Saint-Didier
M. Clément et M. Sabotier ont imprimé que notre auteur avait pillele • poème de la Henriade d'un poème intitulé Clovis par M. Saint-Didier. Cela est encore peu honnête, car ce Clovis ne parut que trois ans après la Henriade : mais une erreur de trois ans est peu de chose.
Il en a échappé une de quinze ans à M. l'abbé Sabotier ; car il a imprimé que notre auteur avait pillé son Siècle de Louis XIV dans les Annales politiques de l'abbé de SauHT-Pierre ; mais le Siècle de Louis XIV fut imprimé pour la première fois en i ^5a , et le livre de l'abbé de Saint-Pierre en i j6j ; sur quoi un mauvais plaisant se souvenant mal à propos que Sabotier est le fils d'un bon perruquier de Castres , chassé de chez son père , a écrit qu'il aurait dû plutôt faire des perruques pour* l'auteur de la Henriade, que de le dépouiller
cruellement de ses prétendus lauriers , et d'exposer sa tête octogénaire à la rigueur des saisons.
10 Clément, etc.
Cet homme était venu de Dijon à Paris avec 7 sa tragédie de Charles premier , et sa tragédie de Médée. Il ne put venir à bout de les faire représenter. La faim le pressait; il s'engagea avec un libraire à lui fournir des critiques contre les premiers livres qui auraient du succès. Il obtint quelque argent à compte suir ses satires à venir. M. de Saint- Lambert donnait alors ses Saisons, M. de Lille sa traduction de Virgile, M. Dorât son poème sur la déclamation , M. Vatelet son* poème sur la peinture. Voilà l'écolier Clément qui se met vite à écrire contrte ces maîtres de l'art, et qui leur donne des leçon? comme à des disciples dont il serait mécontent. S'il n'avait eu que ce ridicule, on n'en aurait pas parlé, on ne l'aurait pas connu : mais /pour rendre ses leçons plus piquantes, il y mêle des traits personnels ; il outrage une dame respectable. Alors on sait qu'il existe , la police met mon pédant dans je ne sais quelle prison , soit Bicétre , soit le Fort-1'Évêque. M. de Saint- Lambert a la générosité de solliciter sa grâce , et d'obtenir son élargissement. Que fait le critique alors ? il persuade qu'on ne -lui a fait cette correction que pour avoir enseigné l'art d'écrire, pour avoir soutenu la cause du bon goût, qui sans lui allait expirer en France, et qu'il est, comme Fréron , viotime de ses grands talents.
Sorti de prison, il fait un nouveau libelle, dans lequel il insulte un conseiller de grand chambre, fils d'un magistrat de là chambre des comptes ; il dit ingénieusement qu'il est fils d'un pâtiésier , et ce magistrat a dédaigné de le faire remettre à Bicétre. Il s'associe depuis à Fréron , à Sabotier et à d'autres gens de cette espèce. Il broche libelle sur libelle contre un vieillard solitaire, retiré depuis trente années, qu'on peut outrager impunément II avait écrit auparavant a ce même solitaire plusieurs lettres dont nous avons les originaux entre les mains. En voici un fragment :
Jugez, monsieur, si votre silence peut ne pas m'affliger. Peutêtre, hélas! vous étes-vous imaginé que vous me verriez payer votre amitié, vos bienfaits, par la plus noire ingratitude; que je serais assez lâche, assez criminel, pour n'être pas plus reconnaissant que tant, d'autres! Ah! monsieur, ne me frites pas l'injure de soupçonner ainsi ma probité. C'est ce bien précieux que je voudrais
a 48 NOTES.
délivrer de la contagion générale; vos soupçons le flétriraient. Votre générosité , votre, grandeur d'âme peuvent en conserver et en relever l'éclat. Ma tendresse , mon zèle , mon respect , voilà mes seuls biens, ils sont tous à vous et ils y seront toujours, etc. A Dijon, ce sixième décembre 1769. Voici mon adresse : A Clément pis, chez son père, procureur à Dijon, derrière tes Minimes.
Il a eu depuis l'attention de désavouer cette lettre/ et la probité de dire qu'elle était falsifiée. Nous la conservons pourtant, quoique ce ne soit pas une pièce bien curieuse ; mais c'est toujours un témoignage subsistant de l'honneur que cette petite cabale met dans sa conduite. C'est ce qui faisait dire à M. Duclos , secrétaire de l'académie , qu'il ne connaissait rien de plus méprisable et de plus méchant que la canaille de la littérature. Il est à croire que M. Clément s étant marié deviendra plus juste et plus sage , qu'il sera plus modeste , qu'it ne calomniera plus des personnes dont il n'eut jamais sujet de se plaindre, qu'il n'a même jamais envisagées, et qu'il se repentira d'avoir débuté dans le monde par une conduite si infâme.