Q2 LE DIMANCHE
Je m'en tiens a vous dire, avec mon peu d'esprit, Que je n'ai jamais cru rien de ce qu'on m'a dit. D'un bout du monde à l'autre on ment et Ton mentit; Nos neveux mentiront comme ont fait nos ancêtres*
Chroniqueurs , médecins et prêtres Se sont moqués de nous dans leur fatras obscur;
Moquons-nous d'eux, c'est le plus sûr.
Je ne .crois point à ces prophètes
Pourvus d'un esprit de Python,
Qui renoncent à leur raison
Pour prédire des choses dites.
Je ne crois pas qu'un Dieu nous fasse nos enfants;
. Je ne crois point la guerre des géants :
Je ne crois poiut du tout à la prison profonde D'un rival de Dieu même en son temps foudroyé; Je ne crois point qu'un fat ait embrasé ce monde
Que son grand-père avait noyé.
Je ne crois aucun des miracles Dont tout le monde parle , et qu'on n'a jamais vus.
Je ne crois aucun des oracles
Que des charlatans ont vendus.
Je ne crois point. ... La belle au milieu de sa phrase S'arrêta de frayeur ; un bruit affreux s'entend ,
La maison tremble, un coup de vent
Fait tomber le trio qui jase.
Avec tout son clergé Bacchus entre, en buvant : Et moi je crois, dit-il , mesdames les savantes ,
Qu'en faisant trop les beaux esprits
Vous êtes des impertinentes.
Je crois que de mauvais écrits
Vous ont un peu tourné la tête.
Vous travaillez un jour de fête ,
OU LES FILLES MMHN<& Et * g&
Vous en aurez bientôt le prix , Et ma vengeance est toute prête J * Je tous change en chauve-souris.
Aussitôt de nos trois reclues Chaque- membre se raccourcit; Sous leur aisselle il s'étendit Deux petites ailes velues.
Leur voix pour jamais se perdit} Elles volèrent dans les rues, Et devinrent oiseaux de nuit.
Ce châtiment fut tout le fruit De leurs sciences* prétendues.
Ce fut une grande leçon Pour tout bon raisonneur qui fronde ; On connut qu'il est dans ce monde Trop dangereux d'avoir raison.
Ovide a conté cette affaire ; La Fontaine en parle après lui ; Moi je \» répète aujourd'hui , Et j'aurais mieux fait de me taire.