OU LES FILLES DE MISÉE
Neptune chaque jour est occupé six heures A soulever des eaux les profondes demeures,
Et les fait dans leur lit retomber par leur poids.
Vulcain, noir et crasseux , courbé sur son enelume Forge à coups de marteau les foudres qu'il allume.
On m’a conté qu'un jour, croyant le bien payer, Jupiter à Vénus daigna le marier.
Ce Jupiter, mes soeurs, était grand adultère;
Vénus l’imita bien ; chacun tient de son père.
Mars plut à la friponne ; il était colonel ,
Vigoureux, impudent, s’il en fut dans le ciel ,
Talons rouges , nez haut , tous les talents de plaire ;
Et tandis que Vulcain travaillait pour la cour,
Mars consolait sa femme en parfait petit-maître ,
Par air, par vanité, plutôt que par amour.
Le mari méprisé , mais très digne de l’être ,
Aux deux amants heureux voulut jouer d'un tour. D’un fil d'acier poli , non moins fin que solide ,
Il façonne un réseau que rien ne peut briser.
Il le porte la nuit au lit de la perfide.
Lasse de ses plaisirs , il la voit reposer Entre les bras de Mars ; et d’une main timide Il vous tend son lacet sur le couple amoureux.
Puis marchant à grands pas, encor qu’il fût boiteux, Il court vite au Soleil conter son aventure.
Toi qui vois tout , dit-il , viens , et vois ma parjure. Cependant que Phosphore , au bord de l’Orient , Au-devant de son char ne paraît point encore ,
Et qu’en versant des pleurs la diligente Aurore Quitte son vieil époux pour son nouvel amant; Appelle tous les dieux , qu’ils contemplent ma honte, Qu’ils viennent me venger. Apollon est malin,
11 rend avec plaisir ce service à Vulcain ;
En petits vers galants sa disgrâce il raconte ;
Il assemble en chantant tout le conseil divin.
Mars se réveille au bruit aussi bien que sa belle;
Ce Dieu très éhontc ne se dérangea pas;
Il tint sans s’étonner Vénus entre ses bras ,
Lui donnant cent baisers , qui sont rendus par elle. Tous les dieux à Vulcain firent leur compliment;
Le père de Vénus en rit long-temps lui-même.
On vanta du lacet l’admirable instrument,
Et chacun dit : Bon homme , attrapez-nous de même.
Lorsque la belle Alcithoé . Eut fini son conte pour rire ,
Elle dit à sa sœur Thémirc :
Tout ce peuple chante Ë v oé;
Il s’enivre , il est en délire ;
Il croit que la joie est du bruit.
Mais vous que la raison conduit, N’auriez-vous donc rien à nous dire?
Thémire à sa sœur répondit :
La populace est la plus forte ;
Je crains ces dévots, et fais bien ;
A double tour fermons la porte ,
Et poursuivons notre entretien.
Votre conte est de bonne sorte ;
D’un vrai plaisir il me transporte ; Pourrez-vous écouter le mien ?
C’est de Vénus qu’il faut parler encore;
Sur ce sujet jamais on ne tarit;
Filles , garçons, jeunes , vieux , tout l’adore : Mille grimauds font des vers sans esprit