‹ Contes en vers et chansonsChapitre 13 sur 79 · LE VIEUX CHENE · texte numérisé non relu

LE VIEUX CHENE

A l'ombre d'un épais feuillage , Sous un chêne majestueux, Laure , en s'éloignant du village , Va rêver à son amoureux.

Le chêne qui protège Laure Est révéré par les amans, Et, quoique vieux, il peut encore Recevoir les plus doux sermens.

Laure a seize ans, elle est charmante; Son cœur est tendre et sans détour, Et dans ses yeux, son ame aimante Se peint pure comme un beau jour.

Armand lui jure ardeur extrême.

Chacun lui dit : C'est un trompeur.

Mais à seize ans, celui qu'on aime ÎNe fera que notre bonheur.

Sous le vieux chêne , où la prudence Devrait l'empêcher de venir,

Laure a perdu son innocence , Armand a trouvé le plaisir.

Chaque soir l'amour les ramène Près de ce témoin de leurs feux.

A ne point quitter le vieux cliêne Laure bornerait tous ses vohix.

Bientôt Armand se fait attendre.

Ces momens lui semblent moins doux.

Il est moins empressé. . moins tendre... Bientôt... il manque au rendez-vous.

Laure , seule , est sous le vieux chêne ; Ce confident de son bonheur Devient le témoin de sa peine , De ses larmes^ de sa douleur.

Passant souvent la nuit entière Sous l'arbre qu'ils avaient choisi , Laure, sans fermer la paupière.

Se dit : »< Je dois l'attendre ici. »

Dans la vallée, oia son œil [)lon[{e, PJle croit rcntendre... le voir...

Le jour renait... c'était un songe!

(Chaque instant (rompe son espoir.

Ses veilles, sa peine cruelle, Ont flétri son teint, sa beauté; Et pourtant Laure est cncor belle D'amour et de fidélité.

Un jour enfin, près du vieux chêne, Le volage Armand a passé; Laure dit : « L'amour le ramène. »

Vers lui son cn^ur s'est élancé.

« Ali! je t'attendais, » lui dit Laure,, (( Long-temps mes vœux furent déçus !

» Pourquoi fuir celle qui t'adore?

» — C'est que... je ne vous aime plus. »

A ces mots quittant la pauvrette , L'ingrat disparaît à ses yeux, Et Laure immobile, muette.

Semble fixée aux mêmes lieux.

Le jour a fini sa carrière ,

La pluie a grossi le torrent ,

La foudre gronde... à sa chaumière

Le villageois craintif se rend.

Sous le chêne la triste Laure Reste dans ce fatal moment, Car elle croit entendre encore Les derniers mots de son amant.

« O Dieu! » dit-elle ;, « vois ma peine, » Ici j'ai connu le bonheur ; » Ah! fais-moi mourir sous ce chêne » Où j'ai cru posséder son cœur. »

Du vieux chêne la tête altière Au tonnerre vient d'échapper...

Il tombe... Laure est en poussière...

Est-ce elle qu'il devait frapper ?

Sous le chêne ; Laure repose ; Là^ tant d'attraits furent reçus :

Sur la pierre on voit une rose Et ces mots : // ne V aimait plus.

Jeunes amans , que ce feuillage Par vous soit toujours respecté.

On l'a nommé dans le village L'arbre de la fidélité.

Vain espoir!... Toujours d'âge en âge L'inconstance l'emportera , Et l'on fera, sous son ombrage, D'autres sermens... qu'on trahira.

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