LA NOËL DES BÊTES
... « Tous les animaux de la Ferme Parlent en la nuit de Noël !...
(Affirma le fermier Joël De sa voix toujours rude et ferme).
Et moi qui vous parle à cette heure J'ai bien, durant une heure ou deux, Entendu bavarder tous ceux Dont je partageais la demeure ;
Car c'était dans une écurie Qu'autrefois je couchais la nuit...
Et j'y dormais mieux qu'aujourd'hui Dans le lit de ma métairie !
Bref, une nuit, venant d'entendre La Messe de Nativité, Dans mon coin je m'étais gîté Sous le sainfoin, sur l'herbe .tendre,
Quand j'entendis parler les Bêtes. — la sûr, vat ! je les entendis !
Vrai, sur ma part du Paradis, Aussi vrai qu'avec moi vous êtes :
« Meuhl disait une vache rousse, « A ses voisins les grands bœufs roux, « Les hommes sont bien durs pour nous :
a Tout les offense et les courrouce,
« Matin et soir je leur dispense
« Le lait dont sont gonflés mes pis :
« Meuhl des coups de pieds, souvent pis,
« Voilà quelle est ma récompense ! »
« L'homme abuse de sa faiblesse »
Disaient les bœufs en gémissant :
« Son aiguillon nous pique au sang,
«< Meuhl Meuhl son joug de bois nous blesse 1 »
— Hihanl disaient l'âne et Pânesse,
— Hiï hil gémissaient les chevaux:
Nous aidons l'homme en ses travaux, Dès notre plus tendre jeunesse;
Nous tournons sa « machine à battre »»
«< Et transportons, roués de coups, « Des faix vingt fois lourds comme nous...
« Et puis Pingrat nous fait abattre ! »
— Bèèh! Bèèhl disait la brebis blanche, « Les pauvres moutons sont tondus;
« Après quoi leurs cous sont tendus « Au rouge boucher qui les tranche ! »
— Moc'h!... et nous donc, disait la truie, « Il nous soigne pour se nourrir;
« Puis, quand il s'agit de mourir « Il prolonge notre agonie ! »
LA NOËL DES BETES Io3
— Cott! cott! disaient les poules noires,
— Coin! coinï disaient les canards verts, « Sans pitié, nous irons tous vers
« La marmite ou les rôtissoires ! »
Il n'était pas jusqu'à l'oiselle Qui logeait, là-haut, sous les toits, Qui ne gémit, dans son patois, Sur ses sœurs autant que sur elle :
— Tut! tut! vous vous plaignez des pères :
« Nous nous plaignons, nous, des enfants
« Qui sont joyeux et triomphants
« Quand ils nous ont fait des misères ;
« Nous, qui protégeons les cultures, « Ils osent, ces monstres finis, « Voler nos œufs, briser nos nids, « Massacrer nos progénitures ! •»
.... Et c'était vraiment lamentable D'entendre tous ces malheureux...
Et je pleurais, tout bas, honteux, Dans le coin de la pauvre étable !
Longtemps, sur leur sort, ils gémirent...
Après quoi, je n'entendis plus Que ceux-là qui veillaient Jésus...
Et tous les autres s'endormirent.
Mais moi, tout tremblant sous ma paille, De la nuit je ne fermai l'œil:
Cela rabattait mon orgueil De me sentir... une canaille !
Et voilà pourquoi j'ai, moi-même, Toujours soigné mes animaux, Pourquoi, connaissant tous leurs maux, J'exige que chacun les aime :
Aimons-les, ingrats que nous sommes; Soyons doux, indulgents pour eux I Ce sont nos frères malheureux :
Les bons frères des méchants hommes 1 »
Cette poésie est éditée séparément — G. Ondet, éditeur.
L'intersigne
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Bague d'argent
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