PORTRAIT
DE MADAME LA DüCHESSE DE LA V ALLIÈRE.
Être femme sans jalousie,
Et belle sans coquetterie,
Bien juger sans beaucoup savoir,
Et bien parler sans le vouloir,
N’être haute , ni familière ,
N’avoir point d’inégalité.
C’est le portrait de La Yallière;
Il n’est ni fiui , ni flatté.
EPIGRAMME
Connaissez-vous certain rimeur obscur,
Sec et guindé , toujours froid , toujours dur ,
Ayant la rage et non l'art de médire,
Qui ne peut plaire , et peut encor moins nuire ,
Pour ses méfaits dans la geôle encagé ,
A Saint-Lazare après ce fustigé,
Chassé, battu, détesté pour ses crimes,
Honni , berné, conspué pour ses rimes,
Cocu , content , parlant toujours de soi ?
Chacun s’écrie : Eh! c’est le poëte Roi.
POÉSIES MÊLÊÈS.
IMPROMPTU
Fait dans les jardins de Cirey, en se promenant au clair de la lune.
Astre brillant, favorable aux amants,
Porte ici tous les traits de ta douce lumière :
Tu ne peux cclairer, dans ta vaste carrière,
Deux cœurs plus amoureux, plus tendres, plus constants.
A MADAME DU CHÂTELET
En recevant son portrait.
Traits charmants, image vivante Du tendre et cher objet de ma brillante ardeur !
L’image que l’amour a gravée en mon cœur,
Est mille fois plus ressemblante.
A LA MÊME
Mon cœur est pénétré de tout ce qui vous touche ;
De la félicité je vous fais des leçons :
Mais je suis peu savant; un mot de votre bouche Vaut bien mieux que tous mes sermons.
A M. CLOZIER.
Qui avait envoyé à l'auteur un poème sur la gr&ce.
Lorsque vous me parlez des grâces naturelles Du héros votre commandant, (*)
Et de la déité qu’on adore à Bruxelles, (**)
C’est un langage qu'on entend.
La grâce du Seigneur est bien d’une autre espèce :
Moins vous nous l'expliquez, plus vous en parlez bien :
Je l’adore et 11’y comprends rien.
L’attendre et l’ignorer, voilà notre sagesse.
Tout docteur, il est vrai, sait le secret de Dieu.
Elus de l’autre monde, ils sont dignes d’envie.
Mais qui vit auprès d’Emilie,
Ou bien auprès de Richelieu,
Est un élu de cette vie.
Sur le mariage du fils du doge de Venise avec la fille duo ancien doge.
Venise et la mère d’Amour Naquirent dans le sein de l'onde;
Ces deux puissances tour à tour Ont été la gloire du monde :
C’est pour éterniser un triomphe si beau
Qu’aujourd'hui l’Amour sans bandeau Unit deux cœurs qu’il favorise ;
Et c’est un triomphe nouveau Et pour Vénus et |K)ur Venise.
(*) M. le duc do Richelieu.
(**) La marquise du Châtelet était alors h Bruxelles.