‹ Contes du cheykh êl-MohdyChapitre 24 sur 42 · FIN DE LA RECLUSION · texte numérisé non relu

FIN DE LA RECLUSION

souillée tVécume et horriblement grimaçante, il faisait entendre les sourds ràlemens, les hui-îemens , les grincemens d'une bête enragée ; sa poitrine pantelante se gonflait alternativement et s'affaissait sous IVffort d'aune tempête intérieure, comme les vagues du Bogiuiz ^ en proie à la double lutte des vents orageux et des courans précipite's en cataractes; on eût dit que, cédant à des efforts surhumains, elle allait se déchirer, s'entr'ouvrir en nouveau volcan , vomissant, avec tous les élémens de la vie organique, ce cœur si horriblement la proie de tortures morales; son corps haletant frémissait, inondé d'une sueur glacée et fétide ; tous ses membres étaient luxés par les convulsions de la plus épouvantable frénésie : il bondissait comme fuyant un ennemi terrible acharné à sa poursuite , s'élançant , se heurtant dans chacun des coins de sa cellule, se meurtrissant et se brisant lui-même contre leurs parois.

Tous les remèdes de l'art furent employés envain , et le troisième jour n'était pas terminé que, suivant la prédiction fatale et sa prévision plus fatale encore , je l'avais enseveli de mes propres mains et placé dans la tombe.

d'abd-Èiirahman. .^o-j

Pendant celte longue maladie de mon cousin Ndker, mes entretiens avaient été plus fréquens avec le bon et savant Bouloumar, le médecin franc; il s'était pleinement convaincu que mon esprit n'était attaqué aucunement, ni de démence continue, ni d'aliénation périodique et intermittente. Il employa ses premiers efforts à me persuader moi-même de mon bon sens et de l'absence en moi de toute espèce de folie. Je renonçai bien volontiers à la persuasion contraire, que m'avaient inspirée ma résignation et ma défiance de moi -même.

Dès-lors le médecin franc devint mon protecteur zélé auprès des cheykhs vénérables qui administraient le Môristàn , et ceux-ci me soumirent à l'examen des médecins musulmans les plus renommés par leur habileté et par leur profonde science. Aussitôt qu'ils furent bien convaincus de l'état complet de santé dont mon esprit jouissait, ils s'empressèrent de me rendre la liberté, et je vis s'ouvrir pour moi les portes de l'Hôpital qui m'avait si long-temps retenu prisonnier.

3o8 coNCLUsio^ drs contes

Ainsi se lermine le récit des soutTrances du malheureux Abd-érrahmdn êl-Ishandérâny ^ pendant sa réclusion dans l'Hôpital des fous du Kairc.

Et se terminent aussi les Séances dont les ré\^élatwns merveilleuses peuvent servir à faire connaître les commensaux du Môristdn à ceux de mes lecteurs qui seront assez heureux pour ne pas mériter d'y faire un aussi long séjour que celui des dix années que le pauvre Abdérrahmdn a été contraint d'y passer.

Louanges à Diku qui l'en a tiré dans sa suprême bonté, et qui, dans les décrets de sa haute providence , a voulu mélanger défias et de sages les innombrables créatures dont il a peuplé ce vaste univers; car lui seul est le sage, et la sagesse des Hls d'Adam n'est quefilie.

DU MORISTAN.

Cet Ouvrage a été achevé par le secours de Dieu ; et le pauvre devant Dieu , qui l'a rédigé et écrit de sa propre main , l'a terminé dans la onzième soirée du mois béni de Chaabân de l'an 1197 ' de l'hégire du Prophète, sur qui soient le salut et la bénédiction.

11 a tiré de cette composition et plaisir et amélioration morale; qu'il plaise au Dieu Très-Haut d'accorder les mêmes fruits à ses lecteurs!

' Le mois de Chaabân est le huitième mois de l'année lunaire des Musulmans et n'a que vingt-neuf jours.

L'an 1197 de l'hégire a commencé le samedi , 7 décembre de l'an 1782 de l'ère chrétienne, et a fini le mercredi, 23 novembre de l'année 1783.

Le 12 de Chaabân correspond aussi au sa juillet 1783.

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3lO CONCI.USIOK DES CONTES DU MORISTAN.

Et derechef:

Louanges soient rendues au Dieu maître souverain des mondes,

Au Dieu vivant , existant par lui-même , et manifestant sa justice par ses œuvres ;

Au Roi suprême qui règne sur tous les climats et sur toutes les régions de TUnivers ,

Sur la terre et sur les mers ,

Sur chaque jour et sur chaque instant du jour ,

Le Roi des rois, le Sultan des sultans,

Qui régnera toujours jusqu'à l'extrémité des temps.

C'est dans sa miséricorde que le pauvre auteur met sa confiance.

Amyn.

FIN nFS CONTP.S DU CHE"iKH ÉiL-MOHDT.

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