SUITE DE LA DEUXIÈME AVENTURE
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La voix du prisonnier cessa de se faire entendre; il me parut complètement ignorer que le sommeil du liai de la mer était l'efTet immédiat des paroles puissantes que j'avais proférées.
Je lui témoignai tout l'intérêt que m'inspirait son malheur; et, lui apprenant que le repos du monstre ne devait être attribué qu'au pouvoir de mes formules mystiques , je lui offris d'employer les mêmes moyens pour lui rendre la liberté, en détruisant sa prison ellemême.
(( Non, me répondit-il, quelles que soient les )) vertus miraculeuses de votre conjuration , la » mort du Roi de la mer est au-dessus de leur )) puissance. Cet animal n'est pas cependant )) innnorlel ; mais il ne doit peidre la vie qu'à y) la fin des temps, el sa destruction ne peut » être opérée qu'après rexlinclion du dernier » de tous les rois de l'univers entier.
» Je me soumets d'ailleurs à ma réclusion : )) elle n'a encore duré qu'un peu plus de cent
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)) années. Les Génies , en me renfermant dans » ma prison , m'ont appris qu'elle ne pourrait » m'être ouverte que par un personnage qui » m'est inconnu, mais qui doit porter le sur- )) nom de Dou-l-noun ( maître du poisson ) , » comme le portait le prophète Younous ( Jo- » nas) , qui a été délivré de son esclavftge dans )) les entrailles de ce monstre : j'attendrai sa » venue avec patience et résignation. »
— » Eh ! m'écriai-je aussitôt , c'est moi qui » suis Dou-l-noan : ce nom est celui du plus » illustre de mes ancêtres , ce nom est celui de » mon aïeul , de mon père , ce nom est aussi le » mien ; réjouissez-vous ! Vos malheurs sont )) finis : le secours vient de Dieu, et la victoire » s'approche ' . »
A l'instant je commençai à répéter mes formules et d'autres plus puissantes encore : le sommeil du monstre n'en paraissait aucunement troublé; cependant un léger frémissement ne tarda pas à agiter insensiblement sa masse inerte : ce mouvement de trépidation occulte devint tout-à-coup convulsif, et sa gueule s'ouvrit d'une largeur démesurée en un long bâillement.
' Ces paroles sout tirces du Koian. Voyez, page 4'^5 du second volume, l'explication du fleuroa de la page i ?.G.
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La gueule se referma bienlôt; mais le prisonnier, profitant de l'espace que lui laissaient les dents desserrées, s'était affranchi par un saut rapide de leur clôture, et je le vis à l'instant à mes côtés. Il m'avait dit qu'il était jeune et beau. Mais son aspect fut loin de confirmer son assertion; tel qu'il m'apparut, il était hideux, sans aucune proportion dans tous ses membres , et la peau qui recouvrait son corps difforme était noire comme l'ébène.
« Ami Manzoul , lui dis-je en souriant, il » paraît que vous n'êtes pas du nombre des y) Génies blancs ; seriez-vous un afrite , fils de y) Chef tan (Satan), et non un des Génies )) fidèles?
)) — Hélas! merépondil-ilj tes yeux voient la )) portion la plus terrible de ma pénitence : j'ai 7) été revêtu, par une clause spéciale de l'arrêt )) céleste, de ces apparences repoussantes, et ))je n'en serai dépouillé, pour être rendu à » mon état naturel , que quand mon pardon » m'aura été entièrement accoidé. Tu m'as )) délivré d'une prison horrible; mais, tu le » vois , je ne suis pas entièrement libre, et «j'emporte ma prison avec moi.
)) C^'pendant, ajouta-t-il , marchons, éloi- » gnons-noMS promptement de ce lieu dange-
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)) reux , avant que le monstre se réveille en- )) tièrement : il ne serait pas prudent de faire )) un plus long séjour sur les bords du lac qui » lui sert de demeure. »
Je me décidai facilement à suivre cet avis , et notre nouveau compagnon de voyage se chargea d'être notre guide.
Notre route devenait de plus en plus difficile à travers les rochers , dont les masses semblaient avoir été bouleversées et jetées les unes sur les autres par quelque tremblement de terre intérieur.
Après quelques jours d'une marche pénible, nous nous arrêtâmes quelques instans dans un endroit ou les gouttes d'eau qui découlaient de la voûte s'en distillaient plus abondantes, et où leur chute répétée avait même creusé dans le roc sur lequel nous marchions , une petite excavation : nous nous reposâmes auprès de ce bassin naturel , nous nous y rafraîchîmes et nous nous désaltérâmes de l'eau limpide qu'il contenait.
« Plût à Dieu, m'écriai-je, fatigué de mon » long voyage souterrain, que la fente étroite, » qui laisse passer ces gouttes d'eau, s'élargisse » assez pour nous livrer un passage direct jus- » qu'à cette surface de la terre habitable dont
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)) nous nous trouvons dt^piiis si lonj^- temps » exilés ! »
Manzoïd laissa échapper un bruyant éclat de rire à celte exclamation involontaire. « Que » le Dieu très-haut et très-puissant, s'écria- » l-il, nous préserve plutôt de voir exaucer la » prière inconsidérée ! Le lieu où nous nous » trouvons en ce moment est situé imniédiate- » ment au-dessous de la mer de Roiini ( la mer » de Grèce) : si ton vœu imprudent était ac- )) compli , l'ouverture que tu désires ne don- )) nerait passage qu'aux cataractes des flots, )) et nous serions tous les trois infailliblement «noyés. Prenons patience : la patience et le » temps nous feront arriver heureusement au » terme de notre voyage. »
11 était facile à Manzoul de nous prêcher la patience : en sa qualité de Génie, la faim et la soif lui étaient étrangères; quant à Sajj'êh et à moi , ces deux besoins commençaient à nous atleindie : nos essences fortifiantes, nos poudres nutritives étaient presque épuisées : depuis quelques jours même, j'étais obligé d'en économiser U's doses, et la diminution des corroboratifs avait nécessairement entraîné celle de nos forces. Je voyais que le terme de notre voyage souterrain él;iil encore bien éloigné, et j'éprou-
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vais la crainte de voir toutes nos ressources alimentaires nous manquer, sans aucun moyen de les renouveler et d'y suppléer. Ces inquiétudes agitaient cruellemet mon esprit, et j'avais beau réfléchir, je ne trouvais dans tout le trésor de mes connaissances aucun moyen de me tirer de ce nouveau danger, plus terrible et plus inévitable que les flammes de la montagne de Feu.
Je fis part à Mcmzoul des craintes qui torturaient ma pensée , ne lui cachant pas que je n'avais cl'espoir et de moyen de salut que dans son secours.
Mais que devins-je , quand il m\issura que depuis sa faute tous ses pouvoirs surnaturels avaient été suspendus, et que dans cette circonstance sa puissance était bien moindre que celle que je j^ouvais avoir moi-même?
Cependant après quelques instans il s'arrêta, comme réfléchissant et comme rappelant ses souvenirs.
Son silence se prolongeait et ajoutait encore un nouveau poids aux inquiétudes et aux alarmes qui oppressaient mon ame.
Tout-à-coup une expression de joie se répand sur sa laide physionomie. « Vous êtes » sauvés! s'écria-t-il , vous êtes sauvés ! et il en