‹ Contes en prose et en versChapitre 48 sur 55 · DIOCLÉTIEN · texte numérisé non relu

DIOCLÉTIEN

Je suis parleur, dit on, mais qulmporte le temps.? Je tiens qu^en cet objet c^est la dernière clause , Pourvu que le lecteur prenne goût k la chose;

Et qui vous dit que je prétends A conter aveo art?' II n*én est rien , je cause ! Au métier que je fais , c'est tout ce que j'entends. Ce n'est pas sans raison d'ailleurs que je m'étends Sur le ebarme si doux d'une innocente vie:

220 DIOGLÉTIEir.

J'en voudrois tellement travailler votre esprit

Que je parvinsse enfin à vous donner Tenvie

De goûter ce bonheur qti0 ma muse décrit.

Vous voyez qu*il n'est pas malaisé de Fatteindre ;

11 ne faut que vouloir avec sincécité.

Peu semblable à ces biens dont rien ne peut éteindre

La funeste cupidité, 11 comble notre cœur dès qu'il est souhaitée La pompe des premiers éblouit, elle étonne f L'autre n'a pasbesoim. de leur faste emprunté ;- 11 brille de candeur et de simpficité.

Le monde nous les vend : la nature le donnât Un pénible retour dans leur maturité

Les^orrompt et les-empoisonnc.

11 conserve en tout temps la même pureté; Et si l'homme , affranchi par un nouveau mystère* De l'exil passager qu'il subit sur la terre , Voit un jour de son sortie cour» illimité, Ce bonheur est le lot de l'immortalité.

Un de ces demi-dieux que révère l'histoire En préfiêra le charme au sceptre des Romain^.

Long-femps>, de l'éclat de sa gloire U avoit étonné les timides humains; Cependant le» plaisirs de son enfance obscure Se Fctraçoient souvent à son cœur attendri ;. Du chaume paternel il regrettoit l'abcl ,

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Et ces bois frais et doux, temples delà nature, Dan».lesque1s son jeune âge avoit été nourri. Souvent dans le secret il répandoit des larmes ; Et Constance et Galère en répandoient aussi; Mais tributs du regret et non pas des alarmes. Les siennes provenoient d^un plus tendre souci. Un jour, entre leurs main» remettant la couronne : « Adieu, s^écria-t-il, j« retourne à Salone, I) Je vais goûter de» champ» le repos fertuoé-. » Jouissez , 6 Césars , du- bien que j'abandonne*: » Il ne yaut pas celui que les Dieux m*ont donné! n

Rome bientôt après youlnt un nouveau mattre.

Il n'est pa» malaisé de trouver qui veut Fétre.

Toutefois à Salone on députa vers lui.

« Le peuple,, lui dit-on, réclame votre appui f

» Venez au Capitole, et gouvernez le monde,

u Le monde impatient de reprendre vos fers ! —

» Ah! vous n'iavez pas vu ces bosquet» toujours vert»;,

» Répondit-il... ces champs que ma sueur féconde,

» Ces bois que mille oiseaux charment de leurs concerts !

» Ce sont les seuls trésors auxquels mon cœur aspire.

» De Rome en leur faveur j'ai délaissé l'empire,

n Et ce modeste enclos est pour moi l'univers. »

O vous, à qui je dois des déités meilleure» , Fraîcheur obscure de» foret»,

S22 moGLériBN.

Source placée, abris discrets, Délices , qui du pauvre enchantez les demeures, £t qui dv^ riche même apaisez les regrets,

Pour soulager Tennui des heures Est-il taKsman qui vaille vos secrets?

médiocrité bienfaisante et dorée , £t toi , lente paresse , où s'endorment nos sens , Et toi, sommeil flatteur , cher aux cœurs innocents. Ne me refusez pas votre faveur sacrée!

Ne me retirez pas ces trésors précieux

Dont vous avez comblé ma vie, Et ne redoutez point que jamais asservie

En d'antres temps, en d*autres lieux, Aux plaisirs passagers dont Terreur est suivie, Elle outrage vos dons par un choix odieux.

Non, vous serez toujours et mes lois et mes dieux!

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