‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de Voltaire (volume 3)Chapitre 61 sur 175 · LES CABALES · texte numérisé non relu

LES CABALES

Barbouilleurs de papier, d'où viennent tant d'intrigues,

Tant de petits partis , de cabales , de brigues ?

S'agit-il d'un emploi de fermier général ,

Ou du large chapeau qui coiffe un cardinal ?

Êtes-vous au conclave ? aspirez-vous au trône *

Où l'on dit qu'autrefois monta Simon Barjone?

Çà, que prétendez-vous? — De la gloire. — Ah! gredin,

Sais-tu bien que cent rois la briguèrent en vain ? .

Sais-tu ce qu'il coûta de périls et de peines

Aux Coudés, aux Sullis, aux Colberts, aux Turennes,

Pour avoir une place au haut du mont sacré ,

De sultan Moustapha pour jamais ignoré ?

Je ne m'attendais pas qu'un crapaud du Parnasse

Eût pu, dans son bourbier, s'enfler de tant d'audace.

<f Monsieur ,^écoutez-moi , j'arrive de Dijon , « Et je n'ai ni logis , ni crédit , ni renom. « J'ai fait de méchants vers, et vous pouvez bien croira « Que je n'ai pas le front de prétendre à la gloire ; « Je ne veux que l'ôter à quiconque en jouit. « Dans ce noble «vétier l'ami Fréron m'instruit ; « Monsieur l'abbé Profond m'introduit chez les dames ; « Avec deux beaux esprits nous ourdissons nos trames. « Nous serons dans un mois l'un de l'autre ennemis ; « Mais le besoin présent nous tient encore unis. « Je me forme sous eux dans le bel art de nuire ; a Voilà mon seul talent ; c'est la gloire où j'aspire. >ï

Laissons là de Dijon ce pauvre garnement, a Des bâtards de Zoîle imbécille instrument;

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