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de ma pitoyable infortune ? Je comprends , ca* lèche maudite , que tu fasses bien du chemin , car tu déyores bien des jours dans tes minutes l Partez donc , partez donc poids chiche ! cohtinua-t-il en tirant le pois chiche de sa bougette , et en le lançant par la fenêtre. Allez si loin , damné de pois chiche , que l'on ne vous revoie jamais! — Aussi n'a-t-on jamais revu, à ma connoissance , de pois chiche en façon de chaise de poste qui fît cinquante lieues à Theure.
Trésor des Fèves descendit ses degrés de marbre plus triste qu'il n'avoit jamais fait l'échelle du grenier aux fèves. Il sortit du palais sans le voir ; il chemina dans ses plaines incultes, sans prendre garde si les loups n'y avoient pas insolemment bivouaqué pour le menacer d'un blocus. Il révoit en marchant ^ se frappoit le front de la main , et pleuroit quelquefois.
— £t qu'aurois-je à souhaiter , maintenant que mes parents n'existent plus ? dit-il en tournant machinalement son porte-manteau entre ses doigts... Maintenant que Fleur des Pois est depuis six ans mariée, car c'étoit le jour où je
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l'ai vue qu'expiroit sa dixième année , et cette époque est celle du mariage des princesses de sa maison I D'ailleurs , son choix étoit fait. — Que m'importe le monde entier , le monde qui ne se composoit pour moi que d'une chaumine et d'un champ de fèTCs que vous ne me rendrez jamais , petit pois vert , ajouta-t-il en le détachant de sa gousse , car les jours si doux de l'enfance ne se renouvellent plus. Allez , petit pois vert, allez où Dieu vous portera, et produisez ce que vous devez produire à la gloire de votre maîtresse, puisque c'en est fait de mes vieux parents, de la chaumine, du champ de fèves et de Fleur des Pois ! Allez , petit pois vert , allez bien loin !
£t il le lança de si grande force , que le petit pois vert auroit facilement rattrapé le gros pois chiche , si cela avoit été de sa nature. — Après quoi , Trésor des Fèves tomba par terre d'accablement et de douleur.
Quand il se releva , tout l'aspect de la plaine étoit changé. G'étoit jusqu'à l'horizon une mer sans bornes de brune ou de riante verdure, sur laquelle se rouloîent comme des flots confus , au petit souffle des brises, de blanches
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flears à la carène de bateau et aux ailes de pa* pillon, lavées de violet comme celles des fèves, ou de rose comme celles des pois; et quand le vent courboit ensemble tous leurs fronts ondoyants, toutes ces nuances se confondoient dans une nuance inconnue , qui étoit plus belle mille fois que celle des plus beaux parterres.
Trésor des Fèves s'élança , car il avoit tout revu , le champ agrandi , la chaumine embellie , son père et sa mère vivants , et qui accouroient au devant de lui , bien qu'un peu ca»sés, de toute la force de leurs jambes , pour lui apprendre comment, depuis le jour de son départ , ils n'a voient jamais manqué de recevoir de ses nouvelles tous les soirs , avec quelques gracieusetés qui ameilleurotent leur vie, et de bonnes espérances de retour qui les avoient sauvés de mourir.
Trésor des Fèves , après les avoir tendrement embrassés y leur donna ses bras pour l'accompagner à son palais. A mesure qu'ils en approchoient , le vieux et la vieille s'ébahissoient de plus en plus, et Trésor des Fèves auroit craint de troubler leur joie. Il ne put
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cependant s'enapéeher de dire en soupirant :
Ah ! si TOUS aviez tu Fleur des Pois ! Mais il y a six ans qu'elle est mariée !
— £t que je suis mariée ayec toi , dit Fleur des Pois en ouvrant la grille à deux battants. Mon choix étoit fait alors , t'en souvient-il ? Entrez ici , continua-t-elle en baisant le vieux et la vieille qui ne pouvoient se lasser de l'admirer , car elle étoit aussi grandie de six ans^ et l'histoire indique par là qu'elle en avoit seize. — Entrez ici chez votre fils: c'est un pays d'ame et d'imagination ou l'on ne vieilli! plus et où l'on ne meutt pas.
Il étoit difficile d'apprendre une meilleure nouvelle à ces pauvres gens.
Les fêtes du mariage s'accomplirent dana toute la splendeur requise entre de si grands personnages , et leur ménage ne eessa jamais d'être un parfait exemple d'amour , de con^ stance et de bonheur.
C'est ainsi que finissent les contes de fées.