‹ Contes du cheykh êl-MohdyChapitre 21 sur 42 · DE L HISTOIRE OE NAKEH. Q^T · texte numérisé non relu

DE L HISTOIRE OE NAKEH. Q^T

ports nécessaires pour notre nouvelle opération financière.

Tandis que nous prenions ensemble quelques rafraîchissemens, mon imagination toujours ardente cherchait quel nouveau profit je pourrais retirer du retour inattendu du miraculeux Hamd-Allah.

Je réfléchis quelques instans ; enfin je me décidai à lui parler en ces termes :

« O mon frère ! frère de mon père ' , ô mon » digne bienfaiteur : vous voyez que les dons » de vos libéralités sont déjà presque épuisés. De » nouveaux dons vont leur succéder; mais ils » échapperont de même encore à mes mains : » un projet , que je crois dicté par la plus sage )) prévoyance , occupe mon esprit en ce mo- )) ment , et m'engage à vous adresser une nou- )) velle demande.

)) Une place stable et un gain fixe , toujours » se renouvelant d'une manière certaine, sont la )) faveur que je désirerais joindre à celle dont » vous m'avez déjà gratifié par la possession de » notre commun trésor. J'ose espérer que vo- » (re bonté , voire générosité inépuisable m'acy> corderont ce nouveau bienfait, qui n'est peut-

' Voyez ci-dessus, dans le premier volume de ce Recueil, la dernière note de la page 429.

27^ SL'ITK h.T FIN

» être pas au-delà des bornes de votre piiis- » sauce.

» — Non ! me répondit sur-le-champ îlamdy> Allah ^ ce que tu me demandes ne m'est pas » impossible; la circonstance est même favora- » ble ti tes désirs. Le khazmddv ' de Xodjaq y> des Enkycharyéli ' est mort hier soir , et la » place de ce principal officier des odjaqs est » encore vacante : on doit y réunir l'office du » Deflerddr ^ , hier aussi tombé en disgrâce. )) Parle! cette place, cumulant double titre et y> doubles émolumens, te convient-elle? Si je le » la fais obtenir, seras-tu content? Mais je te r> préviens que je mets à cette nouvelle faveur » la condition expresse que tu verseras entre )) mes mains la moitié de tes doubles bénéfices » pendant la première année. »

Je saisis vivement la main de Hamd- Allah ^ et la portai sur ma tête pour lui marcjuer, par ce geste de soumission et de dévouement, que, comme son esclave , j'étais prêt à exécuter toutes ses conditions, devenues pour moi les ordres d'un maître.

' Triksorier.

» Janissaires. Voyez à la fin de ce volume l;i \II1* r.ole suppléiueulaiie.

■* Chancelier.

nt: l'histoiri: or nakkr. 2^73

Je ne vous l'épéterai pas toutes les protestalions de reconnaissance que mes lèvres répandirent , comme un torrent débordé, aux pieds du bienfaisant Hamd- Allah.

Ma bouche n'avait pas encore teiminé cette vive et abondante effusion de ma gratitude , quand un officier du Kikhyci ' se fait introduire et dépose en mes mains un rouleau enveloppé de soie. Ce rouleau , dont je pris avidement lecture, c'était ma nomination aux doubles fonctions de Khazinddr et de Defterddv du noble odjdq dès janissaires.

J'étais stupéfait de la rapidité de mon succès, et ma langue ne trouvait pas d'expressions pour peindre à Hamd-Allah combien mon coeur sentait vivement les bienfaits dont il me comblait sans délai comme sans mesure.

Mais je fis aussitôt l'observation que, ma nomination m'imposant l'obligation indispensable de me rendre sur-le-champ auprès du divan de l'odjàq , il nous devenait impossible d'aller le soir même au tombeau de mon oncle, ainsi que lions l'avions projeté.

Ilamd-Allah *incony\ni facilement, etm'an-

' Lieutenant de l'Aghâ. Voacz \a note de la page ^\bc), premier volume de ce Recueil , et à la lin du présent volume la XIII*^ note supplémentaire.

T. iw. 18

nonca (ju on consé(|Uoncc il conseil tnil à remeUre son clcpai l an sui lendemain , quoique ce relartl pût êlrc préjudiciable à une alïaire pressée (jui aurait exii^é sa présence le leiidcmain inênie Jans une portion de l'Egypte assez éloignée.

« Eh! pourquoi, m'écriai-je aussitôt , pour- » quoi mon père, mon bienfaiteur, se {gênerai l- » il dans ses alFaires pour moi? Je me repro- » cherais bien amèrement d'avoir pu lui causer » le moindre relard , le moindre embarras , la » moindre contrariété : qui sait d'ailleurs si » mes nouvelles lonctions me laisseront dc- ^) main soir plus tlisponibic qu'aujourd'hui? » Que mon cher llamd- Allah ne s'arrête pas » pour moi , et ne change rien à ses premiers » projets! Qu'il parte demain malin, aujour- » d'hui même si ses affaires l'exigent ! J'irai y> seul au tombeau : j'en connais le chemin , et » je suis sûr de le retrouver facilement ; j'en ti- » rerai encore six coffres , et , dans un an , » quand mon cher Hanui- Allah reviendra , » pour recevoir ia moitié de mes émolumens , >) qui lui sera réservée en partage , nous comp- » lerons du tout ensemble.

» — Bien ! dit Hamd-Allah , je reviendrai » dans un an: mais en ce moment je n'ai pas

HB l'hISTOIRK nu MAKEH. ii'J S

» d'argent , et je ne puis parlir sans quelques y) sommes pour les dépenses de mon voyage. » Une cinquantaine de sequins me suffira : » donne - moi au moins celte sommé, et ac- » crois-la de ce que tu pourras y joindre sui- » vant l'état de ta bourse et ta générosité. »

Je donnai aussitôt à Hanul- Allah quaranteneuf sequins , prétendant n'en pas posséder <lavantage on ce moment, et il partit à l'inslant même en me répétant : a Dans un an je ') reviendrai poui- notre partage. »

L'année s'écoula, et mes émolumens, grâce à mon adresse , avaient été bien plus considérables que ceux de mes prédécesseurs ; de plus j'avais fait plusieurs voyages au tombeau ; les planchers de ma maison ployaient sous les trésors incalculables que j'y avais accumulés. Le tlernier jour de l'année Flarnd- Allait fut exact à se présenter auprès de moi.

« Eh bien ! me dit-il , me voilà : faisons vite » notre partage : je suis pressé de repartir.

» — Ah ! m'écriai-je, vous arrivez dans un mo • » ment bien peu opportun; l'Aghâdesjanissai- » res , qui m'honorait de sa bienveillance toute » particulière, est mort depuis deux jours. Les » intrigues s'agitent et se croisent de tous côtés » pour l'élection de son successeur ; on n'est

2'y6 SUnE F.T FIN

» jjas cncoie d'arcoid sur le choix de celui ([iii osera noiniue à relie liante fonction; si par >^ hasaid ce choix allail tomber snr un de ccnx *' {{ni ne me rciçaidenl qne (Vini œil envieux et >> malveillant , je risque for! (!(• voir mes comp- » tes annuels li((uidés avec une sévcrilé hien » injuste, el alors, mon bon Udind-AlUili ^ » au lieu (Favoir des i^ains à partager avec )) vous, je nie trouverai réellement en perte et » exposé à des avanies ruineuses.

» Croyez - moi , remettons nos comptes à » rannée prochaine : alors j'aurai (ui le temps » de capter la bienveillance du nouvel Af,dià.

^> Ah ! ajoutai-je , si j'avais le bonheur d'être » nommé un jour ,/glid moi-même , comme )) touti's mes inquiétudes seraient bientôt dissi- > pées ; je me rendrais à moi-même nies compr> tes de Khazindiiv et de Dejtcvddv : alors qui )) pourrait mettre des bornes à mes bénéfices, rt ou plutôt aux vôtres, mon cher Uan\d-All(d\^ » car vous les pai'taj,'erie/, avec moi !

» — N'est-ce que cela? me dit Uamd-AlUdi : •» eh bien! Ndket\ que me donneras-tu si lu » deviens aujourd'hui même Aghâ des janis- » saires?

» — O mon père ! » m'écriai-je transporté d'une joie délirante en apercevant la magni-

DE I/llI.STOIRF DE NAKER. •2'J'J

fiqiic carrière qui s'ouvrait devant moi ; k ô o mon père ' que vous donnerai-je? Tout , oui •) tout ce que vous pourrez me demander. » Faut-il vous promettre la totalité des sommes » que je percevrai dans mon nouveau grade? » Faut-il vous abandonner la possession en- » tière des trésors du tombeau de mon oncle? » Parlez , votre esclave atiend vos ordres !

» — Non ! me repondit Hamd- Allah ^ nous » continuerons de partager par moitié, et le » trésor du Qarafah , et chaque année tes nou- ^j veaux revenus. »

Il avait à peine fini de prononcer ces paroles , qu'un bruit sourd et un mélange de voix tumultueuses se firent entendre à la porte de mon salon : déjà les ofiiciers de Vodjdq étaient rangés autour de moi en cercle dans une attitude respectueuse , les bras croisés sur la poitrine : déjà j'étais proclamé Aghd des janissaires , du noble odjnq des Moustahfezzdn.

Je reçus les hommages de mes subordonnés, puis me tournant vers Hamd-Allah : « Je te » quitte, lui dis-je ; mon nouveau titre fait de » moi un des beys de l'Egypte , et me contraint » d'aller à l'instant même siéger au grand divan » du gouvernement ; mais nous nous revei- » rons. Nous ne pouvons parler aujourd'hui

2']78 Stnt ET FIN

■ décomptes; Dieu seul sait quelles sommes * vont me coûter mon inauguration el les dis- » trihulions d'ari;ent que je vais être oblige de » faire au peuple. Adieu ! dans un an la pari » qui te reviendra en sera plus belle et plus » considérable.

n — Dans un an je reviendrai, » me dit tranquillement Hamd-y4llah y el il me quitta aussitôt.

L'année fut bientôt terminée, et l'exact Hajnd-y^llah était de retour devant moi.

«' Tu semblés plus soucieux , me dit-il , que » le jour où tu me reçus pour la première fois , » dans ta pauvre maison , après notre rencon- » tre dans les ruines de Bablyoun ', Voyons, » faisons notre partage , j'ai haie de quitter de » nouveau l'Egypte.

D — Ah! m'écriai-je , j'ai réellement bien du » malheur : tu viens toujours précisément au » moment même où je me trouve dans les » plus grands embarras. Comment as-tu pu » arriver jusqu'à moi ; n'as-lu pas trouvé sur » ton passage la ville révoltée , la soldatesque » mutinée? Le sang coule par toute la ville : le » désordre, les excès, l'incendie étendent par-

' liabylonc il Egypte. Vomz ci-dessus pages .'■j »•( siilvanles de eu vohiuie.

DE l'histoire de naker. 279

» lout leurs ravaf^es. Les beys et moi ., leur «collègue, nous sommes en guerre ouverte » avec le Pachà.

» Il a osé modifier nos droits et nos pré- » tentions ; nous avons voulu le déposer et » nous avons demandé sa lête; mais lui-même » a fait tomber celle ï^ Ahoii-lahaq^ et bientôt » peut-être les nôtres rouleront à ses pieds. Il » s'est fortifié dans la haute citadelle , et s'y est » entouré d'une garde nombreuse : en vain » nous sommes maîtres de la citadelle basse et » de la Tour des janissaires ' : en vain nous o avons rassemblé autour de nous nos parti- •) sans ; des défections continuelles en dimi- » nuent chaque jour le nombre- Nous serons » bientôt seuls et sans défense contre la ven- » geance terrible du Pachà. Qu'il est heureux, » ce Pachà orgueilleux , tout lui réussit : ah ! » que ne suis-je à sa place !

» — Soit fait suivant tes désirs ! » me répondit tl anid- Allah ^ et j'entendis à peine ces paroles, car un fracas étrange retentit au même instant dans loutes les salles qui envu'onnaient celle où nous nous trouvions ; des cris , des clameurs sauvages et effrayantes se faisaient entendre de toutes parts : les portes s'ou-

' Bourdj cl-Knl>it kdiych .

vrirent avec violence ; une foule de soldais furieux , ivres de colère, couverts de poussière et de sang, se précipitèrent autour de moi

Je me crus à ma dernière heure ; j'avais reconnu les gardes du Pacliâ. Sans doute , ils avaient attaque notre quartier, et , victorieux, s'apprêtaient à me traîner devant leur maître. « O Dieu miséricordieux! » m'écriai-je en palissant et en proie à une frayeur mortelle. « O » Dieu ! . . . le Pacha ! . . .

» — Le Pachà ! c'est toi ! » me répondit celui qui paraissait le chef de cette soldatesque effrénée dont les flots désordonnés m'entouraient ; «le Pacha, nous l'avons massacré, voici sa » tète , et c'est toi, Ndker^ que nous avons élu » à sa place. » Et im cri soudain sortit de toutes les bouches et ébranla la coupole du salon : « Que le Dieu très-haut accorde un long règne » à son excellence V'\\\\xs\.rQNâkcr-Pach(t^\\z\r^ » gouverneur suprême , vice-roi du Raire , de » l'Egypte et de ses provinces !

» — Mon cher hôte, » dis-je en me tournant vers Uamd- Allah resté immobile au milieu de celte scène tumultueuse, « tu le vois, je n'ai » pas un instant à perdre pour rétablir l'ordre )i dans mes Etats : l'usurpateur de ma vice- » royauté est mort , mais tous ses partisans le

DE l'histoire de naker. 281

» sont-ils? Certes, tu ne voudrais pas que je » perdisse un temps précieux à régler un compte » que nous pouvons sans aucun inconvénient » remettre à des temps plus opportuns. Reviens » dans un an, mon cher Hamd-Allali ; ']e ']\.\ie >) qu'alors —

» — Il suffit ! répondit Hamd- Allah , je re- » viendrai ! » et déjà il s'était éloigné de ma vue.

Je me livrai aux soins de mon nouveau gouvernement , et surtout à recueillir les tributs énormes imposés à l'Egypte par mon prédécesseur, tributs que je me gardai bien d'alléger ou de diminuer de la moindre parcelle.

Je m'aperçus à peine que le temps volait rapidement pendant ces occupations multipliées ; mais l'année était déjà écoulée , et Hamd- Allah debout auprès de moi.

Je ne lui donnai pas le temps de m'adresser la parole. « Je suis , lui dis-je , en proie à une » bien vive inquiétude : on envie notre sort à » nous autres pauvres grands de la terre 5 ah ! » si l'on savait que d'épines poignantes sont ca- » chées sous la mollesse perfide des coussins de » soie sur lequels nos corps se reposent !...

» Depuis un an que je suis Pacha d'Egjpte , » élu par les troupes, reçu par les corps civils » et religieux du Kaire , je n'ai pas encore

" olitenii ma confirmation solennelle de la » Sublime- Porte Ottomane. Ah ! cher Hanid- •> Allah , si tu savais combien de négociations »j'ai lié auprès (3u Suprcmc-Vizir cl (1er. au- » très ministres de Sa Haulesse ; combieiT d'in- »> trigues j'ai n^ué dans l'auijjusle Harem , » quelles sommes immenses d'arj^ent et d'or j'y » ai semées à diverses reprises!...

» Ah ! je me suis bien appauvri , et , si cela » continue , le tombeau de mon oncle verra » passer ses derniers coffres dans ce gouffre » dévorateur et vraiment insatiable : ah i je ne )) suis plus le riche , le fortuné Ndker ; le seul » riche maintenant , grâce à mes dons sans bor- » nés, c'est le Suprême-Vizir, ah! si j'étais à » sa place, quelle félicité serait comparable à » la mienne : tous les trésors de l'empire !...

» — Peut-être , me répondit Hnmd- Allah , » il ne me serait pas tout-à-fait impossible de » le faire parvenir au suprême vizirat : mais , » Ndker^ je m'ennuie de n'avoir jamais reçu de » toi que de trompeuses promesses , depuis » longues années : tu promets toujours, et lou- 0 jours quelque obstacle t'empêche de t'acquit- » ter enver*; moi : finissons-en !

» Veux-tu , ou ne veux-tu pas . être le su- » prême-vizir du magnifique empire ottoman ;*

DE l'ihstoiuk de nakeu. 28'S

:» Tu le seras : mais à unecondilion don! je suis » incvocablcmcnt résolu à ne point nie clé- » partir.

» Je veux aussi , moi , avoir une place sta- » ble , des revenus fixes, et je sens le besoin » de me reposer de mes courses vagabondes ; » je me sens tout aussi capable que toi de rem- » plir un poste élevé dans le haut ministère de » rtrapire.

» Dès que tu seras grand-vizir tu me nom- )^ meras ton qdym-maqd'm ', et, lorsque j'aurai » passé quelque temps dans ces fonctions, tu me » présenteras au sublime empereur des Otto- » mans pour la dignité de Reys-effendy'' . Vois, » réfléchis! Telles sont mes conditions , et cette )) fois je veux du positif et non de vaines es- » pérances : tu vas signer à l'instant même » l'engagement formel qui deviendra pour moi » un sûr garant que celte fois tu exécuteras tes » promesses. »

Ebloui , hors de moi , j'écrivis , je signai tout ce qu'exigeait si impérieusement Hamd-Allah; et il venait de placer dans un des replis de son vêtement le papier qui contenait notre contrat,

' Lieutenant, adjoint. Voyez la note de la paijc !\^() dt; prcniirr volnnic (it ce Hecueil.

' Ministre des alVaires étr.m gères.

lorsqu'on vint m'avcriir qu'un Oda-Bcfchy ' arrivant à l'instant de Conslantinoplc demandait à être admis en ma présence.

Je frémis involontairement à cette annonce; car les nouvelles espérances, que les paroles de Ifamd-y/l/ah ii\ii\eul commencé à faire i,'ermer dansmoncœur, étaient en ce moment étoulfées sous le poids de la crainte et de l'incpiiélude. UOdfi-Bdchy pouvait aussi bien apporter de la cour impériale ma destitution , que ma confirmation, être un agent homicide de vengeance, aussi bien que le messager des faveurs et des grâces. Mon gosier se resserrait déjà, croyant sentir l'étreinte de l'inexorable cordon.

Bouleversé par cette torturante incertitude, je passai dans ma salle d'audience , et je me plaçai eu silence sur mon sopha de réception solennelle.

UOdd-Bdchf s'avança gravement devant moi et s'inclina avec humilité jusqu'à terre sur le tapis magnifique étendu devant mes pieds. Combien alors j'étais attentif à ses moindres mouvemens, tremblant qu'en se relevant il ne fît au coin de ce tapis le replis fatal et ne fît retentir à mes oreilles le terrible nEnzel-Pachdf

' Chambellau , oflicicr supérieur ilu scivict; intime du serai! iiiipcrial.

ni: r.'FiiSTOFKE de îsakf.r. 286

ilcsctMuls, l*achà ! » qui aurait mis fin à la fois à mon aulorilé et à ma vie.

\JOdd-Baclif^& releva, et, s'avançant respectueusement vers moi , remit entre mes mains encore agitées par la frayeur et le trouble , le firman impérial dont il était le porteur. O bonheur, ô surprise ! j'y lus ces mots : <( Sa Hautesse le Sultan fils de Sultan, le sii- » blime Empereur des deux conlinens , le Do- » minaleurdes deux mers, le Gardien sacré des » deux villes saintes, le Successeur et héritier » de tous les droits du Khalyfat, a approuvé et » confirmé la nomination de son esclave et ser- » y'iieiiv Ndker-^ghâ., surnommé eï-C/idni}', au » pachaljk de l'Egypte et de sa ville du Kaire » la bien gardée,

)) Le sublime Sultan daigne accorder ses » bonnes grâces au susdit IS iikci^-Pachci^ et, poiu- » lui en donner une marque plus authentique , » Sa Hautesse l'appelle auprès de son auguste )) présence, afin de lui confier le suprême viziy) rat de son empire fidèle ; il est de plus ac- » cordé à Ndker-Paclui^ par faveur spéciale , le » privilège inusité de conserver son titre de » Pacha d'Egypte et de faire administrer en » son absence son gouvernement par un ^rrym- « maqdin à son choix. »

^1 ITE KT FliN

Hamd-Âllak s'approcha aussilôt de moi et me (lit à voix basse : « Ami Nciker, j'aime » mieux êUe Ion qd) ni-maqdni au Kaire qu'à )) Conslanliiiople : laisse-moi dans mon pays ; »je le tiens quitte tle toutes les autres pro- » messes.

— (( Quoi ! mon père , '» m'écriai-je vivement d'vme voix émue et aircclueuse , oc quoi ! » vous voulez abandonner votre ouvraj^e? Eh, » qui me soutiendra sur le sentier ijlissant des » cours , si votre puissante main cesse de me » guider? Je vous ai promis de vous faire mon )) qd'yin-jiiaqrim à Constanlinople et non au » Kaire; mon eni^agement est sacre; je veux » le tenir scrupuleusement.

)» Venez me trouver à la cour du sublime

«Sultan; venez Dans un an , j'aurai eu

» alors le temps de préparer les voies à votre «élévation; croyez à tout mon zèle et à mon » dévouement bien sincère. »

Je tenais en parlant la main de Hamd-Allah: il serra fortement la mienne en me quittant, cl en me disant d'un ton qui me sembla mécontent et morose : « Dans un an , je reviendrai ; lu )> me verras à Constanlinople. »

Craignant qu'un seul lieutenant ne pût être tenté au Kaire en mon absence de compro-

DK l.'ufSTOIRE l»K NAKI:R. 28-7

mettre mes intérêts cl de me supplanter dans mon ^'oiiverneraent , je nommai deux qdyrtiînakd'nts pour m'y représenter et administrer mon paclialyk en mon nom : l'un d'eux était le fils de l'ancien Aghà des janissaires, l'autre le neveu du Mohtesseb, tous deux autrefois compagnons de mes débauches et de mes dispendieuses orgies.

J'arrivai à Constantinople : j'y fus reçu avec bonté et distinction par Sa H.iutesse ; j'administrai l'empire pendant une année entière, et je ne pensais plus à Hcund- Allah , lorsqu'un jour je l'aperçus au milieu de la foule des solliciteurs qui se pressaient aux portes de la grande salle, où je donnais audience aux vizirs subalternes el aux grands de l'empire : il tenait à la main un papier qu'il élevait au-dessus de sa tête, et que je crus reconnaître pour le contrat signé de moi que je lui avais remis.

J'abrégeai l'audience solennelle , et un signe avertit Ilamd-Allali de suivre mes pas dans l'intérieur de mes appartemens magnifiques.

Dès que je me trouvai seul avec lui, il me présenta cette promesse obligatoire, dont sans doute il venait réclamer l'exécution.

«Ecoute, llaiiid- Allah ^ me hâtai-je de lui )) dire, l'auguste Sultan a daigné m'appeler au-

"■jHP, suitf. kt fix

» près (le lui : il ma ncrordé toute sa confiance, » et sa main généreuse ne cesse chaque jour » (le me combler de nouveaux bienfaits; mais » je suis ici sur un terrain mal afFermi el qui » tremble sous les pieds de ceux qui rhabilent : )) le palais des souverains à Constaiillnoplc est » un volcan toujours ouvert à de nouveaux » bouleverscmens et à des révolutions inopi- » nées*

))Tu as tant fait déjà pour moi, que je ne )î veux mettre aucunes bornes à ma reconnais- » sance : devenu grand-vizir, je t'ai promis de y) te faire qdfm-maqcini du grand-vizir; ma » gratitude désirerait, cher Ha/nd-./Uah, faire » pour toi davantage. Ne pourrais-je pas te » faire grand-vizir toi-même , si toi, à qui rien » n'est impossible, par une révolution nouvelle, » lu faisais de moi le sublime sultan lui- » même?...

y) — Je te comprends, Nàkerl » dit Ilamd- AllaJi d'un air sévère et sombre; « je te ccm- » prends ! Mais à Dieu ne plaise que ma main » ose conspirer contre mon magnanime empe- »reur! A Dieu ne plaise que j'ose former le » projet d'attenter à l'héritier légitime des Kha- » lyfes , au dépositaire sacré de la puissance » temporelle et spirituelle de Mohdinnicd l'en-

uE l'histoire de naker. 280

» voyé de Dieu, à l'imàin successeur des imâms » et des propliètes, au légataire du manteau, » du livre, du sceptre et du glaive, au prince » des musulmans , au guide des vrais croyans. » Non, Ndker^ je ne le veux pas, et, si je le » voulais, je ne le pourrais pas : le Dieu très- » Haut est son protecteur. Dieu est le bouclier » invincible de la noble race d'O^Am«>z, Dieu » seul est grand et fort, de lui seul émanent » mon pouvoir et ma science , et qui oserait » lutter contre lui! »

« — Hamd-Allahl » répliquai-je aussitôt, vivement contrarié du premier obstacle que rencontraient mes désirs ambitieux, mais dissimulant avec soin ma pensée , ce Hamd-AUah , » tu m'as mal compris; mon intention était » seulement peut-être de t'associer à mon haut » ministère ; mais , je te l'avouerai , maintenant )) un scrupule m'en empêche.

» J'ai vu tant de merveilles opérées par tes » mains , que je ne puis reconnaître en elles » les produits d'une science permise par Dieu » aux hommes : certes , ce n'est pas à tort que » les habitans de l'Egypte t'ont surnommé le » Magicien ; malgré toutes tes protestations )) contraires , je te crois livré aux études impies y> de la magie , et je crains qu'une plus longue T. iir. ly

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