‹ Contes du cheykh êl-MohdyChapitre 23 sur 42 · DE L HISTOIRE DE NAKER · texte numérisé non relu

DE L HISTOIRE DE NAKER

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en proie à la lempête , grinçant des dents avec un craquement sinistre , je semblais moins être un homme malade qu'un tigre altéré de sang et de carnage , prêt à me lancer sur eux et à les déchirer en lambeaux.

c( Il est fou , dirent-ils froidement, il est fou » forcené ! «

Le qàdy me fit lier de fortes chaînes et conduire au Môrislàn.

Fi\ i)F. r.A RE^^llSIo^

Sm ^l• Irt vfflitsiou ^'v^l^^-frrnllmàn rl-Sekonbcràni' &ûit6 l'^opitdl ^u jHiirititùii , rncoiitrc par lui-mnnr.

J'avais écoule avec autant de compassion que d'élounement les merveilleux recils de mon cousin jYa'A'er cl-Clidmj-. Kn comparant son sort avec le mien , combien je senlais de nouveau s'alléger le poids de mes propres peines !

(( Moi , disais-je , moi , le pauvre Ahd-érrah- » niân él-Iskandérdny^ je suis retenu dans la )) même prison que mon cousin ISdker ; mais )) au moins je suis innocent.

» Si un retour sur moi-même me présente le » tableau d'une manie insensée , et que n'ont » pu guérir tous les cvénemens dont j'ai été » victime , au moins cette manie n'était ni cou- )) pablc ni nuisible pour tout autre que moiy> même ; aucun souvenir amer ne vient trou- )) bler en moi la douce jouissance d'une cons- » cience tranquille , et qui n'a rien à se repro- )) cher envers les autres hommes mes frères: ))j'ai fait quelquefois le bien , jamais le mal; ))j'ai rencontré des ingrats, mais jamais je ne )) l'ai été moi-même.

)) Si les circonstances m'ont privé de la rai-

d'abu-êkrahman. 3o3

)) son et m'ont conduit clans Vasile de la dé- » tnence , sans remords , et résigné , j'y suis au yy moins tout aussi heureux qu'un fou peut » l'être.

» Dieu est bon et mùéricordJeax , louanges » lui soient rendues d'avoir créé le repos de la » conscience et la tranquillité intérieure pour )) les bons , les remords déchirans et les repro- 1) ches des souvenirs indestructibles pour les )) méchans; avant-goût anticipé, pour les uns, )) des délices du paradis promis aux fidèles , et , » pour les autres , des angoisses intolérables » du gouffre infernal.

» Ne vois-je pas mon malheureux cousin » Nciker mille fois plus torturé par les fantô- » mes persécuteurs que lui fait apparaître sans » relâche et sans pitié sa mémoire vengeresse , » que par les maux réels qui l'ont successive-^ )) ment accablé, et l'ont enfin conduit au mal- » heureux séjour qu'il partage avec moi. Ah! » mon lit , mon pauvre lit est d'un moelleux )) velours, jonché des feuilles de la rose parfu- »mée, en comparaison des charbons ardens » et des épines poignantes sur lesquelles roule » son désespoir. »

En effet , depuis quelques jours mon cousin paraissait véritablement désespéré : j'avais

3o4 FIN DE LA RÉCLUSION

(l'aboril c ru cjne sa santé pourrait se rétablir ontièrcnicnl , el , depuis qu'il m'avait confié tous les détails de sa vie criminelle, il semblait comme alléj;é du poids qui semblait l'accabler avant cet aveu. Le médecin franc , Bouloumar, qui le visitait avec assiduité , et lui prodii^uait les soins les plus allonlifs, paraissait partager ma confiance.

Tout-à-coup mes espérances furent renversées.

Un soir, je venais à mon ordinaire m'établir auprès du lit de mon cousin malade, que je veillais avec toute l'affection et le dévouement d'un frère : je le trouvai abattu, défij^uré et paraissant en proie à de cruelles convulsions intérieures.

Dès que mes soins lui eurent rendu l'usage de ses sens et de la parole : « Mon cousin , me )) dit-il d'une voix entrecoupée, mon cousin , je » vais mourir; l'heure fatale portée dans les » arrêts immuables de la céleste justice a sonné; » le terme de notre vie est fixé sur la table des )) destinées irrévocables , nul ne saurait ni le )) prévenir ni le différer d'un instant : je le sens, )) mon cousin, je vais mourir !...

» Sans doute , ajouta-t-il, vous n'avez pas » oublié que le redoutable Hamd-yiUah m'a

d'abd-èrrauman. 3o5

)) laissé pour adieux, en me quittant, comme » un juge irrité; ces paroles menaçantes qui )) retentissent encore à mes oreilles, aussi ter- » ribles que les oracles du suprême jugement : y) Je rei'iendrai , je reviendrai encore te voir; » c^est au Kaire que je te retroui^ei'ai : mais » alors je ne te quitterai plus pendant trois ï) jours, et le troisième ne se terminerapas avant » que tu sois enseveli dans la tombe!

y) Eh bien ! » s'écria Ndher en se tordant les bras et se déchirant lui-même dans son désespoir frénétique, « eh bien! Hamd-Allah, le ven- » geur Hamd- Allah est revenu ce matin même ! » Hamd-Allah ne me quittera plus, et avant » trois jours je serai enseveli dans la tombe : il » ne me quittera plus.... Il fixe sur moi ses » veux terribles , il est là dev.ant moi , le » voici!... Voici Hamd-Allah!... »

Je portai les yeux du côté que m'indiquaient les mains frissonnantes de mon malheureux cousin : je ne vis rien, absolument rien, nous étions entièrement seuls , et j'en conclus que le fantôme vengeur n'existait que dans son imagination délirante.

Cependant une fièvre dévorante s'était emparée du pauvre Ndher : les yeux fixes et hagards , les dents serrées, les lèvres bleuies , la bouche

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