‹ Contes en vers, satires, et poésies mêlées, de VoltaireChapitre 10 sur 142 · L’ÉDUCATION D’UNE FILLE · texte numérisé non relu

L’ÉDUCATION D’UNE FILLE

Mk s amis, l’hiver dure, et ma plus douce étude Est de vous raconter les faits des temps passés. Parlons ce soir un peu de madame Gertrude.

Je n’ai jamais connu de plus aimable prude.

Par trente-six printemps sur sa tête amassés Ses modestes appas n’étaient point effacés ;

Son maintien était sage , et n’avait rien de rude ;

Ses yeux étaient charmants , mais ils étaient baissés ; Sur sa gorge d’albâtre une gaze étendue Avec nn art discret en permettait la vue ; L’industrieux pinceau d’un carmin délicat,

D’un visage arrondi relevant l’ incarnat,

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Embellissait ses traits sans outrer la nature :

Moins elle avait d "apprêt plus elle avait d’éclat ;

La simple propreté composait sa parure.

Toujours sur sa toilette est la sainte Ecriture; Auprès d’un pot de rouge on voit nn Massillon,

Et le Petit-Carême est sur-tout sa lecture.

M a'.s ce qui nous charmait dans sa dévotion ,

C’est qu’elle était toujours aux femmes indulgente Gertrude était dévote , et non pas médisante.

ELe avait uue iilie : nn dix avec un sept Composait l’age heureux de ce divin objet Qui depuis son baptême eut le nom d’Isabelle.

Plus fraîche que sa mere, elle était aussi belle:

A côté de Minerve on eût cru voir Vénus.

Gertrude à l’élevter prit des soins assidus.

Elle avait dérobé cette rose naissante Au souflle empoisonné d’un monde dangereux:

Les conversations , les spectacles, les jeux , Ennemis séduisants de toute ame innocente,

Vrais piégés du démon , par les saints abhorrés, Etaient dans la maison des plaisirs ignorés.

Gertrude en son logis avait un oratoire.

Un boudoir de dévote, où pour se recueillir Elle allait saintement occuper son loisir.

Et faisait l’oraison qu’on dit jaculatoire.

Des meubles recherchés, commodes, précieux.

Ornaient cette retraite au public inconnue :

Uu escalier secret , loin des profanes yeux.

Conduisait au jardin, du jardin dans la rne.

Vous savez qu’eu été les ardeurs du soleil Rendent souvent les nuits aux beaux jours préférables :

La lune fait aimer ses rayons favorables:

Les filles en ce temps goûtent peu le sommeil. Isabelle, inquiété, en secret agitée,

Et de ses dix-sept ans doucement tourmentée,

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