LA MAIN MAUDITE
Mais, au réveil, l'esprit plus sain, Quand son Yairnik fit sa prière, Pour la première fois son père Ne lut pas le Précepte saint !
Ai-je dit qu'on était rendus Dans le mois-de-la-paille-blanche Où les blés mûrs que la faulx tranche Dans Paire neuve sont battus?
Ce jour-là, donc, précisément, Job-le-Morvan fit, quatre à quatre, Installer sa machine à battre Afin de battre son froment.
Rrroû! la Batteuse va bon train,
Rrroû ! Rrroû ! Rrroû / elle ronfle et gronde On fane, on enmeule à la ronde Et l'on ramasse le bon grain ;
Et Job, le fermier diligent, Pousse lui-même en la machine Les gerbes de blé que s'échine A lui passer le petit Jean.
Mais, sous les sourcils blonds, froncés, Les regards que son fils lui lance Lui semblent chargés d'insolence, Veufs du Respect des jours passés...
o8 CONTES DU LIT-CLOS
Et le fermier pleure tout bas :
Il pressent, hélas ! que, la veille, En insultant la bonne vieille, Il s'est aliéné son gâs...
Et que sera-ce alors, Demain, Si son fils un jour lui ressemble?
Pour sa propre Vieillesse il tremble :
a Las ! Ma Doué! ma pauvre main !!! »
Il a poussé trop loin le Blé, Et la Batteuse, vite, vite, A dévoré la Main maudite...
... Et voici l'homme mutilé !
Lui-même il retire son bras Du monstre de fer qui le garde Et dit à son Yannik : « Regarde!
« Dieu punit les enfants ingrats ! »
Et son fils hurle à cet aspect...
Mais Job rit à sa chair meurtrie, Car les yeux de son Jean-Marie Sont, maintenant, pleins de Respect!
Cette poésie est éditée séparément. — G. Ondct, éditeur.
La Noël des bêtes