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UN ENTERREMENT DRAMATIQUE

bourgeoise, à qui l'on eût rêvé un cabas, c'était la reine terrible et fatale des grandes œuvres romantiques, et cette petite personne blonde et pâlotte, si fade sous ses dentelles, et qu'aurait si bien complétée le rouleau de toile cirée de la maîtresse de piano au cachet, c'était l'exquise ingénue que tous les vaudevillistes avaient mariée au dénouement de leurs pièces. Il y avait là des regards mourants de lorette à l'hôpital, des airs de tête de vieille copiste du Louvre, des sourires de Célimène macabre. Bientôt arrivèrent dans des fiacres les fonctionnaires de l'administration des théâtres, en gants noirs et en habit, avec un air de tristesse officielle ; les jeunes reporters, saute-ruisseau du journalisme, regardant tout le monde sous le nez, en prenant des notes; les auteurs dramatiques, les feuilletonnistes du lundi; enfin tous ces êtres nocturnes, éreintés et blasés, qu'on est convenu d'appeler le Tout-Paris des premières.

Les groupes devinrent plus compacts, des conversations animées s'engagèrent. D'anciens camarades se retrouvaient. On échangeait des poignées de main ; on reprenait, vu la circonstance, ses sourires de cordialité; des femmes s'embrassaient à travers le voile.

Au passage on saisissait des lambeaux de dialogue, tels que ceux-ci : Quand passe Ta machine de chose ? — Étais-tu hier à la première des Variétés?

Des termes de coulisses étaient entendus : Mes moyens, mon charme, mon physique. Il se faisait même des affaires. Un nouveau directeur était très entouré; une vieille actrice organisait son bénéfice.

Tout à coup, il se fit un mouvement dans la foule. Les croque-morts venaient de placer le cercueil dans le corbillard et les jeunes filles de la confrérie de la Vierge, dont était la morte, se rangeaient, voilées de blanc, sur deux lignes, aux côtés du char funèbre. Précédé d'un maître de cérémonies en bas de soie et le tricorne à la main, le pauvre père avait paru sur le trottoir, en grand deuil, en cravate blanche, bouleversé de douleur et soutenu par des amis.

Le convoi se mit en marche et l'on arriva à la paroisse, heureusement tout proche.

On dit une grand'messe en musique qui n'en finissait pas. Il faisait trop chaud dans l'église bondée de monde, et l'inattention était générale. Des gens, qui ne s'étaient reconnus que là, se saluaient de loin d'un lé ?er mouvement de tête; des entretiens à voix basse s'échangeaient ; quelques jeunes acteurs prenaient des attitudes, en se tournant du côté des femmes, et des pituites répondaient aux Dominus vobiscum chevrotes par le prêtre. A l'élévation, derrière l'autel, éclata un magnifique Pie Jesu chanté par un baryton célèbre qui n'avait jamais mis dans sa voix plus de langueur amoureuse.

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