‹ Contes en prose et en versChapitre 10 sur 55 · ET FLEUH DES POIS · texte numérisé non relu

ET FLEUH DES POIS

des Pois, à peine vae, n*avoît laissé à sa pensée que rîropression d'an rêve charmant, dont le sommeil seul pouvoit lui rendre l'illasion. Raison de plus pour dormir , s'il vous en souvient comme à moi. Toutefois, Trésor des Fèves étoit trop prudent pour s'abandonner à cette joie paresseuse avant de s'être assuré de l'extérieur de son pavillon , dont l'éclat suffisoit pour attirer de fort loin les voleurs et les gens du roi. Il y en a en tous pays. Il sortit donc de Fenceinte magique» là serfouette ouverte à la main, comme d'habitude, pour iaire le tour de sa tente , et aviser au bon état de son campement.

Aussitôt qu'il fut parvenu à son extrême frontière (c'^toit un petit ravin creusé par les eaux , et que la biquette auroit franchi sans façon)» Trésor des Fèves s'arrêta, transi du frisson d'un homme de cœur ; car le vrai courage a les terreurs communes à notre pauvre humanité , et ne s'affermit en lui-même que par réflexion. Il y avoit ma foi , de quoi réfléchir au spectacle dont je parle!

G'étoit un front de bataille où reluisoient dans l'obscurité d'une nuit sans étoiles deux n. 4

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cents yeux ardents et immobiles , au devant desquels couroient sans relâche de la droite à la gauche , de la gauche à la droite et sur les flancs, deux yeux perçans et obliques dont l'expression indiquoit assez la ronde d'un gé* néral fort actif. Trésor des Fèves ne connois* soit ni Lavater, ni Gall, ni Spurzheim; il n'ctoit pas de la société phrénologique , mais il avoit l'instinct de simple nature qui instruit tous les êtres créés à discerner de loin la physionomie d'un ennemi; et il n'eut pas regardé un moment le commandant en chef de cette louvetaille affamée , sans reconnoitre en lui le loup couard et patelin qui lui avoit adroitement escroqué , sous couleur de philosophie et de vertu , le dernier de ses litrons.

— Mesâire loup , dit Trésor des Fèves , n'a pas perdu de temps pour rassembler son bercail et le mettre à ma poursuite ! Mais par quel mystère ont-ils pu me rejoindre , tous tant qu'ils sont , si ces vauriens de loups n'ont aussi voyagé en pois chiche ? — C'est probablement , reprit-il en soupirant, que les secrets de la science ne sont pas inconnus des méchants ; et je n'oserois jurer, quand j'y pense, que ce ne

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aôni pas eux qui les ont inventés pour mieux eogeigpner les bonnes créatures dans leurs dé« testables machinations.

Trésor des Fèves étoit réservé dans ses entreprises, mais soudain dans ses résolutions; il exhiba donc hâtivement de sa bougette le porte-manteau qu'il y a voit glissé à côté de sa calèche ; il en détacha le second de ses petits pob , l'ouvrit comme il avoit fait le premier et la calèche, et sema son contenu en terre, à la pointe de la serfoutte. — Il en arrivera ce qui pourra , dit-il ; mais j'aurois grand besoin cette nuit d'une muraille solide , ne fût-elle pas plus épaisse que celle de la chaumine, et d'une daie bien serrée , ne fût-elle pas plus forte que celle de mes échatiera, pour me défendre de messieurs les loups.

£t des murailles se dressèrent, non pas murailles de chaumine, mais murailles de palais; et de& claies germèrent devant tous les portiques , non pas claies en façon d'échaliers , mais hautes grilles seigneuriales d'acier bleu, à flèches et buissons dorés» où loup, ni blaireau, ni renard, n'auroit passé , sans se meurtrir ou se navrer la fine pointe de son

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moseau. Au point où en étoît alors la stratégie des loups, l'année des loups n'y avoit que faire. Après avoir tenté quelques pointes , elle se retira en mauvais ordre.

Tranquille sur la suite de cet événement.

Trésor des Fèves regagna son pavillon ; mais ce fut cette fois sur des parvis de marbre , à travers des péristyles illuminés eomme pour une noce , des escaliers qui montoient toujours et des galeries sans fin. Il fut tout aise de retrouver son pavillon de fleurs de pois au coeur d'un grand jardin verdoyant et florissant qu'il ne s© connoissoit pas , et son lit de plumes de colibri^ où je suppose qu'il dormit plus heureux qu'un roi. On sait que je n'exagère jamais.

Son premier soin du lendemain fut de visiter la somptueuse demeure qu'il s'étoit trouvée dans un petit pois, et dont les moindres beautés le remplirent d'étonnement ; car l'ameublement répondoit trè»-bien à la bonne mine du dehors. Il examina en détail son muséeMe tableaux , son cabinet des antiques , son casier de médailles , ses insectes , ses coquillages , sa bibliothèque , délicieuses merveilles encore nouvelles pour lui. Ses livres le char-

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mèrent sartout par le goût délicat qui avoit présidé à leur choix. Ce qu'il y a de plus exquis dans la littérature et de plus utile dans les sciences humaines s'y trouvoit rassemblé pour le plaisir et l'instruction d'une longue Tie , comme les aventures de l'ingénieux don Quichotte de la Manche , les chefs-d'œuvre de la Bibliothèque bleue , de la fameuse édition de madame Oudot ; des Contes des fées de toute sorte, avec de belles images en taille-doace; une collection de Voyages curieux et récréatifs, dont les plus authentiques étoient déjà ceux de Robinson et de Gulliver ; d'excellents Almanachs pleins d'anecdotes divertissantes et de renseignements infaillibles sur les phases de la lune et les jours propres aux semailles ; des Traités innombrables, écrits d'une manière fort simple et fort claire, sur l'agriculture , le jardinage, la pèche à la ligne, la chasse au filet , et l'art d'apprivoiser les rossignols; tout ce qu'on peut désirer enfin quand on est parvenu à connoitre ce que Talent les livres de l'homme et son esprit : il n'y avoit d'ailleurs point d'autres savants, point d'autres philosophes , point d'autres poètes , par la raison

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incontestable que tout savoir, toute philoso* phie , toute poésie , sont là y ou ne seront jamais nulle part : c'est moi qui tous en réponds.

Pendant qu'il procédoit ainsi à Tinventaire de ses richesses, Trésor des Fèves se sentit frappé du reflet de son image dans un des miroirs dont} tous les salons étoient ornés. Si la glace n'étoit menteuse, il devoit avoir grandi, ô prodige! de plus de trois pieds depuis la veille; et la moustache brune qui ombrageoit sa lèvre supérieure annonçoit distinctement en effet qu'il commençoit à passer d'une ado* IcRcence robuste à une jeunesse virile. Ce phénomène le travailloitnn peu , quand une riche pendule placée entre deux trumeaux lui permit de réclaircir à son grand regret : une des aiguilles marquoit le quantième des années , et Trésor des Fèves s'aperçut , à n'en pas douter, qu'il avoit réellement vieilli de six ans.

— Six ans! s'écria-t-il , malheur à moi! Mes pauvres parents sont morts de vieillesse et peutêtre de besoin I peut-être hélas ! sont-ils morts de la douleur de ma perte! et qu'auront-ils pensé en mourant de mon cruel abandon ou

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