OU L’APOLOGIE DO LUXE
L’auguste Rome , avec tout son orgueil ,
Rome jadis était ce qu’est Auteuii.
Quand ces enfants de Mars et de Sylvie,
Pour quelque pré signalant leur furie,
De leur village allaient au champ de Mars ,
Ils arboraient du foin > pour étendards.
Leur Jupiter, au temps du bon roi Tulle,
Ëtait de bois; il fut d'or sous Luculle.
N’allez donc pas, avec simplicité,
Nommer vertu ce qui fut pauvreté.
Oh! que Colbert était un esprit sage!
Certain butor conseillait par ménage,
Qu’on abolît ces travaux précieux ,
Des Lyonnais ouvrage industrieux.
Du couseillcr l’absurde prud’hommic Eût fout perdu par pure économie.
Mais le ministre, utile avec éclat,
Sut par lo-luxe enrichir notre Ëtat.
De tous nos arts il agrandit la source ;
Et du Midi , du Levant et de l’Ourse ,
Nos fiers voisins, de nos progrès jaloux,
Payaient l’esprit qu’ils admiraient en nous.
Je veux ici vous parler d’un autre homme,
Tel que n’en vit Paris, Pékin ni Rome;
C’est Salomon , ce sage fortuné ,
Roi philosophe, et Platon couronné,
Qui connut tout, du cèdre jusqu’à l’herbe :
Vit-on jamais un luxe plus superbe ?
Il faisait naître au grc de ses désirs L’argent et l’or, mais surtout les plaisirs.
* Une poignée de foin au bout d’un bîton, nommée manipulas , était le premier étendard des Romains.
Conte», Satire», etc. * 8
1 1 4 DÉFENSE DD MONDAIN, CtC.
Mille beautés servaient à son usage. — ~ •
Mille? — On le dit, c’est beaucoup pour un sage. Qu’on m’en donne une, et c’est assez pour moi, Qui n’ai l’honneur d’être sage ni roi.
Parlant ainsi , je vis que les convives Aimaient assez mes peintures naïves ;
Mon doux béat très-peu me répondait,
Riait beaucoup, et beaucoup plus buvait;
Et tout chacun présent à cette fête Fit son profit de mon discours honnête.