‹ Contes;Chapitre 3 sur 22 · i l'oncle d'amékique · texte numérisé non relu

i l'oncle d'amékique

La veuve et les enfants se regardèrent.

" Pardon/' objecta le garçon ; " maisj d'après la lettre de l'oncle, j'avais cru. . ."

" Quoi donc ? que j'arrivais avec un vaisseau à 5 trois ponts ?"

" Non/' reprit Martin, qui s'efforça de rire agréablement ; '' mais avec vos malles. . .pour un long séjour : car vous nous aviez fait espérer que vous resteriez longtemps." 10 " Moi ?"

" La preuve,, c'est que vous nous avez dit venir avec tûîit ce que vous possédiez.^'

'^Eh bieuj le voilà, tout ce que je possède !" s'écria Bruno : " mon singe et mon perroquet." 15 " Quoi ! c'est tout ?" s'écria la famille d'une seule voix.

" Avec mon coffre de matelot, où il y a pas mal de bas sans pieds et de chemises dépouillées de mancbes ! Mais on n'en est pas plus triste pour ça, 20 les enfants. Tant que la conscience et l'estomac sont eu bon état, le reste n'est qu'une farce ! Faites excuse, belle-sœur ; je vois là du cidre, et vos quatre lieues de chemin de terre m'ont desséché le gosier. Houp ! Rochambeau, salue les parents," 25 Le singe fit trois gambades, puis alla s'asseoir un peu plus loin, en se grattant le museau.

Le marin, qui avait gagné la table, se servit à boire.

La famille paraissait consternée. En voyant la

couvert mis, Bruno s'était assis sans façon et avait

30 déclaré qu'il moui-ait de faim. Bon gré, mal gré, il

fallut servir la soupe aux pommes et le lard fumé qui

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avait été aperçu ; mais la veuve Mauvaire referma le buffet sur le reste.

Le matelot^ que Martin continuait à interroger, raconta alors comment il avait parcouru vingt ans les 5 mers de Plnde sous divers pavillons, sans autres gains que sa paye, aussitôt dépensée que reçue. Enfin, au bout d'une heure, il parut évident que l'oncle Bruno n'avait pour fortune que beaucoup de bonne humeur et un excellent appétit.

10 Le désappointement fut général^ mais se traduisit selon le caractère de chacun. Tandis qu'il n'éveillait chez Clémence que de la surprise mêlée d'un peu de tristesse, chez Martin c'était un dépit humilié, et chez la veuve du regret et de la colère. Ce chanç-ement de

15 dispositions ne tarda pas à s'exprimer. Le singe ayant efiPrayé la petite fille en la poursuivant, sa grand'mère exigea qu'il fût relégué dans une écurie abandonnée ; et le perroquet s'étant permis de becqueter dans l'assiette du matelot, Martin le déclara

20 impossible à supporter. Clémence ne dit rien, mais elle sortit avec Julienne pour vaquer aux soins du ménage, tandis que la veuve allait reprendre son rouet hors du seuil.

Resté seul avec son neveu, qui cherchait à donner

25 l'apparence de la distraction à son air maussade, l'oncle Bruno reposa tranquillement le verre qu'il avait vidé à petits coups, sifflota un instant, puis s'appuyant des deux coudes sur la table, il regarda Martin en face.

30 " Sais-tu bien, garçon," dit-il tranquillement, '^que le vent me paraît être un peu au nord-est dans la

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