‹ Contes du lit-clos: Récits et légendes bretonnes en versChapitre 30 sur 86 · LA NOËL DES BÊTES · texte numérisé non relu

LA NOËL DES BÊTES

... « Tous les animaux de la Ferme Parlent en la nuit de Noël !...

(Affirma le fermier Joël De sa voix toujours rude et ferme).

Et moi qui vous parle à cette heure J'ai bien, durant une heure ou deux, Entendu bavarder tous ceux Dont je partageais la demeure ;

Car c'était dans une écurie Qu'autrefois je couchais la nuit...

Et j'y dormais mieux qu'aujourd'hui Dans le lit de ma métairie !

Bref, une nuit, venant d'entendre La Messe de Nativité, Dans mon coin je m'étais gîté Sous le sainfoin, sur l'herbe .tendre,

Quand j'entendis parler les Bêtes. — la sûr, vat ! je les entendis !

Vrai, sur ma part du Paradis, Aussi vrai qu'avec moi vous êtes :

« Meuhl disait une vache rousse, « A ses voisins les grands bœufs roux, « Les hommes sont bien durs pour nous :

a Tout les offense et les courrouce,

« Matin et soir je leur dispense

« Le lait dont sont gonflés mes pis :

« Meuhl des coups de pieds, souvent pis,

« Voilà quelle est ma récompense ! »

« L'homme abuse de sa faiblesse »

Disaient les bœufs en gémissant :

« Son aiguillon nous pique au sang,

«< Meuhl Meuhl son joug de bois nous blesse 1 »

— Hihanl disaient l'âne et Pânesse,

— Hiï hil gémissaient les chevaux:

Nous aidons l'homme en ses travaux, Dès notre plus tendre jeunesse;

Nous tournons sa « machine à battre »»

«< Et transportons, roués de coups, « Des faix vingt fois lourds comme nous...

« Et puis Pingrat nous fait abattre ! »

— Bèèh! Bèèhl disait la brebis blanche, « Les pauvres moutons sont tondus;

« Après quoi leurs cous sont tendus « Au rouge boucher qui les tranche ! »

— Moc'h!... et nous donc, disait la truie, « Il nous soigne pour se nourrir;

« Puis, quand il s'agit de mourir « Il prolonge notre agonie ! »

LA NOËL DES BETES Io3

— Cott! cott! disaient les poules noires,

— Coin! coinï disaient les canards verts, « Sans pitié, nous irons tous vers

« La marmite ou les rôtissoires ! »

Il n'était pas jusqu'à l'oiselle Qui logeait, là-haut, sous les toits, Qui ne gémit, dans son patois, Sur ses sœurs autant que sur elle :

— Tut! tut! vous vous plaignez des pères :

« Nous nous plaignons, nous, des enfants

« Qui sont joyeux et triomphants

« Quand ils nous ont fait des misères ;

« Nous, qui protégeons les cultures, « Ils osent, ces monstres finis, « Voler nos œufs, briser nos nids, « Massacrer nos progénitures ! •»

.... Et c'était vraiment lamentable D'entendre tous ces malheureux...

Et je pleurais, tout bas, honteux, Dans le coin de la pauvre étable !

Longtemps, sur leur sort, ils gémirent...

Après quoi, je n'entendis plus Que ceux-là qui veillaient Jésus...

Et tous les autres s'endormirent.

Mais moi, tout tremblant sous ma paille, De la nuit je ne fermai l'œil:

Cela rabattait mon orgueil De me sentir... une canaille !

Et voilà pourquoi j'ai, moi-même, Toujours soigné mes animaux, Pourquoi, connaissant tous leurs maux, J'exige que chacun les aime :

Aimons-les, ingrats que nous sommes; Soyons doux, indulgents pour eux I Ce sont nos frères malheureux :

Les bons frères des méchants hommes 1 »

Cette poésie est éditée séparément — G. Ondet, éditeur.

L'intersigne

de la

Bague d'argent

LTntersigne de

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