloppait celle offrande couverte de vers tracés artistement sur ce tissu en caractères d'or.
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Ces vers n'étaient autre chose qu'une ode erotique du célèbre poète Djcimy^ l'honneur de la littérature persane; mais le choix de l'ode elle-même , où élait dépeint Tamour du rossignol pour la rose à peine éclosc , ne pouvait me laisser obscure l'intention du prince , dans l'allusion qui en était laite au nom de Zonirouk (bouton de rose), quand môme ce nom ne s'y fût pas trouvé inséré. Ainsi sa vanité était attaquée à la fois par la séduction des parures , et par la magie plus séduisante encore de la flatteuse poésie.
Ces vers étaient les suivans :
AC ROSSICKOL.
OÙ vas-tu, devançant l'aurore?
Où voles-tu , rossignol amoureux ?
La nuit règne cucor dans les cieux,
Le soleil ne luit pas encore :
L'air sans vie est trop peu sonore Pour répéter tes chants mélodieux.
Rossignol , tu cherches la nosL , Tu lui promets un doux concert d'amour, niais ton amante attend le jour:
Vierge timide , à peiuo éciose , De son sein pudique elle n'ose Ouvrir pour toi le gracieux contour.
Vois là , sur sa tige , affaissée Par l'air pesant cl la vapeur des nuits,- Se» parfums sont évanouis :
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Sa tète tristement baissée Semble une reine délaissée Dont le veuvage est en proie aux ennuis.
Des pleurs de la rosée humide Crains de souiller ton plumage d'azur :
Crains encor, sous ce c'icl obscur,
Au sein d'un silence perfide,
Que Ion chant n'éveille et ne guide L'aigle cruel et le vautour impur.
Entends ma vois qui te convie , Suspends ton vol, fils aîné du printemps!
Tous les deux nous sommes amans.
Amans d'une belle fleurie :
Si par toi la rose est chérie , ZoMnocK captive et mon cœur et mes chants.
Viens la caresser de ton aile.
Viens avec moi la chanter tour à tour !
En changeant d'amante en ce jour,
Tu ne seras pas infidèle :
Si l'une est des fleurs la plus belle, Bouton de rose est la fleur de l'amour.
Mais , comme la rose empourprée , Quand sa lèvre offre un corail séducteur,
Qu'à ton bec ardent cette fleur
Demeure interdite et sacrée :
C'est à moi seul qu'est réservée De SCS baisers l'enivrante faveur.
Je ne pouvais plus douter de l'accueil favorable accordé par la trop légère Zomrouk a !a passion de SouLtcin-Seyf. Si j'avais été plus sage, je me serais bien gardé de croire qtje celle qui avait quitté si promptement les bras di yihmed-
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Pacha pour se jeter dans les miens , ne quitterail pas un jour aussi facilement mes embrassemcns pour ceux d'un autre, au gré d'un nouveau caprice. Notre liaison avait été rapide, imprévue, improvisée, et amenée forcément, plutôt par l'occasion et les événemens, que par ce doux entraînement de deux coeurs qui s'attirent et se réunissent sous l'inûuence irrésistible d'une sympathie croissante et d'une tendresse mutuelle.
Accoutumée au luxe éblouissant des palais du Pacha , la possession de mon coeur simple et dévoué ne suffisait pkis à l'ardente et vaniteuse Zomrouk, et la magnificence du harem royal put sans peine lui faire oublier le bonheur tranquille et modeste de ma médiocrité. Qu'était-ce en effet pour elle que l'obscur, l'inconnu Hamd- Allah ^ mis en comparaison avec le noble et généreux souverain A^Onidn , à! Aden et de Maskate? Mon réduit solitaire lui semblait aussi ténébreux, aussi intolérable que l'outre qui nous avait renfermés , lorsque son imagination fascinée lui faisait apparaître le tableau enchanteur des délices du palais, des fêtes et des pompes de la royauté.
Cependant , depuis quelque temps déjà ce changement aurait dû se révéler à ma prévi-
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sion : j'avais repris mes études favorites , je m'étais créé un nouveau iaboraloire , mon esprit rendu au calme avait recouvré toutes ses forces, et mes méditations avaient reconstruit pour moi l'édifice de la puissance.
Depuis plusieurs jours tous mes calculs de nombres magiques , mes observations d'astrologie , mes prophétiques combinaisons ne m'offraient que les vagues et obscurs présages de malheurs inconnus prêts à fondre sur ma tète.
Ignorant quel était l'ennemi qui pouvait ainsi me menacer de nouvelles infortunes, je m'étais préparé, à tout hasard, contre toute espèce d'attaque, et réunissant sur moi le renfort inexpugnable d'un arsenal complet de talismans et d'amulettes , j'attendais fermement le combat , armé suffisamment contre tous les coups du sort.
Mais aucun talisman , aucune amulette ne pouvait me rendre un cœur à demi-perdu pour moi ; une prompte fuite pouvait seule , en m'éloignant du perfide séducteur, soustraire Zomrouk à ses pièges , et me conserver sur elle la portion de mon empire qui ne m'était pas encore échappée. Mes préparatifs furent bientôt faits, et, sans témoigner à Zomrouk combien j'étais instruit sur ce qui la concernait , je lui