‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées de Voltaire (volume 2)Chapitre 27 sur 174 · OU LES FILLES DE MINÉE · texte numérisé non relu

OU LES FILLES DE MINÉE

Pour la chanter. Je m’en suis souvent plainte. Je détestais tout médiocre auteur;

Mais on les passe, on les souffre , et la sainte Fait qu’on pardonne au sot prédicateur.

Cette Vénus, que vous avez dépeinte Folle d’amour pour le dieu des combats,

D’un autre amour eut bientôt l’àme atteinte;

Le changement ne lui déplaisait pas.

Elle trouva devers la Palestine •

Du beau garçon dont la charmante mine,

Les blonds cheveux , les roses et les lis,

Les yeux brillants, la taille noble et fine,

Tout lui plaisait; car c’était Adonis.

Cet Adonis, ainsi qu’on nous l’atteste.

Au rang des Dieux n’était pas tout-à-fait;

Mais chacun sait combien il en tenait.

Son origine était toute céleste ;

Il était né des plaisirs d’un inceste.

Son père était son aieul Cynira ,

Qui l’avait eu de sa fille Myrrha ;

Et Cynira , ce qu’on a peine à croire ,

Etait le fils d’un beau morceau d’ivoire.

Je voudrais bieu que quelque grand docteur Pût m’expliquer sa généalogie;

J’aime à m’instruire, et c’est un grand bonheur D’être savante en la théologie.

Mars fut jaloux de son charmant rival ;

Il le surprit avec sa Cythérée Le nez collé sur sa bouche sacrée ,

Faisant des Dieux. Mars est un peu brutal ;

Il prit sa lance ; et d’un coup détestable ,

Il transperça ce jeune homme adorable,

De qui le sang produit eucor des fleurs.

J'admire ici toutes les profondeurs De cette histoire; et j’ai peine à comprendre Comment un Dieu pouvait ainsi pourfendre Un autre Dieu. Çà , dites-moi , mes sœurs,

Qu’en pensez-vous ? parlez-moi sans scrupule , Tuer un Dieu n est-il pas ridicule?

Non , dit Climène , et puisqu’il était né ,

C’est à mourir qu’il était destiné :

Je le plains fort , sa mort paraît trop prompte : Mais poursuivez le fil de votre conte.

Notre Thémire aimant à raisonner Lui répondit : Je vais vous étonner.

Adonis meurt; mais Vénus la féconde,

Qui peuple tout, qui fait vivre et sentir,

Cette Vénus qui créa le plaisir,

Cette Vénus qui répare le monde,

Ressuscita, sept jours après sa mort,

Le Dieu charmant dont vous plaignez le sort.

Bon ! dit Climène, en voici bien d’une autre; Ma chère sœur , quelle idée est la vôtre ?

Ressusciter les gens! je n’en crois rien.

Ni moi non plus, dit la belle conteuse;

Et l’on peut être une fille de bien En soupçonnant que la fable est menteuse.

Mais tout cela se croit très-fermement Chez les docteurs de ma noble patrie,

Chez les rabbins de l’antique Syrie ,

Et vers le Nil , où le peuple eu dansant.

De son Isis entonnant la louange ,

Tous les matins Jait des Dieux et les mange.

Chez tous ces gens Adonis est fêté ;

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