‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de Voltaire (volume 3)Chapitre 22 sur 175 · LB DIMANCHE · texte numérisé non relu

LB DIMANCHE

Ne fréquentaient jamais l'église.

Alcithoé dit à ses sœurs :

Travaillons et faisons l'aumône ;

Monsieur le curé , dans son prône ,

Donne-t-il des conseils meilleurs?

Filous , et laissons la canaille

Chanter des versets ennuyeux :

Quiconque est honnête et travaille

Ne saurait offenser les Dieux.

Filons, si vous voulez m'en croire;

Et , pour égayer nos travaux ,

Que chacune conte une histoire

En faisant tourner se$ fuseaux.

Les deux cadettes approuvèrent

Ce propos tout plein de raison ,

Et leur sœur qu'elles écoutèrent

Commença de cette façon :

Le travail est mon Dieu , lui seul régit le monde ; Il est l'âme de tout : c'est en vaip qu'on nous dit Que les Dieux sont à table ou dorment dans leur lit. J'interroge les cieux , l'air et la terre et l'onde. Le puissant Jupiter fait son tour en dix ans. Son vieux père Saturne avance a pas plus lents, Mais il termine enfin son immense carrière ; Et dès qu'elle est finie , il recommence encor. Sur son char de rubis mêlés d'azur et d'ér Apollon va lançant des torrents de lumière.

Quand il quitta les cieux , il se fit médecin , Architecte , berger , ménétrier , devin ; Il travailla toujours. Sa sœur l'aventurière Est Hécate aux enfers , Diane dans les bois , . Lune pendant les nuits , et remplit trois emplois.

OU LES FILLES DE MINÉE. 8j

Neptune chaque jour est occupé six heure* À soulever des eaux les profondes demeures s Et les fait dans leur lit retomber par leur poids.

Vulcain, noir et crasseux , courbé sur son enclume t Forge à coups de marteau les foudres qu'il alluma.

On m'a conté qu'un jour, croyant le bien p*yeT| Jupiter à Vénus daigna le marier.

Ce Jupiter, mes sqeurs , était grand adultère ; Vénus l'imita bien ; chacun tient de son père. Mars plut à la friponne ; il était colonel , Vigoureux , impudent , s'il en fut dans Le ciel , Talons rouges , nez haut , tous les talents de plaire ; Et tandis que Vulcain travaillait pour la cour, Mars consolait sa femme en parfait petit-maître , * Par air, par vanité, plutôt que par amour.

Le mari méprisé , mais très digne de Fêtr e , Aux deux amants heureux voulut jouer d'un tour. D'un fil d'acier poli , non moins fin que solide y Il façonne un réseau que rien ne peut briser* H le porte la nuit au lit de la perfide. Lasse de ses plaisirs , il la voit reposer Entre les bras de Mars ; et d'une main timide Il vous tend son lacet sur le couple amoureux. Puis marchant à grands pas, encor qu'il fût boiteux, Il court vite au Soleil conter son aventure.

Toi qui vois tout , dit-il , viens , et vois ma parjure. Cependant que Phosphore , au bord de rarient , Au-devant de son char ne parait point encore , Et qu'en versant des pleur* la diligente Auporis Quitte son vieil époux pour son nouvel amaxA; Appelle tous tes djeux ? qu'Us conjwnnle.nl ma bout* g Qu'Us viennent m* viager, Apollon «jft malin ,

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