‹ Contes du lit-clos: Récits et légendes bretonnes en versChapitre 28 sur 86 · LA MAIN MAUDITE · texte numérisé non relu

LA MAIN MAUDITE

« Tes père et mère honoreras, <« Si tu veux très longuement vivre ! »

Nous dit le Seigneur dans un Livre Que jamais trop tu ne liras...

Voilà ce que disait souvent A son petit gâs Jean- Maris Le maître de la métairie De Coat-dû, Job le Morvan.

Et Job-le-métayer, vraiment, Des bons fils était le modèle :

A la Loi du bon Dieu fidèle, Il aimait sa vieille maman;

Et, pour être sûr que son gâs Ferait douce aussi sa Vieillesse, Il allait répétant sans cesse :

« Dieu punit les enfants ingrats ! »

« Tes père et mère honoreras ! »

Répétait le fermier sans trêve,

Et l'enfant murmurait en rêve :

« Dieu.., punit... les enfants... ingrats!... »

Or, un soir, à la trouble-nuit, Job le Morvan qui, sur sa route, Avait trop « bonjouré » la goutte, S'en revint soûl-perdu chez lui.

« Ho ! la vieille ! dit-il, tu dors ?

« Donne-moi la soupe et ben vite ! »

— « Mon gâs, à sec est la marmite :

« N'as-tu donc point soupe dehors ? »

Mais, jurant le nom du bon Dieu, L'ivrogne agonisa la vieille De tous les mots qu'à son oreille Vint lui murmurer l'Eau-de-Feu !

Et, comme la pauvre maman Lui mettait sa main sur la bouche, Il leva la sienne et, farouche, La laissa tomber durement !

« Tes père et mère honoreras ! »

Gémit l'Aïeule sans colère, Et Yannik dit : « Prends garde, père.

« Dieu punit les enfants ingrats ! *

Et Job n'en hurle que plus fort :

Il s'insulte, se frappe et grogne; Et puis, enfin, comme un ivrogne Et comme une bête... il s'endort!

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