‹ Contes du cheykh êl-MohdyChapitre 29 sur 42 · J72 NOTES SUPPLÉMENTAIRES. III · texte numérisé non relu

J72 NOTES SUPPLÉMENTAIRES. III

miaée, mais ce qu'il y a de certain, c'est qu'il écrivait vers l'an 806 de l'hégire (i4o3 de l'ère vulgaire). Son ouvrage intitulé : Kilâb lalkhyss él-âthâr fy agâyb cl-Meltk él- Qahar (Livre exposant les traditions sur les merveilles du Roi Tout-Puissant) , est une espèce de Géographie universelle rangée suivant l'ordre dos climats , qui a été achevée de composer l'an 81 5 de l'hégire ( i4''-* de l'ère vulgaire ^

Je possède un très-heau manuscrit de cet ouvrage dont j'ai déjà publié , au Kaire , il y a plus de trente ans , dans la Décade égyptienne , plusieurs extraits relatifs à la description de l'Egypte; et les notes du présent Recueil en oflfrent aussi quelques fragmens que j'ai cru devoir paraître d'autant plus curieux et intéressaus, qu'ils ont été jusqu'ici plus ignorés.

Il m'a semblé qu'un des moyens les plus efficaces pour acquérir une connaissance exacte et détaillée des contrées orientales, était la comparaison de ce qu'ont écrit , sur ces pays , les voyageurs modernes et les géographes européens , avec la description qu'en ont faite les écrivains orientaux , quelques siècles auparavant.

El-Bâkoiiy m'a paru être un des géographes arabes dont les écrits , quoique beaucoup moins connus en Europe que beaucoup d'autres auteurs orientaux , renferment cependant des détails peut-être aussi précieux que ceux dont la réputation s'est répandue parmi nous.

Au reste, sou ouvrage offre, comme tous ceux des écrivains de l'Orient, quelques inexactitudes qui tiennent à leur ignorance générale sur l'ancienne histoire , mais ces inexactitudes sont faciles à apercevoir, et, par-la, peu susceptibles d'induire en erreur.

Les Orientaux entremêlent tous leurs écrits de prodiges et de récits extravagans, auxquels ils donnent une entière croyance. J'ai cru devoir ne retrancher dans mes extraits aiicuoc de ces fables, et laisser à l'auteur son style oriental

NOTES SUPPLÉMENTAIRES. IV. SyS

et sa forme originelle : ces fictions nous donnant lieu d'apprécier plus exactement le progrès des sciences et des connaissances géographiques dans l'Orient , à l'époque où ël~ Bâkouy écrivait.

D'ailleurs , il faut considérer que presque toujours ces fables ne sont que la vérité , plus ou moins défigurée , qui subsiste toujours sous l'enveloppe grossière dont la crédulité et l'erreur se sont plu à la couvrir; et peut-être appartiendra-t-il à la sainte philosophie , de parvenir à porter un flambeau illuniinateur sous ces voiles épais , à jeter une lumière révélatrice sur cette masse incohérente d'opinions hétérogènes, sur ce chaos de systèmes différemment altérés qui circulent dans tout l'Orient : peut-être lui sera-t-il possible, par une discussion éclairée , d'en tirer quelques faits réels , quelques vérités exactes, qui, jusqu'ici, ont échappé aux yeux les plus sagaces et les plus attentifs.

On sait que le pèlerinage de la Mekke est un des devoirs religieux imposés par Mahomet aux musulmans.

Le Prophète avait trouvé cet usage établi avant lui parmi les anciens Arabes , qui , depuis un temps immémorial , vénéraient à la Mekke , la Kaabah , c'est-à-dire la maison carrée, qu'ils prétendaient avoir été construite par Abraham leur père , ainsi que la pierre noire qu'ils croyaient avoir été apportée du ciel par l'ange Gabriel.

Mahomet s'empara de cette antique croyance, et l'adapta à la nouvelle religion qu'il voulait instituer ; soit qu'il se crût obligé de faire cette concession à la superstition de l'Arabie dont il venait de renverser toutes les autres idoles , soit qu'il crût nécessaire de iiser ainsi un contre coinman à

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la religion des nouveaux sectaires, convertis à sa foi parmi tant de peuplades différentes; soit enfin que, connaissant le caractère d'indolence et d'inactivité si naturel aux Orientaux, il jugeât utile de tirer ses compatriotes de cet état d'affaissement moral et d'atonie, que la chaleur du climat ne peut qu'accroître , en les faisant sortir par un motif religieux de leur foyers oisifs, et en les appelant chaque année dans une ville, déjà sacrée pour eux , devenue alors pour ces contrées l'entrepôt général du commerce , et le siège de l'opulence.

Tous les ans la caravane du Pèlerinage part pour la Mekke du Kaire , où elle a réuni les pèlerins du pays, ceux d'une portion de la Syrie, et ceux de l'intérieur de l'Afrique , des côtes barbaresques et même de Fez et de Marok.

Tout musulman ayant fait le voyage de la Mekke a droit au titre de hagy (pèlerin) ; on nomme même ainsi par politesse , en leur adressant la parole , ceux qu'on ignore avoir satisfait à cette obligation , dont il est vrai que peu de musulmans se dispensent ; quoiqu'ils aient la faculté de ne pas la remplir personnellement et d'en déléguer l'accomplissement à un remplaçant.

Pendant les jours et les nuits qui précèdent le départ général, les pèlerins qui composent la caravane campent avec leurs chameaux et leurs chevaux, partie dans la ville, partie dans les vastes places que renferme son enceinte.

Ces différens rassemblemens se réunissent ensuite hors de la ville, et s'arrêtent pour s'organiser auprès du lac nommé Birkét el-haf( (le lac du pèlerinage) , c'est là aussi où la caravane stationne à son retour.

Le mot gr.bclow gibel signifie monta f;nr en langue arabo.

NOTES SUPPLEMENTAIRES. — V. S^Ô

Pendant )a domination des Arabes en Sicile, ils donnèrent ce nom à la montagne la plus remarquable de l'île, à l'Etna. C'est donc par une expression baltologique que les géographes italiens ont nommé ce mont Monte-Gibello ; dénomination qui ne signifie rien autre chose que Mont- Montagne, et que cependant ont copiée tous nos géographes.

Au reste, les Arabes eux-mêmes ne sont pas étrangers à cette tautologie. Le mol thour signiûe également , comme gebel dans leur langue , une montagne. Ainsi le sens de Geùel-Tlw'ir devient identique avec celui de Mont-Gibel.

Cependant le nom de Thour est donné plus particulièrement, et par excellence, au mont Sinaï par les Arabes, qui l'appellent également Thour-Sina. Cette montagne est en grande vénération parmi les Musulmans , et il en est fait mention en plusieurs endroits du Koran.

Le l'j brumaire an \ II ( ■y novembre 1798), correspondant au 28 de Gemâdy el-âouel, an 121 3 de l'hégire, une caravane des tribus arabes qui habitaient le territoire de Thour arriva au Kaire : elle était composée d'environ cinq cents hommes et d'autant de chameanx. Ils s'arrêtèrent à environ dix minutes de marche du Kaire , et campèrent dans les environs du fort Dupuj. De-là ils envoyèrent au Général en chef vingt-quatre députés annoncer leur arrivée , et demander la permission de vendre leurs marchandises dans la ville. Suivant l'usage général de l'Orient, ils apportaient des présens; leur offrande consistait en raisins, surtout en poires, pommes et autres fruits de leur pays, d'une qualité inférieui-e à ceux de France, mais d'autant plus estimés au Kaire que le territoire d'Egypte n'en produit pas.

Les députés étaient accompagnés à l'audience par un moine du célèbre couvent de Sainte-Catherine, établi depuis les premiers siècles du christianisme sur le mont Sinaï.

Ce moine était chargé, par les religieux de son couvent,

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