‹ Contes en prose et en versChapitre 4 sur 55 · II · texte numérisé non relu

II

lA TftisoH DES wkyMS

Le hibou s'abattit dessus , le saint des serres et da bee , et d^un tire-d'aile il l'emporta sur son arbre.

— Oh ! que vous partez donc vite ! reprit Trésor des Fèves. Oserois-je vous demander> monsieur du hibou , si je suis encore loin du monde où ma mère m'envoie P

— Vous y entrez , mon ami , dit le hibou ; et il alla se percher ailleurs.

Trésor des Fèves se remit donc en chemin, allégé d'un de ses litrons , et comme sur qu'il ne tarderoit pas d'arriver ; mais il n'avoit pas fait cent pas qu'il s'entendit appeler encore.

— Béé-é, béé-é, béé-é, bekki! Arrétez-oi , monsieur Trésor des Fèves , on vous en prie.

— Je crois connoitre cette vois , dit Trésor des Fèves en se retournant. £hi oui, vraiment , c'est cette mièvre effrontée de chevrette de montagne , qui rôdoit toujours avec ses pe< tits autour de mon champ pour me rafler quelque bonne lippée. Vous voilà donc , madame la maraudeuse 1

— Que dites-vous de marauder, joli Trésor!

Ah ! vos haies étoient bien trop frondues , vos fossés trop profonds , et vos échaliers trop ser-

ST PLEUm DES POIS. liS

tés pour cela ! Tout ce qu'on pouyoit feire étoit de tondre le bout de quelques feuilles qui for-issoient entre les joints de la claie , et c'est au grand bénéfice des pieds que nous émondons , comme dit le commun prorerbe :

Dent de mouton porte nuisance £t dent de cheirrette abondance.

— Voilà qui suffit, dit Trésor des Fè?es, et le mal que je tous ai souhaité puisse^t-il m'ad- ▼enir incontinent! Mais qu'avies-yous à m'arréter , et que sauroivje faire qui tous fût à gré , dame chevrette ?

— Hélas I répondit- elle en versant de grosses larmes... Béé<^, béé-é, bekki... c'est pour tous dire qu'un méchant loup a mangé mon mari le cherret, et que nous sommes en grande misère, l'orpheline et moi, depuis qu'il ne va plus fourrager pour nous ; de sorte qu'elle est en danger de mourir de male-faim , si tous ne lui portez aide , la malheureuse biquette ! Je tous appelois alors , noble Trésor , pour tous prier de nous feire la charité d'un de ces bons

16 TRÉSOA MES FEVES

litrons de fèves que tous portez pendus à votre bâton , et qui nous seroit un suffisant réconfort en attendant que nous ayons reçu des secours de nos parents.

— Ceci , dame chevrette , s'écria Trésor des Fèves , en détachant du bout de son bâton un des deux litrons de fèves qui lui appartenoient encore, c'est œuvre de bienfaisance et de compassion que je me tiens heureux d'accomplir.

La chevrette le happa du bout des lèvres»

et d'un bond disparut dans le hallier.

— Oh ! que vous partez donc vite ! reprit Trésor des Fèves. Oserois-je vous demander , ma voisine , si je suis encore loin du monde où ma mère m'envoie ?

— Vous y êtes déjà, cria la chevrette en s'enfonçant parmi les broussailles.

Et Trésor des Fèves se remit en chemin , allégé de deux de ses litrons, et cherchant da regard les murailles de la ville, quand il s'aperçut, à quelque bruit qui se faisoit sur la lisière du bois, qu'il devoit être suivi de près. Il s'avança soudainement de ce côté, sa ser<* fouette ouverte à la main; et bien lui en prit, car le compagnon qui l'escortoit à pas de loup

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