‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées de Voltaire (volume 2)Chapitre 26 sur 174 · OU LES FILLES DE MISÉE · texte numérisé non relu

OU LES FILLES DE MISÉE

Neptune chaque jour est occupé six heures A soulever des eaux les profondes demeures,

Et les fait dans leur lit retomber par leur poids.

Vulcain, noir et crasseux , courbé sur son enelume Forge à coups de marteau les foudres qu'il allume.

On m’a conté qu'un jour, croyant le bien payer, Jupiter à Vénus daigna le marier.

Ce Jupiter, mes soeurs, était grand adultère;

Vénus l’imita bien ; chacun tient de son père.

Mars plut à la friponne ; il était colonel ,

Vigoureux, impudent, s’il en fut dans le ciel ,

Talons rouges , nez haut , tous les talents de plaire ;

Et tandis que Vulcain travaillait pour la cour,

Mars consolait sa femme en parfait petit-maître ,

Par air, par vanité, plutôt que par amour.

Le mari méprisé , mais très digne de l’être ,

Aux deux amants heureux voulut jouer d'un tour. D’un fil d'acier poli , non moins fin que solide ,

Il façonne un réseau que rien ne peut briser.

Il le porte la nuit au lit de la perfide.

Lasse de ses plaisirs , il la voit reposer Entre les bras de Mars ; et d’une main timide Il vous tend son lacet sur le couple amoureux.

Puis marchant à grands pas, encor qu’il fût boiteux, Il court vite au Soleil conter son aventure.

Toi qui vois tout , dit-il , viens , et vois ma parjure. Cependant que Phosphore , au bord de l’Orient , Au-devant de son char ne paraît point encore ,

Et qu’en versant des pleurs la diligente Aurore Quitte son vieil époux pour son nouvel amant; Appelle tous les dieux , qu’ils contemplent ma honte, Qu’ils viennent me venger. Apollon est malin,

11 rend avec plaisir ce service à Vulcain ;

En petits vers galants sa disgrâce il raconte ;

Il assemble en chantant tout le conseil divin.

Mars se réveille au bruit aussi bien que sa belle;

Ce Dieu très éhontc ne se dérangea pas;

Il tint sans s’étonner Vénus entre ses bras ,

Lui donnant cent baisers , qui sont rendus par elle. Tous les dieux à Vulcain firent leur compliment;

Le père de Vénus en rit long-temps lui-même.

On vanta du lacet l’admirable instrument,

Et chacun dit : Bon homme , attrapez-nous de même.

Lorsque la belle Alcithoé . Eut fini son conte pour rire ,

Elle dit à sa sœur Thémirc :

Tout ce peuple chante Ë v oé;

Il s’enivre , il est en délire ;

Il croit que la joie est du bruit.

Mais vous que la raison conduit, N’auriez-vous donc rien à nous dire?

Thémire à sa sœur répondit :

La populace est la plus forte ;

Je crains ces dévots, et fais bien ;

A double tour fermons la porte ,

Et poursuivons notre entretien.

Votre conte est de bonne sorte ;

D’un vrai plaisir il me transporte ; Pourrez-vous écouter le mien ?

C’est de Vénus qu’il faut parler encore;

Sur ce sujet jamais on ne tarit;

Filles , garçons, jeunes , vieux , tout l’adore : Mille grimauds font des vers sans esprit

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