‹ Contes en prose et en versChapitre 5 sur 55 · BT FLEUR DES POIS · texte numérisé non relu

BT FLEUR DES POIS

n'éioit autre qu'un vieux loup dont la phydo-» nomia ne promettoit rien d'honnête.

— C'est donc vous , maligne bête , dit Trésor des Fèves , qui me réserviez Fhonneur de figu-' rer chez vous au banquet de la vesprée ? Heureusement ma serfouette a deux dents qui valent bien toutes les vôtres , sans vous faire tort; et il faut vous tenir pour dit , mon compère ^ que vous souperez aujourd'hui sans moi. Regardez-vous de plus comme bien chanceux , s'il vous plait, que je ne venge pas sur votre vilaine personne le mari de la chevrette, qui étoit le père de la biquette , et dont la famille est réduite par votre cruauté à une piteuse misère. Je le devrois peut-être , et je le ferois justement , si je n'avois été nourri dans l'horreur du sang , jusqu'au point de ménager celui des loups I

Le loup, qui avoit écouté jusqu'alors en toute humilité , partit subitement d'une longue et plaintive exclamation , en élevant les yeux au ciel comme pour le prendre à témoin :

— Puissance divine qui m'avez donné la robe des loups, dit-il en sanglotant, vous savez si j'en ai jamais senti dans mon cœur les mau-

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yaises înolinattons f Voas êtes tnattre oependant , moD«eigB6ur , ajoata4*il ayec abandon » la tète respectueusement penchée ver» Trésor des Fèves , de disposer de ma triste vie , que je remets à votre merci , sans crainte et sans remords. Je périrai content de vos mains , s'il vous convient de m'immoier en expiation des crimes trop avérés de ma race ; car je vous ai toujours aimé tendrement, et parfaitement honoré , depuis le temps où je prenois un in* nocent plaisir à vous caresser au berceau , quand madame votre mère n'y étoit pas. Vous étiez dès lors de si bonne mine, et si impo* santé, qu'on auroit deviné^ rien qu'à voua voir, que vous deviendriez un prince puissant et magnanime comme vOus êtes, le vous prie seulement de croire , avant de me condamner, que je n'ai pas trempé mes pattes sanglantes à l'assassinat perpétré sur l'époux infortuné de la chevrette. Élevé dans les principes d'absti*nenee et de modération auxquels je n'ai £ii]lî de toute ma vie de loup, j'étois alors en miasion pour répandre les saines doctrines de la norale parmi les tribus lapines qui relèvent de ma communauté^ et pour les amener gra-

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du^lemeni, par l'enseignen^it etparl'exem- ]>}e , à la pratiqua d'un régime frugal , qui «st le but essentiel de la pei€ectibitiié des lonps« ^ TOUS dirai mieux, moaseigneur , l'époux de la eherrette fut mon ami ; je c^érissois en lui d'heureuses dispositions , et nous voyageâmes souvent ensemble en devisant, parce qu'il avoit beauooup d'esprit naturel et de goût pour apprendre. Une malheureuse rixe de préséance ( vous savez combien le caractère de sa nation est chatouilleux sur ce chapitre ) occasiona sa mort en mon absence • et je ne m'en sui^ pas consolé.

Et le loup pleura, ce sembloit , du profond de son cœur, ni plus ni moins que la chevrette.

— Vous me suivies pourtant, dit Trésor des Fènres, sans remboîter le double fer de sa serfouette.

— Il est vrai, monseigneur, répondit la loup en câlinant; je vous suivois dans Tespé* rance de vous intéresser à mes vues bénévoles et philosophiques en qu^ue endroit plus propre à la conversation. Las ! me disois-je , si monseigneur Trésor des Fèves, dcmt la réputation estai étendue etsi accréditée dansle pays ,

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vouloit eoQtribaer de sa part au plan dé rën forme que j'ai fait , il en auroit une belle oc« casiou aujourd'hui; je suis caution qu'il ne lui en coûteroit qu'un des litrons de bonnes fèves qu'il porte pendus à son bâton y pour affriander une table d'hôte de loups , de louvats et de Ion-* yeteaux , à la vie granivore, et pour sauver des générations innombrables de ehevrettes et dé chevrets, de biquettes et de biquets.

C'est le dernier de mes litrons, pensa Trésor des Fèves;' mais qu'ai-je afibire de bilbo« quet , de rulHs et de toupie ? et qu'est-ce qu'un plaisir d'enfant au prix d'une action utile ?

— Voilà ton litron de Fèves ! s'éeria-t-il en détachant du bout de son bâton le dernier des litrons que sa mère lui avoit donnés pour ses menus plaisirs, mais sans fermer sa serfouette.

— C'est le ré^te de ma fortune , ajouta-t-il ; mais je n'y ai point de regret , et je te serai reconnoissant , ami loup , si tu en fais le bon usage que tu m'as dit

Le loup y enfonça ses crocs , et l'emporta d*un trait vers sa tanière.

<r- Oh ! que vous partez donc vite ! reprit Trésor des Fèves. Oserois-je vous demander ,

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messtre loop , si je suis encore loin du monde où ma mère m'envoie ?

— Tu y es depuis long-temps , répondit le loup en riant de travers , et tu y resterpis bien mille ans , sans voir autre chose que ce que tu asYu.

Trésor des Fèves se remit alors en chemin , allégé de ses trois litrons, et cherchant toujours du regard les murailles de la ville, qui ne se montroient jamais. Il commençoit à céder à la lassitude et à l'ennui , quand des cris perçants qui partoient d'un petit sentier détourné ré* veillèrent son attention. Il courut au bruit.

— Qu'est-ce, dit-il, la serfouette à la main , et qui a besoin de secours ? Parlez , car je ne vous vois pas.

— C'est moi, monsieur Trésor dos Fèves; c'fsst Fleur des Pois, répondit une petite voix pleine de douceur , qui vous prie de la délivrer de l'embarras où elle se trouve; il ne faut que vouloir, et il ne vous en coûtera guère.

— £h ! vraiment, madame , je n'ai point con^ tume de regarder à ce qu'il m'en coûtera pour obliger ! Vous pouvez disposer de ma fortune et de mon bien , continua-t-il , à l'exception

de ces trois litrons de fèT^ qae je porte pen^ dus à mon bâton , parce qu'ils ne m'appartien- Beat pas , mais à mon père et à ma mère , et que j'ai donné tont-à-l'heure ceux qui étoieet miens à mn yénérable hibou , à un saint homme de loup qui prêche comme un ermite , et à la plus intéressante des chetrettes de montagne. Il ne me reste pas une seule fève que j'ak) lt>^ cenee de vous offrir.

— Vous vous moquez , reprit Fleur des Pois, un peu piquée. Qui tous parle de vos fèves, seigneiur ? Je n'ai que faire de vos fèves , grâce à Dieu ; et on ne sait ce que c'est dans mou offtice. Le service- que je vouaf demande , c'est de mettre le doigt sur le bouton de ma calèche pour en relever la capote , sous laquelle je suis près d'étoufier.

— Je ne demanderois pas mieux , madame , s'écria Trésor des Fèves, si j'avois l'honneur de voir votre calèche ; mais il n'y a pas ombre de calèche dans ce sentier, qui me paroitd'ail'*leurs peu voyable aux équipages. Cependant je ne mettrai pas long-temps me^uy à la déeou«> vrir , car je vous entends de bien près.

— Eh quoi I dit-elle , en s'éclatant de rire,

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votis ne Toyes pas ma calèche ! vous avez failli réems^r en courant comme un étourdi ! Elle , est devant vous , aimable Trésor des Fèves, et il est facile de la reoonnoitre à son apparence élégante y qui a quelque chose de celle d'un pois chiche.

— Tellement l'apparence d'un pois chiche, rumina Trésor des Fèves en s'accroupetonnant, que je me serois laissé pendre avant d'y voir autre chose qu'un pois chiche.

Un coup d'œil suffit pourtant à Trésor des Fèves pour remarquer que c'étoit un fort g;ros pois chiche, pjusrond qu'orange, et plus jaune que citron , porté sur quatre petites roues d'or, et muni d'un joli porte-manteau qui étoit fait d'une petite gousse de pois, verte et lustrée oomme maroquin.

Il se hâta de mettre la main sur le bouton, et la porte s'ouvrit.

Fleur des Pois en jaillit comme une graine de balsamine, et tomba leste et joyeuse sur ses talons. Trésor des Fèves se releva émerveillé , oar il n'avoit jamais rien imaginé d'aussi beau que Fleur des Pois. C'étoit en effet le minois le plus açcompU qu'un peintre puisse inventer :

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des yeux longs comme des amandes , violets . comme des bettraTCS^, aux regards pointus comme des alênes , et une bouche fine et mo* queuse qui ne s'entr'ouvroit à demi que pour laisser voir des dents blanches comme albâtre et luisantes comme émail. Sa robe courte, un peu bouffante, panachée de flammes roses, comme les fleurs qui viennent aux pois , parvenoit à peine à moitié de ses jambes faites au tour , chaussées d'un bas de soie blanc aussi tendu que si on y avoit employé le cabestan , et terminées par des pieds si mignons , qu'on ne pouvoit les voir sans envier le bonheur du cordonnier qui les avoit de sa main emprison^ nés dans le satin.

— De quoi t'étonnes-tu? dit Fleur des Pois.

— Ce qui prouve , par parenthèses , que Trésor des Fèves n'avoit pas l'air extrêmement spirituel dans ce moment-là. —

Trésor des Fèves rougît ; mais il se remit bientôt. — Je m'étonne , répondit-il modeste«> ment , qu'une aussi belle princesse , qui est à peu près de ma taille, ait pu tenir dans un pois chiche.

— Vous déprisez mal à propos ma calèche,

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