‹ Contes en prose et en versChapitre 28 sur 55 · BT LA NOUVELLE MARGUERITE. H · texte numérisé non relu

BT LA NOUVELLE MARGUERITE. H

Fargence de la position actuelle ne vous en laisse pas davantage , de la nature des moyens à prendre pour détourner de votre maison le scandale qui la menace.

D'abord ceci ne change rien à l'état de votre fortune.

Marguerite se formoit , comme vous voyez ; elle est très-avancée , mais extrêmement avancée pour son âge !

Il auroit bien fallu tôt ou tard vous décider à la marier , quand vous la verriez fille à se marier toute seule.

Oh! c'est une aimable enfant! c'est grand bonheur qu'elle soit devenue amoureuse d'un étourdi que sa vie passée soumet d'avance à toutes les concessions , au lieu de se jeter à la tête d'un homme d'argent ou d'un homme de loi. Le procès seroit entré chez vous par la même porte que le sacrement , si elle avoit eu le guignon de se passionner d'un avocat:

vous auriez été obligée d'y mettre du vôtre.

Je ne vous dis pas pour cela qu'on puisse se passionner d'un avocat : c'est une supposition. Avec Amandus, pas un embarras à subir! il est si coulant en affaires, ce digne

Amandus, qu'il y a des joars où il voas doniieroit acquit de toute la succession pour un rouleau de louis rognés ; encore seroit-il * homme à payer le notaire et à faire une grosse gratification au maître clerc : un caractère sublime !

D'un autre côté, la petite grandissoit à vue d*œil. Sa beauté d'enfant, qui est très-remarquable, auroit fini par afficher l'impertinente prétention de rivaliser avec la vôtre, et j'ai déjà entendu des sots se crier d'une loge à l'autre : « Cette jolie personne a dû se marier bien jeune!... » — Ils vous prenoient pour la mère !

— Fi donc ! Maxime , je n'étois pas encore en pension quand elle vint au monde !

* — A qui le dites-vous I — Enfin l'événement prononce, et je lui sais gré de mettre un terme à vos irrésolutions.

— Vous en parlez à votre aise ! l'événement , l'événement ! il ne sera pas connu si elle revient, et je compte assez sur votre discrétion....^

— Ma discrétion, madame, est à toute épreuve; — mais Marguerite ne reviendra pas, et l'événement sera ébruité demain.

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Et si Marg;uerite revenoit, et que Téténement ne fût pas ébruité demain par hasard , il le seroit probablement d'ici à....

Permettez, continuai-je en feig;nant de supputer sur mes doigts, car ce n'étoit ici qn'ua effort d'imaginative , l'argument captieux de la péroraison, recommandé par les rhétenrs...

Je me penchai ensuite à son oreille, et j*y chuchotai deux ou trois mots.

— Quelle horrible idée ! s'écria-t-elle en se laissant presque défaillir sur son coussin.

— C'est comme j'ai pris la liberté de vous le dire : le monde marche d'un pas effrayant !

— Monsieur, reprit-elle en se levant avec dignité , vous connoissiez la retraite de Marguerite: allez la chercher, et promettez-lui sur ma foi qu'elle sera dans quinze jours la femme d'Amandus , puisqu'elle l'a voulu. — £h bien ! TOUS n'êtes pas parti ?

— Sur votre foi, madame?... Que ne peuton y compter pour son bonheur comme pour celui des autres !

— Allez, allez, Maxime, baisez ma main, — et ramenez ma nièce. — Eh bien ! ne sor-

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tez-TOus pas sans rattacher mon agrafe? je paroitrois à ses yenx dans un bel état ! —

Je reconduisis Marguerite après l'avoir convaincue par un nouveau plaidoyer de la sincérité des promesses que je venois de recevoir pour elle.

La tante fut austère mais raisonnable, la petite, respectueuse mais résolue.

Les choses se passèrent dans la perfection de part et d'autre ; Marguerite m'embrassa , je l'en aurois volontiers dispensée.

— Vous avez accommodé bien des difBcultés en peu de temps , me dit la tante en me reconduisant; vous êtes un homme admirable pour terminer les débats de famille ; j'espère que nous vous verrons à la noce ?

— Oui, madame, et nous y reprendront la conversation de cette nuit an momenjt où elle a commencé*

— Si vous le voulez... mais vous ne perdrez rien à la reprendre où elle a fini.

Gela étoit fort joli , mais il y a des mots délicieux qui perdent beaucoup de leur agrément à n'être pas mimés.

« Il faut convenir, dis-je en regagnant mon

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