‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de Voltaire (volume 3)Chapitre 3 sur 175 · A MADEMOISELLE LE COUVREUR · texte numérisé non relu

A MADEMOISELLE LE COUVREUR

O du théâtre aimable souveraine , Belle Chloé, fille de Melpomène, Puissent ces vers de vous, être goûtés l Amoiir le veut, Amour les a dictés* Ce petit dieu , de son aile légère , Un arc en main , parcourait l'autre jour Tous les recoins de vôtr£ sanctuaire'? j "' Car le théâtre appartient à FÀmour :

Tous ses héros sont enfants 4e Cythère.

Hélas, Amour! que tu fus consterné, Lorsque tu vis ce temple profané, >' < <. .

Et ton rival , de son culte hérétique' '}'' Etablissant l'usage anti-physique, Accompagné de ses mignons fleuris , Fouler aux pieds les myrtes de Cy pris?

Cel ennemi jadis eut dans Gomore ( Plus d'un autel , et les aurait encore , .

Si par le feu son pays consumé En lac un jour n'eût été transformé.

Ce conte n'est de la métamorphose, Car gens de bien m'ont expliqué la chose

(*) Cette pièce , qui est du même temps que la précédente , a été imprimée d'abord comme adressée à mademoiselle Duclos.

l'akti-giton.

Très doctement; et partant né veux pas

Me croire en rien la vérité du cas.

Ainsi que Loth, chassé de son asile ,

Ce pauvre dieu courut de ville en ville ; -

Il vint en Grèce, il y donna leçon

Plus d'une fois à Sbcrate , à Platon ;

Chez des héros il fit sa résidence ,

Tantét à Rome , et tantôt à Florence ; *

Cherchant toujours* si bien vous l'observez,

Peuples polis et pai 4 art cultivés.

Maintenant donc le voici dans Lutèce',

Séjour fameux des effrénés désirs ,

Et qui vaut bien l'Italie et là Grèce ,

Quoi qu'on eri dise, au moins pour les plaisirs.

Là , pour tenter notre faible nature ,

Ce dieu paraît soUs humaine figure ;

Et n'a point pris bburdoh de pèlerin,

Comme autrefois Ta pratiqué Jûpin, w j !

Qui , voyageant au pays où nous sommet,' * ' " '

Quittait les ciëux pour éprouver les homriies. '

Il n'a point f air de ce pesant abbé , ! ' '

Brutalement dans le vice absorbé , ' • l •

Qui tourmentant eri t&ùt sens son espèce ,' ' ' '

Mord son prochain J'ét ccîrrdmpt la jeunesse ; "'

Lui dont l'œil' louché , et f e mufle effronté 1 ,' '

Font frissonner la tendra Vbliipté ; • ;

Et qu'on prendrait , dans sps fureurs étranges ,

Pour un démon qui viole des anges.

Ce dieu sait trop qu'en un pédant crasseux ,

Le plaisir même est un objet hideux.

D'un beau marquis il a pris le visage , Le doux maintien, l'air fin, l'adroit langage;

Page 1