LA MAIN MAUDITE
« Tes père et mère honoreras, <« Si tu veux très longuement vivre ! »
Nous dit le Seigneur dans un Livre Que jamais trop tu ne liras...
Voilà ce que disait souvent A son petit gâs Jean- Maris Le maître de la métairie De Coat-dû, Job le Morvan.
Et Job-le-métayer, vraiment, Des bons fils était le modèle :
A la Loi du bon Dieu fidèle, Il aimait sa vieille maman;
Et, pour être sûr que son gâs Ferait douce aussi sa Vieillesse, Il allait répétant sans cesse :
« Dieu punit les enfants ingrats ! »
« Tes père et mère honoreras ! »
Répétait le fermier sans trêve,
Et l'enfant murmurait en rêve :
« Dieu.., punit... les enfants... ingrats!... »
Or, un soir, à la trouble-nuit, Job le Morvan qui, sur sa route, Avait trop « bonjouré » la goutte, S'en revint soûl-perdu chez lui.
« Ho ! la vieille ! dit-il, tu dors ?
« Donne-moi la soupe et ben vite ! »
— « Mon gâs, à sec est la marmite :
« N'as-tu donc point soupe dehors ? »
Mais, jurant le nom du bon Dieu, L'ivrogne agonisa la vieille De tous les mots qu'à son oreille Vint lui murmurer l'Eau-de-Feu !
Et, comme la pauvre maman Lui mettait sa main sur la bouche, Il leva la sienne et, farouche, La laissa tomber durement !
« Tes père et mère honoreras ! »
Gémit l'Aïeule sans colère, Et Yannik dit : « Prends garde, père.
« Dieu punit les enfants ingrats ! *
Et Job n'en hurle que plus fort :
Il s'insulte, se frappe et grogne; Et puis, enfin, comme un ivrogne Et comme une bête... il s'endort!