IJ2 LE MAKSEILL0I5 ET LE LION
Le plus horrible effroi saisit le voyageur.
Il n'était pas Hercule, et, tout transi de peur,
Il se mit à genoux , et demanda la vie.
Le monarque des bois, d'une voix radoucie, Mais qui faisait cucor trembler le Provençal, Lui dit en bon français : Ridicule animal , Tu veux donc qu'aujourd'hui de souper je me passe? Ecoute, j'ai dîné, je veux te faire grâce, Si tu peux me prouver qu'il est contre les lois Que le soir un lion soupe d'un Marseillois.
Le marchand, à ces mots, conçut quelque espérance. Il avait eu jadis un grand fonds de science ; Et , pour devenir prêtre , il apprit du latin; /Il savait Rabelais et son saint Augustin. 5
D'abord il établit, selon l'usage antique, Quel est le droit divin du pouvoir monarchique; Qu'au plus haut des degrés des êtres inégaux L'homme est mis pour régner sur tous les animaux; 6 Quel a terre est son trône, et que dans l'étendue Les astres sont formés pour réjouir sa vue 1 Il conclut qu'étant prince, un sujet africain Ne pouvait sans pécher manger son souverain.
Le lion, qui rit peu, se mit pourtant à rire ; Et voulant par plaisir connaître cet empire , En deux grands coups de griffe il dépouilla tout nu De l'univers entier le monarque absolu.
Il vit que ce graud roi lui cachait sous le linge Un corps faible monté sur deux fesses de singe ; A deux minces talons deux gros pieds attachés, Par cinq doigts superflus dans leur marche empêchés; Deux mamelles sans lait, sans grâce, sans usage; Un crâne étroit et creux couvrant un plat visage,